Qu’est-ce que « Le Consciencisme »? Chapitre V

Chapitre ci :

« FORMULATION MATHEMATIQUE DU SYSTEME »

Dans le dernier chapitre du Consciencisme, Nkrumah s’attache, ainsi que le titre l’indique très clairement, à mathématiser son système. Nous ne voyons pour notre part aucun intérêt à commenter ces équations car tout ce qu’elles traduisent en mathématiques a déjà été suffisamment discuté par Nkrumah dans les chapitres antérieurs. Il serait plutôt important de comprendre – ou d’essayer de le faire – le pourquoi d’un pareil chapitre dans Le Consciencisme. En effet, Nkrumah aurait très bien pu s’en tenir au dernier chapitre (le chapitre IV), mais il a écrit une « formulation mathématique » de son système. Peut être que son éditeur (Panaf Books) lui avait imposé un certain nombre de pages et que ce dernier chapitre (13 pages) lui permettait de remplir son contrat. Mais cette explication n’a rien de scientifique et même si elle est vraie, elle ne nous aide en rien car je doute que Le Consciencisme ait été une commande. Tout porte à croire plutôt que Nkrumah voulait vulgariser sa doctrine et initier les esprits de ses compatriotes – et du monde entier – au consciencisme afin de lutter à l’oppression néocolonialisme, le Ghana venant à peine d’être né. Nkrumah devait mobiliser ce qu’il appelle les « Forces positives » pour combattre les « Forces négatives » du colonialisme et de ses vestiges dans son pays. Cette explication semple justifier mieux l’être du Consciencisme, mais elle ne nous aide pas à comprendre l’existence du chapitre V. Pour la comprendre, il faudrait sûrement situer Le Consciencisme dans son contexte de rédaction : les années 60. A cette époque, le Cercle de Vienne et ses idées règnent en Maitre Absolu de l’activité philosophique et scientifique, et on sait bien quelle est la caractéristique principale de ce mouvement : l’utilisation du langage scientifique – mathématique surtout – en philosophie afin d’établir l’unité de la philosophie comme l’unité des sciences dites « dures ». En ce sens, les viennois sont des kantiens car ils veulent réussir à unir la philosophie qui ne doit plus être un champ de bataille où chacun et n’importe qui peut dire impunément n’importe quoi sur n’importe quel sujet. Nkrumah est au fait de cette mathématisation de la philosophie et il est lui-même influencé par ce positivisme. Il est sensible à cette unification du langage philosophique et à sa subordination à celui mathématique. En ce sens, Nkrumah est donc un philosophe véritablement de son époque. La question qu’on se pose maintenant viendrait sûrement de la contradiction qu’il y a entre les natures même du consciencisme et des mathématiques. En effet, le consciencisme se veut essentiellement une philosophie pratique, concrète, traitant avec des réalités visibles, matérielles, alors que les mathématiques dont les objets sont les nombres, c’est-à-dire des idées, n’ont rien de pratique, rien que le consciencisme pourrait exploiter de façon directe. En ce sens, rédiger ce dernier chapitre est une perte de temps ! Nkrumah a-t-il mathématisé son système pour « faire comme tout le monde » ou alors pensait-il vraiment que les équations qu’il nous propose aient quelque chose à voir avec le caractère oh combien concret de la réflexion qu’il mène jusqu’au quatrième chapitre de son livre ? Nous pensons pour notre part que ce dernier chapitre est le plus mauvais de tous ceux du Consciencisme. Sûrement le plus mauvais que Nkrumah ait jamais écrit car s’éloignant radicalement, par son abstraction manifeste, des préoccupations essentielles de Nkrumah.

 **

A la question qu’on pourrait – encore ? – se poser au sujet du caractère philosophique du Consciencisme, nous pensons que l’analyse qui vient de se terminer permet de dissiper efficacement tout doute et de faire entrer – si ce n’était pas déjà fait – Nkrumah au panthéon des grands penseurs de notre temps. La profondeur de sa réflexion, la pertinence de ses analyses, la lucidité de ses constats et la clarté de ses solutions, ajoutés à l’aspect problématique que suscite en nous la lecture de son livre – si nous sommes adeptes de Popper et de la falsification – devraient permettre, eux-aussi, de rendre à cet auteur, la qualité et l’admiration qu’il mérite.

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