Archive pour janvier 2012

AND THE WINNER IS KANT (III)

Une morale de l’angoisse de la non-liberté

La seule chose de vrai dans l’affirmation : « Dieu n’existe pas », c’est qu’immédiatement, le pape, les imans, les moines et leurs suites n’existeront plus eux-aussi. Et cela, de leur point de vue, est totalement impensable ! La réalité de Dieu est qu’il est donc un « fond de commerce », une « marchandise » qui permet à quelques charlatans de gagner leur vie en maintenant leurs « vaches à lait » dans un état d’angoisse perpétuel de sorte qu’ils puissent aisément les traire à volonté. L’angoisse, venons-y. Elle est plus vive dans la religion que dans la vie, et le mélange de l’angoisse existentielle à l’angoisse post-existentielle n’est plus souhaitable que le mélange du mal sur le mal. C’est déjà très angoissant de vivre, de s’occuper de soi et/ou des autres – si nous avons une famille. La pression qu’exerce le simple fait de vivre sur nos consciences et sur notre être est sans limites, et le suicide marque, quelques fois, cette fuite en avant de l’angoisse qui nous tenaille. Mais cette angoisse au moins, elle nous suit au quotidien et elle s’éteint lorsqu’on meurt. L’angoisse post-existentielle de la religion nous plonge dans l’angoisse du futur, de l’après. Après angoissé pour notre vie, nous angoissons pour après-notre-mort. En clair, dans l’optique religieuse, il faut toujours que nous soyons angoissés. Mais il y a une différence entre l’angoisse existentielle et l’angoisse religieuse. C’est que dans la première angoisse, l’homme est libre face à ses actes et il a le choix : être ou ne pas être, faire ou ne pas faire. C’est justement ce choix qui est angoissant, car le saut est un saut dans l’inconnu, dans le néant. A l’opposé, l’angoisse religieuse est angoisse de l’impossibilité du choix, car nous sommes en face d’un « Grand Manitou » qui, de toutes façons, sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, et sait même avant nous, ce que nous allons faire. La liberté que nous pensons avoir n’est donc qu’une liberté de façade dans cette optique, et l’angoisse religieuse révèle son vrai visage : angoisse du manque de liberté. S’il faut être angoissé, autant mieux l’être parce qu’on est libre, plutôt que parce qu’on le l’est pas !

Et l’angoisse chrétienne s’accompagne de peur. Ici, il faut distinguer d’un coté les Témoins de Jéhovah et les catholiques et leurs excroissances. Commençons par les seconds, car leur angoisse et la peur qui va avec semble être la mieux répandue parmi les esprits de nos frères. Le sommet de l’angoisse catholique et Cie, c’est l’Enfer, entendons, le lieu de la tourmente ultime où Dieu fera « rôtir ? », « brûler ? », en tout cas, où Dieu punira les hommes qui n’auront pas été moraux, c’est-à-dire, ainsi que nous l’avons vu, qui ne lui ont pas obéi, lui, le Tout Puissant Maitre de l’Univers – Dieu serait-il Hitler ? Il n’est pas besoin de revenir ici sur l’idée développée plus haut selon laquelle la morale chrétienne était une morale de la soumission et que sur le plan individuel et social, elle n’encourage pas l’épanouissement critique. Insistons plutôt sur la manière donc nos catholiques et Cie présentent leur angoisse pour mieux nous vendre leur remède : Jésus. L’angoisse des catholiques et Cie est angoisse devant l’Enfer, angoisse devant l’impossibilité de faire autrement que comme ce que Dieu – qu’on ne voit pas – mais selon ce que les gens, hommes faillibles qu’on voit, disent qu’il a dit. Après nous avoir présenté l’atrocité de l’Enfer, naturellement, en bons publicitaires, les chrétiens catholiques et leur suite, nous disent qu’il est possible d’éviter cette torture et de bénéficier de la bonté du même type qui doit, si nous lui désobéissons, nous envoyer en Enfer. Il suffit simplement de croire en Jésus. Et là, on bénéficiera de la vie éternelle, de la joie éternelle, du bonheur éternel, etc. Les musulmans ont arrêté leur paradis sur la « jouissance éternelle » dans le sens le plus sexuel de ce terme. Nous ne voulons pas discuter de la possibilité de cette « vie  éternelle » et interroger la possibilité réelle du « bonheur » dans cette situation, ni nous demander comment est-il possible qu’on « souffre » en Enfer, alors que sont nos âmes qui y sont, pas plus que nous ne nous interrogerons sur le caractère hautement « matérialiste » des diverses religions, car le vocabulaire employé fait exclusivement recours au sens (bonheur, souffrance, jouissance, etc.). Ces questions, nous les renvoyons à une réflexion ultérieure.

De leur coté, les Témoins de Jéhovah rejettent la thèse de l’existence de l’Enfer et penchent pour la mort. Le vrai « Enfer », c’est ainsi l’impossibilité de revenir sur terre profiter des plaisirs de la vie auprès de Dieu. Ici, au moins, dira t-on, il n’y a ni promesses de flammes, ni de rôti…, mais les techniques sont les mêmes : le support religieux est la peur. Diderot disait à cet effet que si on supprime la peur, on supprime aussi la religion qui s’en nourrit. L’angoisse est donc omniprésente et on tient les religieux par la peur. Naturellement, les hommes médiocres peuvent faire de cette angoisse leur bien, mais c’est prendre le carrefour pour le point d’arrivée, pour parler comme M. Njoh-Mouelle. Une pareille morale de l’angoisse n’est pas prompte à faire de nous des hommes libres, capables de décider librement de notre sort, qui est, précisément, qu’il n’est écrit nulle part, sinon par nous, par les actes que nous posons. Il n’y a ni Enfer, ni Paradis ! Il n’y a devant nous que le néant que nous devons construire : le monde n’est rien d’autre que possibilité, toute-puissance. Et l’angoisse, puisqu’elle est inévitable, doit être non l’angoisse de la non liberté, mais angoisse de la liberté, angoisse d’un océan des possibles et non angoisse d’une réduction des possibilités à un binôme existentiel. Elle doit être angoisse de la prise en main personnelle, réelle et effective de notre vie, plutôt qu’angoisse de se laisser conduire par quel que « guide » que ce soit ! Elle doit être angoisse du Berger et non du Mouton ! Voilà la seule angoisse que je tolère ; voilà la seule angoisse que nous devons tolérer ! Pourquoi donc mélanger une angoisse dogmatique affaiblissante et une angoisse dynamique comme celle existentielle

AND THE WINNER IS KANT (II)

Une morale faible et affaiblissante

La morale chrétienne des Témoins de Jéhovah repose sur un principe de soumission aveugle à l’autorité despotique d’une omnipotence-omniprésence-omniscience qui écrase toute tentative de penser par soi-même, c’est-à-dire toute capacité de s’opposer à lui. C’est pourquoi la morale chrétienne est binaire : Ou Bien, ou Mal. Mais il serait intéressant d’interroger ce Bien. Quand est-ce que le Bien est Bien ? A cette question, les chrétiens répondront que lorsque le Bien suit l’ordre de Dieu. Faire le Bien c’est donc obéir à Dieu, et comme par miracle, il y a des gens qui savent plus que nous ce que Dieu veut et qui sont, en vertu de ce pouvoir surnaturel, capable de nous dire ce que Dieu veut pour nous. Ce sont d’abord les personnes qui ont écrit la bible, et ensuite celles qui la commentent et qui se réclament d’une certaine autorité divine. Le principe moral chrétien est donc « obéir à Dieu », mais il faudrait qu’il soit affiné de cette manière « obéir à Dieu en obéissant aux hommes finis qui disent parler pour lui et dont on n’est pas sûr, justement parce qu’ils sont des hommes, qu’ils disent la vérité et qu’ils n’utilisent pas ce nom pour nous maintenir sous leur joug ». Lorsqu’on regarde ce principe de loin, on ne voit pas à quel point il est dangereux, mais lorsqu’on l’applique par exemple en société, nous comprenons qu’il est d’une efficacité de domination redoutable.

