AND THE WINNER IS KANT (I)

Un peu de méta-éthique

Les Témoins de Jéhovah – et certains philosophes, notamment les rationalistes du XVIIIe siècle – veulent nous faire croire que le fondement de la morale est en Dieu, et que lui seul, posé en tant que garant de l’ordre du monde, peut légitimement servir de socle à la morale. Ce faisant, les témoins de Jéhovah mettent un pied dans l’éthique, mais précisément dans la méta-éthique, car il est question d’interroger le fondement de la loi morale. La question sous-jacente à ces développements est : quelles sont les possibilités a priori de la possibilité de la morale et de son applicabilité ? C’est à cette question kantienne que les religieux – principalement – répondent, « Dieu ». Essayons de développer sommairement leur argumentaire.

Les témoins de Jéhovah, comme tous les religieux, attribuent à Dieu toute la perfection du monde, toute la science, toute la puissance, etc. En d’autres termes, Dieu est l’image même du Bien, du Juste et de toutes les Idées droites, s’il faut adopter un langage platonicien. Puisqu’il est le Bien, le Juste, le Bon et qu’il est en même temps l’être dont tout découle, il va de soi que les actes des êtres qui découlent de son être prennent sa source en lui et que le bien que fait un homme, créature finie à l’ « image » de Dieu – rappelons-nous Platon – n’est que le « reflet » du Bien divin. Comment une telle concordance est-elle possible ? Il faut qu’on pose l’âme, et qu’on pose précisément, que l’âme est l’image de Dieu en nous, car ce n’est que cette façon que nous, simples mortels, pouvons participer de la vie divine. Si nous sommes capables de faire le bien, c’est parce qu’il y en nous une âme et que cette âme porte en elle la marque de Dieu. La possibilité de l’existence de la morale est donc conditionnée par l’existence de l’âme et par sa participation aux choses divines, c’est-à-dire en dernière analyse, par Dieu lui-même, car en effet, si on supprimait Dieu, on supprimerait aussi l’âme, c’est-à-dire qu’on supprimerait la capacité que nous avons de participer aux choses divines, notamment au Bien. Ce principe est-il fiable ?

Nous ne pouvons répondre à cette question que par la négative pour au moins deux raisons. D’abord, en tant que principe, il faut qu’il soit partagé par tous les membres du système, en l’occurrence tous les sujets moraux, c’est-à-dire tous les hommes. Est-ce le cas avec Dieu ? Quiconque tenterait de répondre par l’affirmative serait téméraire. Les athées existent bel et bien, et leur seule existence invalide le principe méta-éthique religieux, car il n’est pas posé comme universel. Descartes qui pensait que l’idée de Dieu était une idée innée n’avait pas vu que la religiosité est culturelle, et qu’en tant que telle, elle est nécessairement acquise. Ici, c’est M. Njoh-Mouelle qui a raison contre Descartes : on devient religieux, tout comme on devient athée. L’homme n’a aucune nature (a)théologique. Or, si l’homme n’a aucune nature (a)théologique, c’est bien que le principe Dieu est défaillant. Ensuite, en questionnant ce qu’on nomme Dieu, on se rend compte qu’il n’est pas un principe suffisamment clair, car il y a autant de Dieu qu’il y a d’hommes et de religions. Pour que Dieu soit un principe méta-éthique fiable, il faut qu’il puisse être suffisamment clair. En effet, monothéisme et polythéisme s’opposent au sujet de Dieu(x). Dans le premier sens, il y a « cumul » de fonctions, alors que dans le second, il y a « décentralisation ». Les optiques éthiques en sont totalement différentes. De même, bien que ressemblants en certains points, les morales chrétiennes et musulmanes différent quant à leur rapport à l’action. Et pire, la morale chrétienne que professent les témoins de Jéhovah, elle-même comporte plusieurs moments dans son élaboration, ce qui montre bien qu’elle est tâtonnante. Dans l’Ancien testament par exemple, une place de choix est faite à la loi du talion, tandis que dans le Nouveau testament, c’est la soumission docile et l’acceptation servile qui remplace l’ancien bellicisme. Dieu aurait-il changé d’un testament à l’autre ? Parce que s’il change, ce n’est plus Dieu…

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2 Responses to “AND THE WINNER IS KANT (I)”


  1. 1 Dan 16 janvier 2012 à 5:36

    Au lieu de tant philosopher : Le libre arbitre, savez-vous ce que c’est ???

    • 2 jeanericbitang 17 janvier 2012 à 2:42

      J’avoue avoir quelques notions en la matière, mais je doute fort que j’aie, en la matière, autant de connaissances que vous. C’est pourquoi, je suis disposé à vous écouter me déployer ce concept.
      Je me permettrai quand même une remarque. De ce que je sais du libre arbitre, je n’ai pas pu en parler dans mon article, car ce dernier traite de méta-éthique et précisément de l’évaluation du principe chrétien de méta-éthique. Mais bon, peut être que je me suis trompé. Ce n’est pas impossible.
      Bien à vous.


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