AND THE WINNER IS KANT (IV)

Une morale hypothétique

Interrogeons maintenant la morale chrétienne du point de vue de la doctrine kantienne. Si on suit les développements des Fondements de la métaphysique des mœurs, on se rend compte que Kant distingue deux impératifs moraux : d’un côté, l’impératif catégorique, et de l’autre, l’impératif hypothétique. Rapidement ramassée, cette distinction du philosophe de Königsberg stipule qu’un acte véritablement moral ne doit pas avoir sa finalité en dehors d’elle-même. Ce fondement kantien permet d’évacuer bon nombre de morales qui abondent dans le monde, mais tout particulièrement la morale chrétienne par son représentant le plus éminent : le Christ. Naturellement, nous ne voulons pas encenser la morale kantienne qui est la morale des dieux plutôt que celle des hommes, mais nous voulons montrer précisément qu’on homme met Dieu à l’épreuve et qu’il le vainc.

Jésus-Christ, nous dit-on, est venu dans le monde pour sauver les hommes et les libérer de leur péché. Soit ! Mais pourquoi Jésus a-t-il fait ce qu’il l’a fait ? C’était peut être par devoir d’obéissance comme nous avons vu précédemment envers son Père. C’était peut être pour calmer la colère de son Père. Mais la finalité de l’action de Jésus-Christ n’était pas vraiment de sauver les hommes, mais d’être revêtu de gloire aux yeux des misérables qui auront cru à ses sottises et aux soi-disant yeux de Dieu lui-même. Si le sacrifice de Jésus était pur, il ne devrait rien avoir d’autre qui le motive à accomplir ce sacrifice que le bien en soi du sacrifice lui-même. Mais Jésus sait très bien ce qui l’attend ; il sait qu’après la souffrance vient la gloire ; qu’après les clous, il ressuscitera. Que vaut un moindre mal pour la gloire éternelle ? N’importe lequel de nous aurions choisi de recevoir ses coups de fouets, parce que Jésus voyait plus loin que les coups de fouets : il voyait les c(h)réti(e)ns chanter sa louange matin, midi et soir : et il se voyait à la droite de son Père avec le pouvoir de juger tous les hommes. Voilà la morale de Jésus, et voilà la morale des c(h)réti(e)ns. Tous les c(h)réti(e)ns en effet ne font le bien que dans l’attente de la vie éternelle. La mauvaise foi c(h)réti(e)n(n)e consiste à dire qu’on fait le bien sur terre sans rien attendre. Mais que valent, pour le c(h)réti(e)n véritable, les richesses de la terre, par rapport aux richesses du ciel ? Pour être un peu conséquent avec lui-même, ce sont plutôt les richesses de la terre, éphémères, sporadiques, finies et donc inintéressantes qu’il devrait convoiter, plutôt que les richesses du ciel, dont la vie importante est la vie éternelle. C’est pourquoi Dieu « promet » des choses aux c(h)réti(e)ns qui suivent sa parole : Tantôt beaucoup d’enfants ; tantôt beaucoup de sagesse ; tantôt du bonheur ; tantôt longue vie. Dieu, littéralement, corrompt l’homme en l’incitant, par des présents, à rester sous sa coupe, c’est-à-dire que l’homme ne fait plus le bien parce qu’il est bien de le faire, ni par « devoir ». Dieu est un expérimentateur skinnérien qui flatte et menace les c(h)réti(e)ns et par là, tous les hommes en général. Nous avons déjà vu qu’il flatte par ses promesses ; voyons maintenant comment il menace ceux qui, méprisant les soi-disant avantages qu’il propose, décident de s’écarter de son chemin. Il les fait souffrir ; il les envoie en Enfer ; ou les tue (cf. Témoins de Jéhovah), c’est-à-dire les privent de la vie éternelle. De cette façon, les dix commandements devraient se faire accompagner de l’inscription sinon je te ferai payer ta désobéissance. N’est-ce pas là une attitude tyrannique ? La morale peut elle être fondée sur la peur ou sur l’intérêt ? Peur de l’Enfer et de la mort ; intérêt pour la vie éternelle[1]. Ne faudrait-il pas poser que le bien est bien en lui-même, ce qui nous permettrait d’écarter Dieu de la moralité, parce que son action est pervertie ? La raison n’est-elle pas un critère plus fiable que la volonté de Dieu ? Il semble bien que c’est le critère kantien de « bonne volonté » qu’il faille adopter ici, même si, Kant, lui-même, n’arrive pas à dépasser la nécessité de l’existence d’un « garant de la loi morale » ; ce qui doit être, lui aussi, dépassé. Voilà donc pourquoi « The winner is Kant », et que Kant lui-même doit perdre. Mais c’est là l’objet d’une autre série d’articles.


[1] Nous ne voulons pas nous demander si la « vie éternelle », en tant qu’éternelle, vaudrait vraiment la peine d’être vécue ; ni même s’il peut exister la vie sans la mort.

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