Qu’est-ce que la révolution ? Une approche nkrumahiste


La question que pose cet article fait suite aux multiples déclarations impérialistes qui qualifient le mouvement contestataire en Libye de « révolution ». Nous avons vu dans un article précédent[1] que ce qualificatif de « révolution » ne pouvait être accolé de façon a priori à un mouvement social car pour qu’il y ait révolution effective, il faut que les fruits de la révolution soient visibles, c’est-à-dire que l’ordre sociopolitique dans ce cas, ait changé. Or si quelque chose a changé, alors nous en avons seulement la confirmation, c’est-à-dire l’effectivité a posteriori. Seulement de ce point de vue basique, il est exagéré de qualifié le mouvement libyen de révolution pour pouvoir le situer dans le sillage de la Tunisie et de l’Egypte. Un discours plus modéré nous inviterait plutôt à parler de révolte plutôt que de révolution, mais même ce dernier terme est ambigu.

J’éprouve quelques difficultés à accoler l’un ou l’autre de ces termes au mouvement sociopolitique libyen car quel que soit le cas, l’impulsion doit être endogène et non exogène au mouvement contestataire et la lutte (révolte ou révolution) doit être menée de l’intérieur et non de l’extérieur par des révoltés et les révolutionnaires et non par d’autres personnes (en l’occurrence les puissances impérialistes occidentales) à leur place. C’est en ce sens que nous pouvons dire, reprenant les développements M. Towa sans en garder le contenu, que « Toute révolution est auto-révolution »[2]. Dans la pensée de M. Towa ce terme d’ « auto-révolution » renvoie à l’iconoclasme[3] alors que dans notre acception, il signifie simplement que les forces révolutionnaires soient endogènes à la situation qui exige la révolution et non extérieures à cette dernière. Lorsque la France et la « Communauté internationale » décident d’ « aider » les insurgés en bombardant l’armée libyenne qu’on appelle pompeusement dans les médias occidentaux « l’armée loyaliste » traduisant ainsi le mépris de ces derniers pour les institutions de cet Etat, il ne peut y avoir révolution ! En aucun cas ! Au mieux, il y a un changement de situation, mais jamais on ne peut parler de révolution. Ce sont les français qui ont fait leur révolution en 1789, les russes en 1919, les japonais en 1939, les tunisiens en 2011 (?) et la « révolution libyenne » viendra être faite pour les libyens par l’Otan ?

Cessons donc de nous leurrer et de nous bander les yeux avec des concepts vides de sens et qui ne tiennent pas en équilibre lorsqu’on fait souffler le vent ravageur de la critique sans complaisance. Les mots ont des sens et il faut les connaitre. Ce qui se passe en Libye c’est de l’ingérence occidentale et pas la « révolution libyenne » !


[2] Towa M., Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Yaoundé, CLE, 1971, p. 49.

[3] Nous en avons d’ailleurs donné un exposé ici : « Iconoclasme révolutionnaire et renaissance africaine »

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