Sur l’innovation en philosophie

 

« Amener au jour une authentique philosophie négro-africaine établirait à coup sûr que nos ancêtres ont philosophé, sans pour autant nous dispenser, nous, de philosopher à notre tour. Déterrer une philosophie, ce n’est pas encore philosopher »

Marcien Towa, Essai, op. cité, p. 29.

 

La philosophie est-elle essentiellement pratique ou remémoration du passé ? Est-elle une activité ou une doctrine, une pensée pensante ou une pensée pensée ? La réponse de M. Towa est claire : la philosophie est essentiellement une production, un effort de pensée en vue de résoudre des problèmes ponctuels – c’est pourquoi le titre de son ouvrage est Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle” –. La philosophie s’occupe donc essentiellement des problèmes qui se posent à l’homme hic et nunc en laissant le soin de réécrire l’histoire aux historiens, car les historiens de la philosophie sont d’abord historiens, ensuite ils s’attachent à un domaine précis qui est la philosophie. Cette manière de faire l’histoire que Hegel appelle « L’histoire spéciale » [Hegel, La raison dans l’Histoire, tr. fr. Kostas Papaoiannou, Plon, 1965, p. 37.] s’attache, comme il le dit si bien à quelque chose de fragmentaire, de partiel dans l’histoire, de précis. Chez M. Towa, la philosophie ne devient philosophie que lorsqu’elle se sépare de l’héritage culturel et philosophique, pour se penser elle-même et penser les problèmes de son temps.

Par cette conception dynamique de la philosophie, M. Towa adresse sa deuxième critique – l’article précédent nous ayant permis d’exposer la première – à l’encontre des ethnophilosophes pour qui, le fait d’exhumer la philosophie africaine passée devrait nous dispenser de philosopher à notre cour, car nos ancêtres l’ont fait pour nous : ils ont résolu leurs problèmes et consignés leurs solutions dans les mythes, les contes et les proverbes ; or puisque les problèmes sont atemportels et universels, alors nous devons seulement avaler ces cachets miracles sans nous soucier nous aussi – dans un sens tout autre que celui de M. Eboussi Boulaga – de philosopher à notre tour. Une pareille optique de la philosophie est statique et dogmatique ; elle s’apparente plus à de la religion qu’à de la philosophie. La philosophie doit continuellement se faire et rien, pas même le fait de découvrir que nos ancêtres ont philosophé, ne doit nous dispenser de le faire à notre tour. M. Towa écrit, continuant – et concluant – son argumentaire quelques pages plus loin :

 

«  Une philosophie africaine originale arrachée à la nuit du passé n’a pu être , si elle a existé, que l’expression d’une situation elle-même passée. C’est dire que la redécouverte d’une telle philosophie ne saurait résoudre notre problème philosophique actuel, savoir, l’effort d’élucidation de notre actuel rapport au monde. Notre monde n’étant plus celui de nos ancêtres – il s’en faut de beaucoup – leur conception du monde ne saurait non plus être la nôtre » [M. Towa, op. cité, p. 35.].

 

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2 Responses to “Sur l’innovation en philosophie”


  1. 1 mfini mon-espoir angy synphorin 31 mars 2015 à 9:54

    la methode de tempels est bonne mais pas vraie:nous devons toujour philosopher au present.


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