Dieu est le « Roi des cieux », c’est-à-dire que les rois sur terre ne peuvent être que l’image du Roi du ciel. C’est justement pour cette raison que les rois dans les monarchies se disent « envoyés », « élus » ou carrément « fils » de Dieu puisque leur pouvoir vient de lui. Or, si en tant que roi, le roi de la terre participe à la royauté divine, c’est un commandement suprême que de lui obéir et de ne pas tenter de le renverser, car renverser l’envoyé de Dieu, c’est renverser Dieu lui-même. Rappelons-nous de ce que « L’Eternel » dit à Paul alors qu’il persécutait ses messagers. Dieu lui demande : « Pourquoi me persécutes-tu ? ». Rappelons-nous maintenant le principe moral chrétien : la soumission, l’obéissance à Dieu. Dans ces conditions, il ne faut pas tenter d’améliorer les choses, car elles sont comme elles sont parce que Dieu en a décidé ainsi. Sur le plan social, la morale chrétienne aboutit à la contemplation simple de l’ordre établi. Jusqu’ici, on ne comprend pas bien les sous-bassement d’une telle morale, mais lorsqu’on interroge la nature de cet ordre, tout s’éclaircit.

L’ordre social en place – et ce depuis plusieurs millénaires déjà – est celui de la domination des riches sur les pauvres, des forts sur les faibles. Dans cette histoire, le clergé a toujours occupé une place de choix dans la hiérarchie à cause de ce que nous venons de dire. Nous savons d’ailleurs jusqu’où est allé le zèle des ecclésiastiques et où a porté le zèle des musulmans. Les religieux ont toujours occupé dans cette histoire de domination une place proche du sommet, c’est pourquoi ils n’ont pas intérêt à ce que les choses changent, sinon elles changeront en leur défaveur. Dieu devient ici, la garantie non de l’ordre moral, mais de l’ordre social dans lequel ces religieux occupent une place de choix. On comprend mieux pourquoi la morale chrétienne se rechigne à l’action et au changement et préfère plutôt la contemplation de l’ordre établi. On dira donc et on encouragera les citoyens à faire de même : « C’est Dieu qui veut et on n’y peut rien ». La morale chrétienne a ceci de particulier qu’elle parle à l’autre, parce que celui qui parle – à la fois Dieu et ceux qui parlent pour lui – s’excluent des commandements. On insistera ainsi sur le tu, plutôt que sur le nous, ou sur quelque chose de plus général comme le mode impératif. A partir de là, nous déterminons aisément que les créateurs de la morale chrétienne sont des gens de mauvaise foi – Dieu compris – car la morale, comme nous l’avons dit plus haut, doit s’appliquer à tout monde, homme ou Dieu. La morale chrétienne se révèle être ainsi un puissant outil d’asservissement permettant de maintenir l’autre à qui elle s’adresse dans son état de sous-développement. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que ce soient dans les continents les plus sous-développés qu’il y ait le plus de c(h)réti(e)ns.

AND THE WINNER IS KANT (I)

Un peu de méta-éthique

Les Témoins de Jéhovah – et certains philosophes, notamment les rationalistes du XVIIIe siècle – veulent nous faire croire que le fondement de la morale est en Dieu, et que lui seul, posé en tant que garant de l’ordre du monde, peut légitimement servir de socle à la morale. Ce faisant, les témoins de Jéhovah mettent un pied dans l’éthique, mais précisément dans la méta-éthique, car il est question d’interroger le fondement de la loi morale. La question sous-jacente à ces développements est : quelles sont les possibilités a priori de la possibilité de la morale et de son applicabilité ? C’est à cette question kantienne que les religieux – principalement – répondent, « Dieu ». Essayons de développer sommairement leur argumentaire.

Les témoins de Jéhovah, comme tous les religieux, attribuent à Dieu toute la perfection du monde, toute la science, toute la puissance, etc. En d’autres termes, Dieu est l’image même du Bien, du Juste et de toutes les Idées droites, s’il faut adopter un langage platonicien. Puisqu’il est le Bien, le Juste, le Bon et qu’il est en même temps l’être dont tout découle, il va de soi que les actes des êtres qui découlent de son être prennent sa source en lui et que le bien que fait un homme, créature finie à l’ « image » de Dieu – rappelons-nous Platon – n’est que le « reflet » du Bien divin. Comment une telle concordance est-elle possible ? Il faut qu’on pose l’âme, et qu’on pose précisément, que l’âme est l’image de Dieu en nous, car ce n’est que cette façon que nous, simples mortels, pouvons participer de la vie divine. Si nous sommes capables de faire le bien, c’est parce qu’il y en nous une âme et que cette âme porte en elle la marque de Dieu. La possibilité de l’existence de la morale est donc conditionnée par l’existence de l’âme et par sa participation aux choses divines, c’est-à-dire en dernière analyse, par Dieu lui-même, car en effet, si on supprimait Dieu, on supprimerait aussi l’âme, c’est-à-dire qu’on supprimerait la capacité que nous avons de participer aux choses divines, notamment au Bien. Ce principe est-il fiable ?

Nous ne pouvons répondre à cette question que par la négative pour au moins deux raisons. D’abord, en tant que principe, il faut qu’il soit partagé par tous les membres du système, en l’occurrence tous les sujets moraux, c’est-à-dire tous les hommes. Est-ce le cas avec Dieu ? Quiconque tenterait de répondre par l’affirmative serait téméraire. Les athées existent bel et bien, et leur seule existence invalide le principe méta-éthique religieux, car il n’est pas posé comme universel. Descartes qui pensait que l’idée de Dieu était une idée innée n’avait pas vu que la religiosité est culturelle, et qu’en tant que telle, elle est nécessairement acquise. Ici, c’est M. Njoh-Mouelle qui a raison contre Descartes : on devient religieux, tout comme on devient athée. L’homme n’a aucune nature (a)théologique. Or, si l’homme n’a aucune nature (a)théologique, c’est bien que le principe Dieu est défaillant. Ensuite, en questionnant ce qu’on nomme Dieu, on se rend compte qu’il n’est pas un principe suffisamment clair, car il y a autant de Dieu qu’il y a d’hommes et de religions. Pour que Dieu soit un principe méta-éthique fiable, il faut qu’il puisse être suffisamment clair. En effet, monothéisme et polythéisme s’opposent au sujet de Dieu(x). Dans le premier sens, il y a « cumul » de fonctions, alors que dans le second, il y a « décentralisation ». Les optiques éthiques en sont totalement différentes. De même, bien que ressemblants en certains points, les morales chrétiennes et musulmanes différent quant à leur rapport à l’action. Et pire, la morale chrétienne que professent les témoins de Jéhovah, elle-même comporte plusieurs moments dans son élaboration, ce qui montre bien qu’elle est tâtonnante. Dans l’Ancien testament par exemple, une place de choix est faite à la loi du talion, tandis que dans le Nouveau testament, c’est la soumission docile et l’acceptation servile qui remplace l’ancien bellicisme. Dieu aurait-il changé d’un testament à l’autre ? Parce que s’il change, ce n’est plus Dieu…

Une terminologie fallacieuse

Cet article se situe dans la continuité argumentative de la critique des Témoins de Jéhovah que j’ai commencée dans l’autre article: « La plus importante des questions »? ». Il faut donc le lire en tant que tel.


Les Témoins de Jéhovah jouent volontairement avec les mots pour embrouiller le lecteur et conforter ainsi leurs thèses. C’est cette attitude que reprochaient Socrate et Platon aux grands rhéteurs de la Grèce antique, et elle se nomme le sophisme. Le sophisme de nos Témoins de Jéhovah se situe au niveau des mots « croyance » et « foi ». Voici ce qu’ils écrivent : « Par conséquent, que vous soyez croyants ou non, votre point de vue implique une certaine dose de foi. » (p. 3). Et plus loin : « En un sens, la foi fait partie intégrante de la vie. Lorsqu’on travaille, on est confiant qu’on recevra un salaire. Lorsqu’on plante des graines, on a foi qu’elles germeront… » (Idem). Lorsqu’on lit de pareils développements, on est en droit de voir les poils de notre corps s’hérisser parce que rien n’est plus faux que ce que nous disent nos amis Témoins. Je conjecture qu’ils le font exprès, car je doute qu’eux, si friands de science et d’exactitude, n’ont pas pu s’enquérir des travaux de Polanyi sur la croyance. Nous aussi, nous sommes friands de science et c’est pour cette raison que nous ne pouvons laisser cet argumentaire sans réagir.

Commençons par une remarque : dans certains cas, « croire » et « avoir la foi » peuvent être synonymes. Mais cette synonymie s’évanouit lorsqu’on pousse la réflexion un peu plus loin qu’au niveau de la doxa. Avoir la foi témoigne d’un degré de conviction supérieur à la croyance. Ce degré de conviction n’est bien sûr, pas nécessairement guidé par des connaissances sensibles, comme nous le verrons plus tard. Ainsi, lorsque nous « croyons » que nous enfants sont à la maison alors que nous sommes en voyage, nous sommes moins sûrs qu’ils y sont que nous « avons la foi » qu’ils y sont. C’est pour cette raison qu’on ne fait que « croire » en Dieu et qu’on y a foi. C’est aussi parce que la foi désigne quelque chose de plus fort et de plus intense qu’on professe notre foi et non notre croyance.

On peut continuer de distinguer la croyance et la foi par leurs objets. Dans ce sens, la croyance s’appliquerait à la nature et aux phénomènes naturels quand la foi aurait Dieu pour objet exclusif. Les Témoins de Jéhovah nous présentent des phénomènes naturels et y accolent le terme « foi » plutôt que celui de « croyance ». Nous avons vu plus haut que la synonymie entre les deux termes n’est pas parfaite et que l’emploi d’un ou de l’autre des termes pouvait marquer un certain degré de certitude vis-à-vis du phénomène dont on parle. Ainsi, lorsqu’on plante des graines, on a tout à fait raison d’avoir foi dans le fait qu’elles germeront. La raison est peut être que nous avons fertilisé notre sol ; peut être aussi que nous avons soigneusement choisi les meilleures graines et délaissé les moins bonnes, et qu’ainsi nous sommes « sûrs » de notre résultat, qui est que ces graines germeront. Avoir la foi ici, ce n’est pas du tout croire que Dieu fera pousser nos plantes, c’est avoir un grand degré de conviction assuré par les étapes que nous avons respectées en amont de l’action qu’on effectue. Mais c’est pour la première raison que nous avons avancée, c’est-à-dire à cause du fait que la croyance s’applique à la nature, tandis que la foi s’applique à Dieu que Polanyi peut par exemple écrire que « La science repose sur des croyances » (cf. Logic of liberty, chap. II) ou qu’il existe des « Croyances scientifiques » (cf. Ethics, Vol. 61, N° 1, Oct., 1950, pp. 27-37.), mais qu’il ne peut exister de « foi scientifique », parce qu’en science, le degré de conviction fantasmé – comme avec Dieu – ou réel – comme dans le cadre de notre cultivateur – n’est jamais atteint, l’édifice scientifique étant précaire, contrairement à l’édifice fantasmatique religieux qui est construit une fois pour toutes et est imperméable aux vents du changement.

