La question de l’homosexualité

[…. ]

C’est parce que notre maire s’appuie explicitement sur la Bible plutôt que sur le droit qu’il ne peut penser le mariage autrement que sous le couvert négatif, mythologique et fantasmatique de la religion chrétienne. La partie qui précède nous a montré que cette mythologie est impropre à nous dire la réalité du mariage et il faut bien qu’il existe quelqu’un qui puisse le faire. Ici, c’est le droit.

Posons-nous d’abord une question préliminaire : qu’est-ce que le mariage ? S’appuyant sur la Bible, notre maire déclara que le dernier est l’union entre un homme et une femme, excluant de facto les homosexuels de la définition de cet acte civil. Il n’a d’ailleurs pas manqué de faire quelques commentaires désagréables sur l’impossibilité théologique d’unir un homme et un homme. Naturellement, je m’oppose à une telle façon de penser parce que (1) la Bible est datée de l’antiquité éthique ainsi que nous l’avons vu, ce qui fait qu’elle est inapte à décrire notre situation actuelle et encore moins, incapable de l’orienter ; (2) le droit camerounais d’exclue pas l’homosexualité et donc le mariage homosexuel. Or, nous savons qu’en droit, ce qui n’est pas proscrit est permis ! On pense très souvent que notre loi est contre l’homosexualité et contre le mariage homosexuel, mais en fait ce ne sont que nos mœurs et notre vision « biblique » du monde qui empoisonnent littéralement nos esprits ; (3) enfin, le mariage n’est pas l’union entre un homme et une femme, mais union entre deux hommes, j’insiste, « deux hommes », c’est-à-dire soit un homme et une femme, soit un homme et un homme, soit une femme et une femme. Le plus important est qu’ils se promettent tout ce qu’on se promet quand on se marie et que leur engagement soit sincère. Le mariage n’est pas mariage parce qu’il est célébré entre un homme et une femme, il est mariage lorsque les époux se conforment à ce qu’on pourrait appeler « l’esprit du mariage », c’est-à-dire les différents vœux qu’on prononce. Ce sont ces vœux et ces promesses qu’on se fait l’un à l’autre qui marquent et scellent le mariage et non le sexe des conjoints. Une fois de plus, on voit comment la Bible contamine nos esprits en lui imprimant des idées moyenâgeuses comme le mépris de l’homosexualité. De quel droit doit-on empêcher les homosexuels de vivre leur amour ? Les chrétiens zélés nous  répondraient que sur la base du verbiage biblique etc., mais sur la base de la Bible aussi, la place de la femme est à la cuisine et non au bureau. L’évidence est qu’il faut sortir de cette conception de l’homme ancrée dans quel que précepte religieux et voir l’homme tel qu’il est et non comme on – Dieu ou homme – voudrait qu’il soit. Spinoza disait déjà cela en parlant de la nature de l’homme. Parce que le mariage est mal pensé, c’est-à-dire pensé sur la base de ce que dit la religion – et pas seulement le christianisme –, on détermine mal la trajectoire que doit prendre la définition d’un pareil terme. Cela est même visible jusqu’au niveau du droit, car bien que le mariage homosexuel ne soit pas proscrit, les termes qu’on utilise rendent compte du préjugé selon lequel le mariage ne peut être contracté qu’entre un homme et une femme. C’est ainsi que le code civil camerounais dispose en son article 213 : « La femme concourt avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille (…) La femme remplace le mari dans sa fonction de chef s’il est hors d’état de manifester sa volonté ». On voit clairement à ce niveau que le droit est inspiré des fondements bibliques, car l’idée de la primauté de la puissance de l’homme dans le mariage et sur la femme n’est rien d’autre que la phallocratie biblique que nous avons dénoncée plus haut. De plus, parce que le code civil camerounais est muet sur la question de la qualification des époux autrement que par les termes « mari » et « femme », on comprend bien qu’il n’est pas pensé une terminologie qui s’adapte à la situation du mariage homosexuel. Cette adaptation doit pourtant être faite ! Doit-on encore parler de « mari » et de « femme » entre deux hommes qui se marieraient et idem pour deux femmes qui se marieraient ? Ces termes de « mari » et de « femme » traduisent-ils le sexe des conjoints ou une position que ceux-ci se proposent d’occuper dans le mariage. Ainsi, un homme pourrait, se mariant avec un autre homme, s’acquitter des taches dévolues à la « femme » entendue non comme sexe, mais comme position dans le mariage. Le terme « femme » deviendrait ainsi un concept conjugal plutôt qu’une simple désignation sexuelle, ce qui permettrait de mieux comprendre le code civil de notre pays. On pourrait, si cette conceptualisation est jugée trop compliquée ou trop grossière, proposer d’autres termes. Mais une chose est sure : ces termes sont inadaptés en ce qui concerne la lecture de notre société et l’état de nos mœurs ! De même que Nkrumah disait que les lois morales doivent changer, ces termes doivent eux-aussi changer et s’adapter à notre société actuelle, car c’est bien là le sens du droit : dire l’état d’avancement – social, éthique, politique, etc. – dans lequel nous nous trouvons.

Que retenons-nous donc de cette réflexion ? Premièrement, il est évident que notre pays n’est pas aussi laïc qu’on veut nous le faire croire et que dès lors, les présupposés religieux foisonnent dans notre façon d’entrevoir les choses, même au niveau de l’Etat. Notre première exhortation est celle d’exorciser l’Etat de ses démons religieux et de sa tendance à cette référence bancale. L’Etat est une chose ; la religion une autre et entre les deux, comme dirait Aristote, il n’y a pas de tertium datum. Lorsqu’on entend que l’Etat est laïc, il faut que dans les faits il le soit. Exorciser l’Etat dans ce sens serait donc y détruire de façon théorique et pratique toutes les références à la religion. Dans la théorie cela pourrait passer par l’adoption d’une nouvelle terminologie ainsi que nous l’avons montré à travers l’exemple du mariage. Dans la pratique, on pourrait mettre en place une commission qui s’assurerait de la laïcité des structures étatiques comme la mairie. Dans ce cas, notre maire sera sujet à une sanction. Je laisse le soin aux autorités de décider eux-mêmes de la nature de cette sanction si jamais elles prennent en compte les remarques que je formule. L’exemple du mariage était très important parce qu’il nous a permis de mettre en avant l’homosexualité et son statut dans notre pays. Naturellement, par ce terme nous n’entendons pas les « promotions canapés » dont sont victimes certains demandeurs d’emploi dans notre pays, mais bien le choix libre de deux individus de s’aimer, de se chérir, de s’entraider et de vivre ensemble dans les liens du mariage. Cette classe d’individu est marginalisée alors que rien dans la loi ne stipule qu’il en soit ainsi. Ici aussi le sous-bassement religieux est omniprésent bien qu’il soit inadapté à notre situation. La société elle-même doit être épuré des références religieuses moyenâgeuses pour mieux exprimer notre temps car on oublie très souvent que les personnes qui ont écrit la Bible l’ont écrite avec ce qu’ils connaissaient de leur temps et que nous aujourd’hui nous savons mieux et plus qu’eux, ce qui fait qu’on ne peut pas leur faire confiance de la même manière qu’il y a quelques siècles.

Publicités

0 Responses to “La question de l’homosexualité”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Calendrier

décembre 2011
L M M J V S D
« Nov   Jan »
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 107 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :