Sur la nature de la philosophie

 

« La philosophie ne commence qu’avec la décision de soumettre l’héritage philosophique et culturel à une critique sans complaisance. Pour le philosophe aucune donnée, aucune idée si vénérable soit-elle, n’est recevable avant d’être passée au crible de la pensée critique. En fait la philosophie est essentiellement sacrilège en ceci qu’elle se veut l’instance normative suprême ayant seule droit de fixer ce qui doit ou non être tenu pour sacré, et de ce fait abolit le sacré pour autant qu’il veut s’imposer à l’homme du dehors ».

Marcien Towa, Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, op. cité, p. 30.

 

Pour Monsieur Towa, la philosophie commence avec la critique, la critique des valeurs anciennes, des philosophies anciennes, la critique de la culture et de toutes les choses qui s’imposent du dehors. On a appelé cette tournure d’esprit du philosophe d’Endama, « l’iconoclasme révolutionnaire ». En parlant de « sacrilège », M. Towa fait expressément référence à la religion qui se veut, comme la philosophie, l’instance normative suprême au nom, non de la propre volonté des hommes, c’est-à-dire du « dedans » de ces derniers, mais au nom d’une supra intelligence ordonnatrice qui crée et commande tout ce qui est. Cette imposition vient du « dehors » et M. Towa dit « Non ! ». Un autre passage explique d’ailleurs cette hostilité au dogme religieux et à toutes les pensées qui prennent leur source dans de pareilles affabulations mythiques. Il reste toutefois un problème. Si la philosophie commence avec la critique, où finit-elle ? Où est-ce que le mouvement philosophique s’arrête ou alors ne s’arrête t-il jamais ? M. Towa invite t-il au scepticisme ou alors il n’a pas saisi lui-même la portée de sa pensée ? En effet, si la philosophie doit déboucher sur des « valeurs », il s’en suit que le produit de la philosophie est inévitablement culturel, des livres, des modes de pensée etc., mais si la philosophie est critique, il s’en suit aussi que le questionnement doit être perpétuel, c’est-à-dire en hyperbolisant, que la culture n’est pas possible puisqu’elle sera toujours culture critiquée. Toutefois, si la culture est toujours critiquée, il y a le fait majeur que la culture n’est pas le fait culturel, mais la critique elle-même puisque tous les faits culturels seront critiqués et sûrement évincés de leur trône. Mais ce trône n’est que fictif car le vrai trône est celui qu’occupe l’idée de critique. Dans ce cas, pourquoi ne pas critiquer la critique pour commencer véritablement à philosopher puisqu’il est établi par M. Towa que la philosophie ne commence que lorsqu’on critique la culture ?

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