Peut-on répondre philosophiquement à une question en donnant son opinion ?

Même note que l’article précédent.


Comme toujours, c’est avec grande joie que je m’adonne à la lecture des commentaires qui me précèdent; et comme toujours, je constate qu’il y a une opinion dominante qui guide les « opinions » subjectives – entendons par ce terme, celles émises par des subjectivités, c’est à dire des personnes à part entières – sur cette page.
La première d’elle est de considérer l’opinion comme étant, selon que nous le définit La Statue, qui elle même tire sa définition de Platon:

<<Un jugement que l’on croit être vrai, alors même qu’il n’est bien souvent, de notre part, le fruit d’aucune réflexion préalable>>.

Le préjugé épistémologique est posé. Maintenant, il faut opposer l’opinion à la raison, à la science, la connaissance et au raisonnement philosophique. C’est dans cette démarche que se situe la deuxième remarque que je formule.
Il faudrait assurément repenser l’opinion sans lui attribuer le tort de la définition de Platon. Par le terme opinion, il convient d’entendre un jugement – c’est même dans ce sens qu’Aristote entend ce mot – c’est à dire une prise de position sur un problème ou une situation à nous donnée d’analyser. Or qui dit analyse, dit déploiement de la cognition, c’est à dire travail réflexif ou intelligence. L’opinion n’est donc pas le fruit de « réflexes neuronaux », une sorte de conditionnement à la Pavlov de telle sorte qu’une réponse soit donnée de façon mécanique sans traitement par le cerveau – encore même que chez Pavlov, le chien utilise sa cognition pour faire l’association des stimuli en l’occurrence le stimulus conditionnel et le stimulus neutre -. Donc, de façon radicale, nous pouvons statuer sur le fait que l’opinion, dans quelle que perception que ce soit, rend compte d’un déploiement du cerveau et de la cognition. Mais, le fait que le cerveau se déploie ne veut en aucun cas dire que ce déploiement est valide sur le plan scientifique, c’est à dire qu’il mène au vrai. C’est sur cette question fondamentale à mon avis, que devait se situer l’essence de cette discussion. En effet, comment passer de la simple opinion – déploiement cognitif quelconque pour l’affirmation d’un quelconque jugement – à la réflexion philosophique? Telle semble être le problème majeur à résoudre.
A ce problème, il faudrait préciser que Platon a donné des tentatives de réponses – notamment celle qu’a cité Julien Gelas dans le Ménon -. Seulement, cette conception de la science que donne Platon est quelque peu contradictoire à l’argumentation qu’il développe dans le Théétète parce la connaissance telle qu’il la définit dans le premier ouvrage est la troisième définition que le jeune Théétète apporte à la question de Socrate: qu’est-ce que la science? En effet, le jeune homme répond que c’est l’opinion accompagnée de raison, c’est à dire de justification. En clair, il s’agit de pouvoir démontrer par des arguments que l’idée que je porte en moi est évidemment certaine et donc vraie. Seulement, Socrate montre à suffisance que l’opinion peut aisément se justifier sans que cette dernière ne soit scientifique pour autant; car en donnant son opinion, on est assuré de la faire tenir debout dans un système fantasmatique et la simple démonstration ne sert à rien en ce qui concerne l’enrichissement scientifique de cette opinion puisqu’elle est démonstration logique qui quelque chose de faux. En clair, c’est du sophisme. Cette définition de la science ou de la connaissance ne nous satisfait donc pas.
Une meilleure approche serait encore de penser la méthode comme Descartes. En effet << Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon; l’essentiel c’est de l’appliquer bien>>, c’est à dire suivant les règles d’une méthode éprouvée. Le problème n’est donc pas l’opinion en soi puisque de façon stricte, tous les jugements – entendons par ce terme, toute prise de position – philosophiques ou non, sont d’abord des opinions c’est à dire des formulations de subjectivités isolées qui prétendent à la scientificité. Il n’y a donc pas d’opposition « opinion-science » de telle sorte que la première ne participe pas de l’intelligence alors que la deuxième le ferait; mais opposition « opinion-science » en ceci que la seconde suit un canal méthodologique éprouvé.
Voilà mon humble contribution à l’éclaircissement de cette question.

Bien à vous.

Publicités

0 Responses to “Peut-on répondre philosophiquement à une question en donnant son opinion ?”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Calendrier

octobre 2010
L M M J V S D
    Nov »
 123
45678910
11121314151617
18192021222324
25262728293031

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 109 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :