Sur quoi repose l’identité?

Même note que pour l’article précédent.

Bon, c’était fastidieux de lire tous ces commentaires, mais c’était très intéressant. A part quelques exceptions – Gelas notamment qui  soutient que l’identité est en dernière analyse fondée sur l’absurde, sur le mythe, pour parler comme Pascal Michel sans que le terme mythe ne soit affecté de la même signification – tout le monde – Statue comprise – considère l’identité du point de vue de l’appartenance à un groupe ou à une personne, comme identité, c’est à dire similitude à autre chose; définition qui est, somme toutes, très logique si on s’en tient à ce que La Statue nous a présentée, laquelle est quand même celle d’un dictionnaire, c’est à dire qu’elle est hautement scientifique. Seulement, ici, il s’agit de philosophie, pas de littérature; donc la définition d’un dictionnaire, à moins qu’il ne soit un dictionnaire de philosophie, n’y fait pas totalement foi. Attention, je ne dis pas que c’est faux! Je précise juste que les dictionnaires de littérature définissent les « mots »; ceux de philosophie, des « concepts »; et en philosophie un utilise plus de concepts que de simples mots, c’est à dire qu’un dictionnaire technique est plus approprié qu’un simple dictionnaire de littérature. Je précise au cas où on me traiterait de critique pour la critique; ce qui est très souvent le cas.
Revenons maintenant au sujet. Qu’est ce qui fait l’identité d’une personne? On pourrait reformuler en ces termes: « comment l’individu se construit-il une identité? »
A cette question, la réponse n’est surement pas en regardant les autres, puisqu’elle est une lecture « littéraire » du terme identité. L’identité, surtout sociale, la plus importante de toutes, les identités biologiques et physiologiques pouvant lui être substituées. Je prends un exemple pour montrer que l’acquis est supérieur à l’innée. Un enfant chinois n’a pas une inscription biologique qui le prédestine à parler chinois; il n’a que l’inscription biologique qui le programme pour apprendre; un point c’est tout. S’il grandit dans un univers linguistique chinois, il parlera chinois. S’il grandit dans un univers linguistique autre, bien que chinois de façon biologique, il parlera la langue de ce milieu, il en adoptera les coutumes et les lois etc. L’impact de la société est donc le plus important. Ceci est pour répondre à l’inquiétude de Vi Kankoum qui s’adressait sur ce sujet à La Statue. Ce n’était qu’une parenthèse.
L’identité se construit sur le modèle de la « discrimination », c’est à dire, à l’échelle sociale, de la négation de l’autre. Un de mes enseignants de psychologie, d’ailleurs présent sur Facebook – M. Boris Nguehan – a axé sa thèse de doctorat vers l’étude de l’identité sociale. Ses recherchent l’amènent à développer l’idée selon laquelle la personnalité se déduit à partir des autres personnalités antithétiques à la personnalité en question. Je ne me définis pas selon que j’appartiens à une famille comme certains ont pu le penser pour ce sujet, mais selon que je n’appartiens pas à une famille qui n’est pas la mienne. Le processus d’inscription de l’identité dans l’univers cognitif de l’enfant et par ricochet des adultes, n’est en aucun cas de l’assimilation, mais bien de la discrimination.

