Philosophie et religion

 

« […] la philosophie entre en conflit avec la religion, du fait que celle-ci se veut l’autorité absolue tant dans le domaine de la vérité que dans celui de la pratique […] La religion conçoit l’esprit humain comme borné, limité et ayant donc besoin que les vérités essentielles pour l’homme, que sa raison infirme serait incapable de découvrir par elle-même, lui soient révélées d’une façon surnaturelle et mystérieuse. Mais l’idée d’une vérité au-delà de la raison, inaccessible naturellement à l’esprit humain, est absolument inconcevable par la philosophie qui repose sur le principe diamétralement opposé selon lequel la pensée ne doit rien présumer en dehors d’elle-même, c’est-à-dire, que la philosophie ne doit rien admettre comme vrai qui n’ait été saisi comme tel par la pensée. »

Marcien Towa, Essai, op. cité, p. 62.

 

Monsieur Towa est clair : la philosophie s’oppose à la religion par les principes qui régissent l’action de chacune de ces disciplines. La philosophie ne situe rien au dessus de l’intelligence humaine quand la religion, elle, le fait. Cette distinction est sûrement vraie lorsqu’on parle de philosophie rationaliste, c’est-à-dire d’une philosophie qui s’appuie sur la capacité propre de l’esprit humain à connaître. Lorsqu’on s’attarde sur les philosophies dites « mystiques », cette différence ne sert plus à grand chose, car les deux modes de fonctionnement sont ici confondus. En effet, les philosophies mystiques situent la gnose au-delà de la raison humaine, accessible soit à l’émotion, soit à l’intuition ou inaccessible du tout. La première tentative historique – et la plus grande – de limiter les prétentions de la raison est assurément la Critique de la raison pure de Kant. A partir de ce dernier, la raison[1] n’est plus absolue. La critique de Kant marque ainsi le début du déclin philosophique de la raison. M. Towa n’aurait pas tenu compte des invectives kantiennes et se situerait sur un plan cartésien, c’est-à-dire, non dans l’optique critique, mais celle dogmatique. Une pareille position est-elle défendable ?

Il semble bien que M. Towa soit dans le vrai et qu’en effet, aucune idée, aucune vérité, de quelle que nature que se soit, en philosophie, ne soit pas issue du dehors, c’est-à-dire révélée, mais un produit de l’entendement lui-même. Ce que refuse M. Towa, c’est l’aspect providentiel de la connaissance de la Religion et la mésestimation systématique du pouvoir de connaitre humain. Kant a-t-il raison ? Peut-on penser l’idée d’une vérité inaccessible à l’esprit humain, à la raison ? Il semble que Kant ait oublié que cette idée elle-même n’est formulée par rien d’autre que la raison, c’est-à-dire qu’elle ne lui échappe pas tant que ça. En effet, si une chose devait échapper à la connaissance de l’esprit humain, alors ce dernier serait complètement ignorant de cette chose, car connaître qu’on ne connait pas, est, en un sens, connaitre déjà la chose qu’on dit ne pas connaitre, car ne pas connaitre est avant tout, connaitre qu’on ne connait pas. Maintenant, si on se réfère aux critères kantiens de la connaissance : nécessité d’intuition sensible et catégories de l’entendement pour apport intellectuel, il est clair qu’on ne peut pas connaitre certaines choses dont l’aspect phénoménal ne nous est donné. Le problème avec cette façon de concevoir la connaissance c’est qu’elle exclut la connaissance non sensible. Dans quel cadre classer la connaissance mathématique par exemple, dont les objets (les nombres) ne sont pas expérimentables ?

Définitivement, ce qu’on nomme “rationalisme dogmatique” est la disposition philosophique la plus plausible par rapport à la connaissance sans qu’une pareille position ne fasse fi de l’expérience sensible qui, considérée en elle-même, ne peut pas être regardée comme un critère fiable de démarcation entre science et non-science. M. Towa rejette donc le nouménal kantien et la révélation religieuse avec la même fermeté.


[1] Nous entendons par ce terme la capacité de connaitre de l’esprit humain en général et non, selon Kant, la faculté supérieure à l’entendement et qui a le devoir d’unifier ses principes.

Publicités

15 Responses to “Philosophie et religion”


  1. 1 Phanie 14 janvier 2013 à 7:11

    J’ai un exposé à faire avec pour thème PHILOSOPHIE ET RELIGION dans Essai sur la problématique actuelle de Marcien Towa…mais je ne sais pas par où commençer, j’ai besoin d’aide

  2. 4 Bougouma Ndiaye 17 janvier 2013 à 10:50

    Ce que je voudrais savoir les critiques que Towa avait fait sur la fie africaine sur la philosophie occidentale

  3. 5 Jean Eric BITANG 23 janvier 2013 à 11:52

    Bonjour Phanie,
    Quelques questions pour vous guider:
    1) A quel moment M. TOWA parle t-il de la religion dans son livre?
    2) A quelles pages?
    3) Existe t-il selon M. TOWA un rapport entre philosophie et religion? Sinon, pourquoi? Si oui, lequel?
    Une fois que vous répondrez à ces questions, nous pourrons continuer.
    Bonne chance.

    • 6 Estelle Biboum 16 novembre 2013 à 2:24

      cc jai un exposé sur le philosophe et la religion dans apologie de socrate et je ne sai par ou comencé pleaz help me

      • 7 jeanericbitang 18 novembre 2013 à 8:34

        « Cc »? « Bonjour » ne serait-t-il pas mieux approprié?
        Quoiqu’il en soit, peut-être faut-il commencer par lire le livre en question et repérer à quels endroits Platon (enfin, Socrate) fait allusion à la religion. Il me semble que l’impiété était une accusation portée contre lui par un certain….(naturellement je feins d’oublier pour que vous cherchiez vous-mêmes. Je crois que c’est là la meilleure façon de vous aider).
        Bonne journée.

  4. 8 Amir Yassine 2 novembre 2014 à 8:30

    Bonjour , vous allez bien j’espère ? En fait je me demandais quel était l’intérêt philosophique dans ce passage , je suis assez perplexe face à la réflexion de Towa. Car la philosophe et la religion n’ont pas seulement de relations conflictuelles , elles ont une pléthore de convergences tel que l’apologie de la vérité et bien d’autres exemples assez courants. Bref pouvez vous répondre à ma question ? Merci d’avance

    • 9 jeanericbitang 5 novembre 2014 à 8:43

      Bonjour Yassine,
      je vais bien, merci. J’espère que vous aussi. Towa explique dans ce texte que la religion et la philosophie s’opposent du fait qu’elles se proclament toutes deux « autorités absolues » dans le domaine de la vérité. C’est donc bien une « convergence », sauf qu’elle est objet de conflits. Je crois, avec Towa, que bien que la religion entretient certains rapports avec la philosophie, notamment la même volonté de rendre le monde compréhensible, elles sont fondamentalement différentes.
      Merci.

  5. 10 ELEKE Joy 18 octobre 2015 à 7:19

    jaimerai ces rapports par des tirets

  6. 12 fall 20 novembre 2015 à 2:51

    Bonjr svp esk ce pouvez m’aidez?
    Comment mettre en évidence le problème soulève dans le texte?

  7. 14 wac 26 janvier 2017 à 12:54

    salut,j ai un exposé sur la philosophie et la religion selon marcien towa et je ne sais par ou commencer???vous pouvez m’aidez svp.???


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Calendrier

février 2011
L M M J V S D
« Jan   Mar »
 123456
78910111213
14151617181920
21222324252627
28  

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 107 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :