Les bourreaux au chevet du cadavre de leur proie

 

Hier deux bourreaux étaient là. Bien qu’il manqua le troisième, le plus important et le plus puissant, nous avions droit au discours du bourreau le plus bruyant. C’est justement sur ce dernier discours que nous voulons nous arrêter un instant, car le bourreau le plus bruyant de tout le tralala au sujet de la Libye a usé de quelques termes qui, ma foi, posent problème pour quiconque connait quelque chose sur le sens des mots et surtout le sens de l’histoire des rapports entre le bourreau et sa proie. Le bourreau et la proie ont ces rôles depuis bien longtemps, mais nous n’y reviendrons pas.

M. Sarkozy, puisqu’il s’agit de lui, a dit qu’il incombait aux rebelles de Benghazi la tâche d’unifier la Libye. Au-delà de l’incompatibilité notoire qu’il y a entre les dires et les volontés de M. Sarkozy en ceci qu’il est très peu probable que le pompier mette lui-même le feu et désire l’éteindre par la suite – au moins que ce pompier soit un pyromane et que l’activité qu’il exerce lui permettre d’être dans le feu de l’action –. Dans tous les cas – et surtout dans ce cas – le discours ne tient pas : le bourreau crée l’enfer pour promettre le paradis tout comme il l’a fait – toujours lui, le bourreau le plus bruyant, prenant les devants – en Côte d’Ivoire – encore l’Afrique ! Encore des colons ! – Qui a divisé la Libye ? Peut-être qu’il faudrait qu’on commence par cette question. Mais cette question est très inintéressante si on ne se pose pas celle de l’unité de toute l’Afrique et pas seulement d’un seul pays.

L’Unité Africaine, justement, parlons-en. Quel pays, plus que la Libye a contribué pour cette union. Sur le continent, seule l’Algérie s’est approchée des généreuses donations de Kadhafi. Depuis son accession au pouvoir, le « guide » libyen – comme l’appellent moqueusement les médias de ses bourreaux – a contribué à hauteur de plusieurs millions de dollars pour la construction de l’unité africaine. L’exemple le plus récent est sûrement celui du satellite de communication qu’il a financé grâce aux dollars du pétrole de son pays. M. Sarkozy peut-il donc vraiment nous faire croire qu’il se soucie de nous, c’est-à-dire des Africains ? Doit-on rappeler que c’est Kadhafi qui martelait le plus fort la menace terroriste que représente l’Occident vis-à-vis des Etats Africains ? Qui peut oublier de voir qu’il s’agit d’un règlement de comptes entre l’Occident – la France précisément – et la Libye puisque Kadhafi a été le premier à défendre Laurent Gbagbo et à lui offrir son aide pour combattre les terroristes français ? Celui qui a séparé hier veut maintenant unifier. Quelle ironie ! Si l’unité était la fin en soi, pourquoi avoir fait la guerre ? Toutes ces questions sont sans réponses autres que pour le pouvoir. Non pas qu’ils ne l’ont pas, mais pour montrer que justement ils l’ont et que rien ne leur résiste ! Rien ! Pas même un « petit fou » libyen qui se prend pour Dieu ! », c’est-à-dire Kadhafi.

Ce que l’Europe nous montre à travers ces véritables actes de terrorisme, car le terrorisme n’est pas terrorisme que lorsqu’on attaque les Etats-Unis, mais chaque fois qu’on emploie systématiquement la violence à des fins politiques (cf. n’importe quel dictionnaire raisonnable), c’est qu’ils sont les « Maitres du monde ». Ils étalent leur puissance, et leur force de persuasion : leur force, face à nos Bibles – comme Gbagbo, comme si Dieu pouvait faire quelque chose contre les armes – et nos cris, et une fois de plus, ils n’ont pitié de rien ni de personne ! Des vies gâchées dans la guerre ; un pays versé dans le sang ! Voilà le triste tableau qu’ils peignent en passant chez nous, comme il y a quelques années. Les mots ont changé : la bonne nouvelle s’est transformée en démocratie, mais le fond reste le même.

Que faire ? Notre salut a déjà été intuitionné par Nkrumah dans un titre très poignant : Africa must unite ! L’unité : voilà la voie qu’il faut suivre. Et l’unité n’est pas que celle des politiques, mais celle du peuple : l’unité de la masse, car bien souvent, les gens que l’Occident combattent sont ceux qu’ils sont d’abord porté au sommet de nos Etats.

Douala, 16 septembre 2011.

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