Les mots ou la force?

« Et dans notre monde de superpuissances impérialistes, comment prétendre à une autonomie tant soit peu réelle dans quelque domaine que ce soit, sans acquérir soi-même une puissance suffisante pour résister à toute tentative de subjugation ouverte ou camouflée ? ».

Marcien Towa, Essai, op. cité, p. 68.

M. Towa pose ici une très bonne question, une question que doit se poser tout théoricien de la liberté de l’Afrique si tant est que la liberté passe par une autonomie relative vis-à-vis des forces coercitives, même si les déterminations ne seront jamais toutes effacées. Il faut néanmoins employer toute notre énergie, en tant qu’Africains, à détruire le plus de déterminations possible, dont la détermination coloniale et le néo-colonialisme qui se situe dans son sillage. En clair, il faut se débarrasser du colonialisme sous toutes ses formes. Mais ceci ne se passera pas par les mots car la domination de l’Occident sur nous est plus qu’une simple affaire de rhétorique. C’est aussi à ce niveau qu’a péché la négritude, car ce mouvement et ses défenseurs n’ont porté l’autonomie de l’Afrique et des Africains que sur un plan purement formel alors qu’il fallait lui donner un socle concret : la puissance. Et c’est sur ce deuxième point que Nkrumah a longtemps insisté. Monsieur Towa le suit ici. Nous ne pouvons résister aux assauts impérialistes occidentaux qu’en forçant le respect, qu’en étant nous-aussi forts, c’est-à-dire en nous érigeant nous-mêmes en puissance capable de résister à ces assauts de l’extérieur. Il ne s’agit donc plus seulement de mots, mais aussi de force. Nous devons résolument nous lancer sur le terrain du rapport de force, mais ce dernier sera toujours déséquilibré si nous ne réalisons pas notre unité en tant qu’Africains, si nous n’érigeons pas un front africain capable de résister valablement aux coalitions impérialistes occidentales. L’unité de l’Afrique ! Voilà notre salut. La question la plus difficile ici reste de savoir comment va se réaliser cette unité. Nkrumah a tracé une voie. Nous pouvons l’évaluer, mettre notre main à la pâte et construire ensemble quelque chose de plus solide que l’édifice nkrumahiste. Mais n’attendons pas que les politiques africaines, marionnettes de l’Occident – dans la plupart des cas – fasse passer les intérêts de leurs Maitres avant les nôtres. C’est à nous, c’est-à-dire au Peuple, de réaliser notre intérêt autour d’idéaux, de valeurs que nous voulons voir porter à la tête de nos pays : de notre continent. Si nos dirigeants sont vraiment issus du Peuple alors l’unité de notre continent ne sera plus une chimère conceptuelle, elle ne sera plus qu’un mot avancé pour faire trembler l’autre – qui ne tremble d’ailleurs pas puisqu’il sait où il a placé ses pions sur l’échiquier de notre vie.

Que faut-il donc retenir de cette question de M. Towa ? Premièrement, c’est la force et non les mots qui nous sortirons de notre situation de dépendance et de soumission à l’Occident. Et cette force ne doit pas qu’être applicable au niveau de nos dirigeants, mais aussi au niveau du Peuple. Ce dernier ne doit pas se contenter d’utiliser des mots, mais doit aussi s’appuyer sur la force chaque fois que cela est nécessaire. La force, premièrement pour se faire entendre des dirigeants ; et la force, pour porter à la tête de nos Etats des personnes qui sont prêtes à défendre nos valeurs et non celles de leurs Maitres occidentaux. Mais la force n’est pas nécessairement la violence, même si à certains moments il est impossible de dissocier les deux concepts. La force c’est d’abord un pouvoir de persuasion qui peut servir à éviter la confrontation. La violence c’est l’utilisation de la force dans la confrontation. Nos adversaires doivent savoir que nos sommes forts et qu’à partir de là nous pouvons être violents vis-à-vis d’eux !

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2 Responses to “Les mots ou la force?”


  1. 1 zinawe 2 décembre 2011 à 6:41

     » Chercher à être, et même plus fort que ….. », voilà ce qu’il nous faut faire aujourd’hui, devenir fort et plus fort que notre dominateur. Il ne s’agit pas d’une force violente, destructrice mais il est question de l’unité. L’unité du continent africain dont M. BITANG parle dans son article. Pour lutter de toutes nos forces contre le colonialisme et le néo-colonialisme, nous devons nous unir, rassembler nos forces pour prendre ensemble avec résolution et détermination la route, la longue et rude route de la liberté, la liberté de l’africain

  2. 2 jeanericbitang 6 décembre 2011 à 8:36

    Je vous remercie de ce commentaire qui épouse parfaitement les contours de ma pensée ainsi que celle de M. Towa et de Nkrumah.


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