« LA PHILOSOPHIE EN EGYPTE ». Notes du cours du Dr MBEDE (Partie I)

I.          QUELQUES PENSEURS GRECS FORMES A L’ECOLE EGYPTIENNE

 

1.                  Thalès de Milet

 

 Les penseurs grecs eux-mêmes ne manquent pas de donner le témoignage de leur séjour égyptien, des connaissances qu’ils ont acquises auprès des Grands prêtres ainsi que leur parcours initiatique. Parmi les savants grecs qui ont étudié en Egypte, nous pouvons citer Thalès, qui après avoir reçu l’enseignement des Grands prêtres égyptiens est revenu à Milet et a introduit de nouvelles sciences telles que les mathématiques, l’astronomie, la navigation. La philosophie retient particulièrement de lui le principe selon lequel l’eau est le fondement de toute chose. Des témoignages de plusieurs penseurs grecs attestent de la présence de Thalès en Egypte. C’est l’exemple d’Hérodote qui écrit : « Thalès s’introduisit en Egypte sous la direction des Grands prêtres ». De même, Diogène Laërce affirme que « Thalès ne suivit des leçons d’aucun maitre, sauf en Egypte où il fréquenta les prêtres… »[1]. On peut enfin recueillir le témoignage de Platon dans le livre X de la République qui, au sujet de Thalès écrit :

« Il porta le premier le nom de sage. En effet, il trouva que l’éclipse du soleil provient de ce que la lune lui fait écran. Il fût le premier grec à découvrir la petite ourse, les solstices et la taille ainsi que la nature du soleil, l’eau est le principe des éléments. Il reçut en Egypte l’éducation des prêtres ».

2.                  Pythagore de Samos

 Pythagore est présenté comme un grand pèlerin ; il aurait fait de nombreux voyages à Babylone, aux Indes et plus particulièrement en Egypte où il s’est initié à la mathématique, à la musique et à la science des mystères. Son séjour en Egypte est l’un des plus longs (22 ans). Porphyre raconte que les prêtres astronomes et philosophes d’Egypte étaient méfiants à l’égard des voyageurs qui souhaitaient s’initier à leur science. Dans son ouvrage, Vie de Pythagore, il écrit :

 « Les prêtres, si profondément versés dans la connaissance des phénomènes célestes, étaient en même temps des gens mystérieux, très peu communicatifs, et ce n’est qu’à force de temps et d’adroits ménagements qu’Eudoxe et Platon purent obtenir d’être initiés à quelques une de leurs spéculations théoriques.

Après le décès de son maitre Péricycle, Pythagore se rendit en Egypte pour se rendre aux plus illustres professeurs de mathématiques d’alors : les prêtres égyptiens ».

Le séjour de Thalès ne fût pas de tout repos, le penseur grec n’ayant pas été admis facilement auprès des prêtres égyptiens. Et ce n’est qu’à force de persévérance et de patience qu’il a pu surmonter les épreuves des prêtres.

Grand théoricien des nombres, Pythagore aurait insisté sur la divisibilité de l’unité, la théorie de l’Un. Pour lui, les nombres seraient doués de vie et d’harmonie. Sa grande érudition l’a poussé à élaborer une arithmologie, une théorie de la métempsychose qu’il tient pour l’essentiel des prêtres égyptiens. On attribue à Pythagore un théorème sur le carré de l’hypoténuse. Pythagore a eu plusieurs disciples dont le plus célèbres reste sans doute Leucippe.

Plusieurs penseurs Grecs nous donnent le témoignage du passage de Pythagore en Egypte. C’est ainsi qu’Isocrate écrit : « Pythagore de Samos venu en Egypte et s’étant fait le disciple des gens de là-bas fût le premier à rapporter en Grèce tout philosophie ». Jamblique quant à lui écrit : « Thalès conseilla à Pythagore de se rendre en Egypte et de s’entretenir le plus souvent possible avec les prêtres de Memphis et de Diospolis : c’est d’eux qu’il avait tiré toutes ces connaissance qui le font passer pour un sage et savant aux yeux de la foule ». Enfin, Plutarque nous apprend qu’ « il n’y a aucune différence entre les textes appelés hiéroglyphes et la plupart des préceptes pythagoriciens ». De Pythagore, nous retenons que sa formation s’est effectuée chez les savants Egyptiens auprès de qui il a tout appris.

Notre inventaire au sujet des penseurs Grecs qui ont fait le pèlerinage égyptien ne saurait être exhaustif mais retenons que d’autres tels que Solon et Clisthène, Platon, Hippocrate, Homère, Démocrite ont aussi fait le voyage.