Les Témoins de Jéhovah veulent nous faire croire que la foi reste foi lorsqu’elle s’appuie sur des preuves. C’est pourquoi ils écrivent que « …la foi en Dieu devrait être éclairée, basée sur des preuves convaincantes » (Idem). Et ils nous exhortent à « examiner objectivement les faits et à les laisser [n]ous aiguiller dans la bonne direction » (Idem). Soit ! Suivons leur conseil et tentons de comprendre la religion chrétienne à partir de la raison. La foi en la religion chrétienne, parce que l’argumentaire des Témoins de Jéhovah s’appuie sur la bible, c’est la foi en ses dogmes. Qu’est-ce qu’un dogme ? Les Témoins de Jéhovah ne s’attardent pas sur cette notion. Heureusement pour nous, tout le monde n’est pas de cette obédience religieuse. Voici ce que nous dit M. Towa : « La foi est, par définition, foi aux mystères, aux dogmes, c’est-à-dire à des affirmations incompréhensibles par la raison et inaccessibles aux sens. » (L’idée d’une philosophie négro-africaine, Yaoundé, CLE, 1997(1979), p. 93). Voilà qui est clair ! Les dogmes sont des affirmations incompréhensibles. Essayons de voir si des « preuves » étayent ces dogmes. Prenons par exemple le dogme de l’immaculée conception. Ce dernier nous fait croire que Marie, vierge de son état, a enfanté Jésus. Or, que nous apprend la vie quotidienne ? C’est que pour qu’il y ait un enfant, il faut un père et une mère, un gamète male et un gamète femelle. Autrement, la fécondation n’a pas lieu. Il serait intéressant que les Témoins de Jéhovah nous montrent comment on peut « avoir foi » dans le sens dur de croire sur la base des preuves en cette affirmation selon laquelle une femme peut enfanter sans jamais avoir connu de rapport sexuel, à moins que l’esprit saint soit un phallus…

La réalité est que la foi disparait quand arrive la raison et dans le combat qui les oppose, la raison finit toujours par gagner, car elle a horreur des limitations de toutes sortes. C’est pourquoi du point de vue de la bible que chérissent nos amis Témoins de Jéhovah, le péché originel, c’est l’usage de la raison, car c’est la raison qui nous fait savoir le bien et le mal. M. Towa peut ainsi clore le débat sur le rapport foi/raison : « Je prends le mot foi dans le sens d’acceptation des mystères. Si les mystères sont saisis par la raison, il n’y a plus foi, mais intellection. » (Ibid., p. 110). Si la « vraie foi repose sur des preuves solides » alors cette foi n’est plus foi, mais intellection, c’est-à-dire déploiement de la raison et de son pouvoir critique.

Que doit-on alors retenir de cette petite incursion dans la pensée des Témoins de Jéhovah ? Premièrement, que les Témoins de Jéhovah sont de mauvaise foi, car ils utilisent volontairement des déterminations erronées pour faire triompher leur point de vue au lieu d’affronter la dure réalité de l’inapplicabilité de leurs principes. C’est pourquoi, dans le but d’embrouiller leurs lecteurs et de les perdre dans un océan de fausseté, ils utilisent mal les termes « croyance » et « foi ». De plus, et c’est là la deuxième leçon à tirer de cet article, la foi et la raison sont dialectiquement opposés et radicalement incompatibles, quoi que nous en disent les Témoins de Jéhovah, car la raison peut déployer son potentiel critique jusqu’à se nier elle-même – cf. Kant et la Critique de la raison pure ; Feyerabend et son Farewell reason ; etc. –. Si la foi veut jouer sur le même terrain que la raison, il serait intéressant qu’elle arrive, elle-même, à destituer son objet d’étude. Ce n’est qu’à ce niveau que la foi montrera à la fois qu’elle est au même niveau que la raison, mais aussi qu’elle n’est pas autre chose qu’un développement primaire comparé à elle.


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