« Au sens où nous l’entendons »

 

Le titre de cet article est issu de l’émission de Laurent Ruquier sur France 2 : « On n’est pas couché » de samedi dernier (12/11/2011). Nous le devons à BHL qui, invité par le présentateur pour présenter son nouveau livre, a profité pour nous édifier sur le sens de la Démocratie à l’Occidentale, et précisément à la Française.

Commençons, avant d’entrer dans ce qui nous intéresse vraiment, par le fait que ce type a parlé de la manière dont son Président a armé les rebelles sans craindre de représailles. Il arborait la tenue d’un justicier masqué venant sauver les « révolutionnaires » de Benghazi. Que le Président français puisse armer une rébellion en Afrique est tout à fait normal à ses yeux, car il fallait « protéger la population » du Monstre Kadhafi. Justement, parlons de ce nom vide : « Protection des civils ». BHL explique de façon pédante l’attaque de l’OTAN qu’il tente de fonder en raison en lui prêtant notamment une certaine « moralité », moralité du sentiment, moralité de la pitié envers Kadhafi. Il nous dit en effet que l’OTAN avait laissé la porte ouverte à Kadhafi, c’est-à-dire qu’il lui avait laissé l’opportunité de fuir le pays. Cette volonté manifeste de « tendre la main » à Kadhafi se traduit concrètement par le fait, nous dit le colon Français, que les aéroports de la Libye ont tous été détruits, sauf celui de la résidence de Kadhafi. Mais ici, je suis surpris que les chroniqueuses de M. Ruquier n’aient pas posé la question du spectre d’action de l’OTAN. En quoi est-ce que bombarder tous les aéroports du pays sert-il à protéger les civils ? Les aéroports sont-ils des armes de destruction ? Quiconque veut être conséquent avec lui-même se voit dans l’impossibilité de répondre autrement que par la négative. Il n’existe aucun lien logique ou martial entre l’aéroport et le fait que les civils libyens sont tués. Il y a dans cette attitude une seule chose de vraie : la volonté de détruire ! Les colons peuvent parler sans être inquiétés et avouer leurs crimes sans avoir peur des représailles, tout simplement parce que la justice a deux vitesses et qu’elle fonctionne où sens où « eux », ils l’entendent, c’est-à-dire dans le bon sens, tout autre sens étant de facto étant considéré comme inférieur, primitif, indigène, inapproprié, dictateur, et qui plus est, s’il vient d’Afrique ou est proposé par un singe noir. Ce qui compte dans un concept, c’est le « sens où nous l’entendons », nous, c’est-à-dire les Occidentaux !

Aberration ! Lorsque Natacha Polony demande à notre colon pourquoi son amour désespéré et naïf de l’autre et de sa condition ne le mène pas en Syrie, il répond qu’il n’a pas de don d’ubiquité. Répondant de cette façon, ce colon nous prend pour des imbéciles, car qui a dit qu’il était nécessaire qu’il se dédouble pour aller en Syrie. Puisqu’il a pu améliorer la situation du peuple libyen et que le peuple syrien est lui aussi dans la tourmente, il peut s’y rendre maintenant, car des gens meurent aussi là bas, à moins que notre colon de service juge les existences-pétroles-libyennes supérieures aux misérables existences syriennes. Le peule libyen vaudrait-il plus cher que celui syrien ? J’aurais aimé qu’il soit honnête et qu’il confesse que les raisons pour lesquelles on ne bombarde pas la Syrie est que ce pays est un allié stratégique des USA, mais bien sûr, sur ce genre de sujet, la pente est très glissante…

Pourquoi est-ce que j’écris donc cet article ? La raison est que je suis choqué de l’attitude d’un soit disant défenseur de la démocratie qui utilise, pour fonder son raisonnement, autre chose que des arguments démocratiques. S’il faut résumer la démocratie, car c’est pour cette raison que les colons bombardent notre continent, il ne faut pas chercher son principe dans le peuple, mais dans la pluralité, car l’idée du peuple est suspecte. Elle est suspecte d’abord parce qu’elle semblerait laisser penser que le peuple est un, unique et uniforme, or c’est justement le contraire : le peuple est pluriel, il se dit de plusieurs façons. Elle est ensuite suspecte parce qu’elle laisse planer un fondement autre que celui démocratique : l’effacement de la personne. Lorsqu’on dit le peule, on oublie très rapidement que ce peuple n’est peuple qu’en ses composantes, c’est-à-dire dans les individus qui le composent. Le peule est donc doublement pluriel. D’abord dans ses composantes individuelles et ensuite dans sa façon de penser – si jamais on admet, ce qui est le cas en démocratie, que le peuple pense –. La démocratie n’est donc pas la loi du peuple, mais la loi du nombre, du pluriel.  Lorsque le colon BHL nous dit que la Libye sera démocratique « au sens où nous l’entendons », il tue directement la démocratie et nous révèle la vraie nature dictatoriale du travail occidental en Afrique. On vient vous imposer la façon dont « nous entendons » les choses et si jamais vous refusez cette façon de faire, on vous bombarde. L’équation est très simple et malheureusement elle n’a rien de démocratique : c’est de la dictature. Sous les airs angéliques occidentaux se cachent de vrais démons ! Le loup est dans la bergerie et il faut l’en faire sortir ! Ce mot est à prendre au sens où ils l’entendront, puisqu’ils entendent toujours mieux que tous les Nègres et les tous Hommes de la terre réunis.

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