Comme je le disais plus haut, l’identité se construit sur la base de la négation de l’autre. Et chaque fois que je nie l’autre, j’enrichis un peu plus le concept, c’est à dire la compréhension que j’ai de moi même. En fait, l’identité fonct…ionne comme la connaissance. Prenons le cas de l’alphabet, pour comprendre le concept « a », c’est à dire la lettre « a », je ne la comprends pas par son identité à elle même, c’est à dire par ce qu’elle pourrait avoir de commun avec elle même. Cela est bien impossible parce que si je la comprends de cette manière, alors je l’ai déjà comprise avant de l’apprendre; raisonnement qui est très faux même pour un sophiste. C’est dire que la compréhension que j’ai ou mieux, que j’obtiens – puisqu’il s’agit de connaissance, c’est à dire du processus de formation du savoir – de la lettre « a » n’est que la résultantes des multiples oppositions que je lui trouve avec les autres lettres de l’alphabet. L’identité est donc la résultante, le produit de la discrimination; et de même que pour l’alphabet, mon identité n’arrive à sa maturité que l’ordre la négation des autres identités l’a atteint aussi. L’identité est donc la synthèse selon le schéma dialectique hégéliens. La thèse c’est le vide absolu, l’antithèse c’est la négation de l’autre, la synthèse l’affirmation de soi, dépassement ultime de la négation de l’autre.
L’identité suppose donc autre chose que la chose qui ou qu’on identifie. Non pas dans un mouvement d’assimilation, mais a contrario, dans un mouvement de négation intime d’identités respectives. L’identité, c’est donc le résultat de la négation de l’autre.
Mais on peut se définir sans se nier à partir d’une chose de même espèce. Ainsi on peut définir l’homme par la négation de la nature et ou par celle des animaux. C’est ce qui arrive lorsque Hegel dis qu’être libre pour l’homme c’est s’opposer à la nature et que c’est de cette opposition que l’homme devient homme, c’est à dire qu’il accède au concept de lui même, ou relativement à notre sujet, à son identité. C’est la même chose qui se produit lorsqu’Aristote écrit que « L’homme est un animal raisonnable ». En effet, comme Hegel, il définit d’abord son concept antithétique – nature chez Hegel, animal chez Aristote -, puis il l’oppose à l’homme pour avoir le concept qu’il cherche. Ces étapes peuvent ne pas être déterminées de façon aussi explicites, mais elles sont, toujours, au moins implicitement opérées.
A partir de ces remarques, on pourrait donc croire qu’il y a une « identité » humaine universelle de telle sorte que cette dernière puisse être déduite de l’opposition d’avec le non humain. Cette question est très importante et elle nécessite un commentaire propre. C’est ce que je m’en vais faire.
Qu’est ce donc que l’identité humaine? Peut-on définir l’homme de façon universelle de telle sorte que la même identité puisse être valable au Cameroun comme en France, aux États Unis comme en Australie?
On pourrait surement le voir sous deux angles. Le premier étant que les hommes ont ceci de commun qu’ils sont amoureux de la liberté. Sur toutes les parties du monde, aucun homme ne se sentirait fier – à moins d’être anormal, c’est à dire défaillant sur le plan psychologique – qu’on l’enferme toute la vie. C’est très vrai. Mais dire qu’on peut trouver une « identité » humaine c’est un peu tirer cette théorie sur des terrains qu’elle n’a jamais postulé.
L’idée d’identité suppose la synthèse comme je l’ai dit tout à l’heure. Dans l’acception hégélienne, ce mot veut dire avant tout « stopper », « mettre fin en dépassant ». Ramenée à notre problème, la synthèse signifie la fin de la négation. Trouver donc l’identité, c’est trouver quelque chose de fiable, quelque chose qu’on ne peut plus opposer à autre chose. En effet, lorsque je m’aperçois que je suis un « camerounais » je ne peux plus opposer ce concept de moi même à ma famille, mais je peux sans conteste l’opposer au concept de « français ». Ainsi si je me définis comme un simple « homme » il est inévitable qu’il est possible de m’opposer encore aux autres hommes. Et même si l’opposition culturelle semble nécessiter un déploiement plus important de notre cognition, laquelle rend compte d’un certain développement mental, les oppositions naturelles – citons seulement la position géographique par exemple – sont là pour me remettre les pieds sur terre.
Résumons donc notre propos car il ne s’agit pas de rédiger une thèse de Doctorat.
D’abord, l’identité se définit par l’opposition à l’autre et l’autre se définit lui même en s’opposant à moi. A la fin de l’opposition, le soi obtient un concept plus ou moins clair. S’il est clair, il tient un concept fiable depuis lequel il va naviguer dans la vie, si non, il l’oppose encore à autre chose que soi jusqu’à ce que ce concept réponde à ses attentes de lui même. Cela ne veut pas dire qu’on peut parler d’ identité humaine puisque ce concept n’est pas clair; il doit encore être au moins travaillé à l’appartenance géographique pour être acceptable même si certaines personnes crient sur tous les toits être « citoyens du monde »; ce qui est faux! Donc à la question: sur quoi repose mon identité, je réponds, sur l’autre et sa négation.
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