      3. Platon

 S’agissant particulièrement de Platon, l’histoire de la philosophie retient prioritairement qu’il fût le plus brillant disciple de Socrate, père de la dialectique et de l’idéalisme. Il est l’auteur d’une œuvre monumentale. Tout comme Pythagore, il doit ses connaissances aux prêtres égyptiens auprès desquels il a passé plusieurs (13 ans). On rapporte qu’il s’est rendu en Egypte avec Eudoxe. On retrouve une certaine concordance entre les enseignements de Grands prêtres et le platonisme. Le platonisme n’est donc pas une création ex nihilo ; il ne s’agit pas d’une intuition proprement platonicienne, son fondement est à retrouver dans les leçons reçues en Egypte. La théorie qui pose les nombre comme l’essence de l’univers présente l’Idée comme la réalité ultime, réalité abstraite et que par conséquent le monde physique n’est que pure apparence. Platon illustre cette théorie dans le livre VII de la République à travers le Mythe de la caverne. Pour Platon, les hommes dans le monde sensible sont comparables à des prisonniers dans une caverne, prenant pour réalité ce qui n’est qu’illusion. C’est en découvrant douloureusement la lumière qu’on perd une telle illusion et qu’on parvient progressivement à la perception de l’éclat de l’Idée ; d’où le fameux dualisme platonicien qui est central dans le platonisme. Pierre Masson Oursel n’hésite pas à voir ce dualisme platonicien : Monde sensible/Monde intelligible, la traduction du dualisme du Zet et du présent dans la pensée égyptienne.

Il ressort donc de cet inventaire non exhaustif qu’un bon nombre de penseurs Grecs tiennent leurs thèses de la pensée des prêtres Egyptiens. L’Egypte, assurément, fut pour les Grecs le centre scientifique et intellectuel du monde. On n’est donc pas surpris d’entendre Masson Oursel, contre toute attente, affirmer que « Des présocratiques au néoplatonisme, la pensée grecque s’enserra dans les modes égyptiens de représentation » (p. 40, op. cité) ; ou encore Cheikh Anta Diop, citant Amélineau dans son ouvrage, Prolégomènes à l’étude de la religion égyptienne déclarer que :

« L’on a eu raison d’admirer le génie spéculateur des philosophes Grecs en général et de Platon en particulier ; mais cette admiration que les Grecs méritent sans doute, les prêtres Egyptiens la mérite encore mieux et, si nous leur rendons la paternité de ce qu’ils ont inventé, nous ne leur feront qu’un acte de justice ».

 Toutefois, s’il est avéré que la philosophie a réellement existé dans l’Egypte ancienne, il est nécessaire pour nous d’examiner les systèmes de pensée égyptiens, et de voir qui étaient ces prêtres qui avaient élevé la pensée au niveau du concept ; quels étaient les systèmes de pensée égyptiens si tant est que lorsqu’on parle de la philosophie, on ne saurait mettre entre parenthèse la question du sujet philosophant, de même que celle des systèmes de pensée.


[1] Vie, doctrine et sentences des philosophes, œuvre citée par Cheikh Anta Diop dans Civilisation ou Barbarie ?

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3 Responses to “« LA PHILOSOPHIE EN EGYPTE ». Notes du cours du Dr MBEDE (Partie I)”


  1. 1 Grégoire BIYOGO 8 août 2011 à 3:57

    vOUS NE CITEZ PAS BIYOGO: C’est plus que gênant votre démarche plagiaire.

    • 2 jeanericbitang 8 août 2011 à 5:03

      Bonjour Monsieur,
      Je me permets de vous faire deux remarques. Primo, je ne SUIS PAS l’auteur de ce cours, donc ce n’est pas ma démarche qui est plagiaire.
      Deuxièmement, il semble que vous ayez mal lu – ou pas lu du tout – les articles car Grégoire Biyogo y est bien cité. Le Dr MBEDE c’est en premier appuyé sur ses 4 tomes de L’histoire de la philosophie africaine. Je prends des exemples concrets:
      Il et écrit dans la deuxième partie du cours:

      La Maât est un concept central dans la pensée égyptienne. C’est principe d’ordre et de justice. On ne saurait comprendre la civilisation égyptienne sans se référer à ce concept. La Maât se confond avec l’éthique (Justice et Vérité en priorité), avec l’ordre universel au sens cosmique et sociopolitique, puis, avec l’intégration sociale basée sur la communication en la confiance. On peut dire comme le soutient Grégoire Biyogo qu’il s’agit :

      « De l’économie générale de l’équilibre du cosmos qui soit se réaliser dans la société – l’Egypte terrestre – comme elle constitue la norme de la vie de chacun après la mort, car au tribunal dernier, la maât pèse sur les cœurs, Thot assistant d’Osiris, le grand juge de l’humanité, tient ouvert le livre de la vie, et le juge implore le Père. C’est l’équilibre de l’harmonie cosmique, le la Vérité-Justice. L’Egypte recherche cette harmonie de la forme et de l’esprit ». (p. 98, op. cité).

      ou

      « Ensuite, le Djet. Ce concept désigne le mouvement du devenir éternel, l’éternel retour de l’Un divisé jusqu’à l’infini. S’appuyant sur les travaux de Cheikh Anta Diop, Grégoire Biyogo nous apprend que

      « L’Egypte a magistralement décrit ce mouvement dialectique de la pensée à travers la figure du phénix…gardien du livre qui renait et se recrée sans cesse, tel le phénix de la légende hermétique qui le fait brûler sur un bûcher mais de ses cendres, il renait toujours » (p. 100, op. cité).

      Je pourrais vous fournir la bibliographie du cours si vous le souhaitez.
      Merci.

  2. 3 dans cette esquisse,les noms des grands pretres savant de l'egypte antique ne sont pas mis en evidence tels se-ankh de saou alias sonkis,own-nefer ou khnoun-nefer alias conuphis. 25 février 2014 à 8:20

    j’ai vraiment ete ravi de prendre quelques instructions supplementaires sur les penseurs grecs car je peux completer mes recherches sur kemet et hellas


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