Les appareils « médiocrisants » de l’Etat

 

L’essentiel de cette réflexion nous est inspirée des travaux de M. Njoh-Mouelle sur la médiocrité. Selon le philosophe camerounais, la médiocrité est caractérisée par l’abandon de soi aux vents de la doxa ou du milieu, causé principalement par l’instinct de conservation. Ce que nous voulons montrer par cet article, c’est que l’Etat participe activement à la médiocrisation de ses individus par son appareil le plus puissant : l’école. En effet, c’est l’Etat qui a la charge de l’éducation de ses citoyens, et suivant le plan qu’il a pour ces derniers, il les forme à suivre une certaine norme. Or nous savons que pour Njoh-Mouelle, la normalité, surtout dans son sens arithmétique, est une notion médiocre. L’Etat décide, par l’éducation, à l’avance, de ce que doivent être les hommes de son milieu, et par le système de récompenses et de punition, le milieu – l’Etat donc – récompense et châtie ceux qui suivent et s’écartent de la norme. Comment remédier à cette situation ? La solution serait peut-être dans l’école nouvelle et sa pédagogie. S’il est clair que tant que l’Etat décidera des programmes et de l’orientation de l’éducation du milieu, il y aura toujours une part de médiocrité, il n’est pas vrai qu’il n’est pas possible d’outrepasser la médiocrisation. Par le contenu des programmes, l’actualisation de ces derniers, la pédagogie orientée vers le sujet et non vers la gnose, dans une direction quasi horizontale au savoir entre le maitre et l’élève, l’Etat peut grandement favoriser l’excellence en évitant la fixité, le monisme, la médiocrité.

Un milieu médiocre est aussi caractérisé par la médiocrité de son programme, par sa fixité et sa rigidité. Les livres au programme ne changent pas – ou seulement très rarement – et en plus, les contenus de ces livres ne sont pas vraiment de nature à encourager l’excellence, c’est-à-dire la créativité. Dans les pays africains, largement médiocre, on fait, dans les programmes, la part belle à l’étude de l’Occident, du Maitre de toujours. On étudie l’histoire de France, la géographie des Etats-Unis, etc. On présente la colonisation comme ayant permis la « civilisation » de nos terres. Bref, on médiocrise davantage l’élève. Le supérieur n’est pas en reste et il a aussi sa part de médiocrité. On préfèrera ainsi un mémoire rédigé sur un quelconque philosophe Américain ou Français plutôt que sur un philosophe Africain jugé « insignifiant » pour l’histoire de la philosophie. Les vieux dogmes coloniaux et racistes ont toujours une bonne place dans l’enseignement, etc. On pourrait assez facilement remédier à cette situation en sortant de la posture éternelle de dominé, de sous-développé, d’éternel dernier. En faisant une place à nous et pas à l’autre, on pourrait sortir de ce « mimétisme irréfléchi ».

Réformer les mentalités et faire reculer la médiocrité, c’est aussi et surtout reformer – ou révolutionner carrément – l’éducation. Il est tout de même étonnant que M. Njoh-Mouelle dans l’analyse de la médiocrité, n’ait pas mis l’accent sur le rôle de l’Etat dans la médiocrisation par le biais de l’éducation.

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