L’ « homofolie » [§. 1]

 

Qu’on ne s’y méprenne pas, ce mot d’ « homofolie » que j’utilise ne signifie pas que l’homosexualité est une aberration et que les homosexuels sont des « fous » : il signifie le contraire. J’entends en effet par ce mot l’homophobie dans les versions les plus barbares de ses arguments. Ce sont ces arguments qui me fournissent la « folie » dont j’ai besoin. L’homophobie qu’on pourrait tout à fait comprendre si on se basait sur l’argument de l’habitude – qui pourrait s’énoncer comme suit : nous avons toujours fait de cette façon et faire autrement nous fait peur, donc nous évitons de sortir de notre routine – et de la peur de l’ « inconnu », prend, dans la société africaine et ailleurs, des proportions dangereuses que j’aimerai souligner dans cet article. Les meilleurs arguments à opposer à l’homophilie sont dans cette optique la peur et l’accoutumance. Ce type d’homophobie est compréhensible. Nous disons bien qu’elle est compréhensible, c’est-à-dire qu’on peut comprendre que des gens, au nom de la peur de l’inconnu et au nom de la toute-puissante habitude, puissent avoir des réticences à accepter l’homosexualité. Mais il y a un type d’homophobie qui est insupportable, intolérable ; c’est celle là qui nous fait vomir dans la rue et à la télévision – comme c’était le cas tout à l’heure lors du Journal Télévisé de « Canal 2 » que j’ai suivi – et pis, à l’Université ! Cette homophobie, c’est l’ « homofolie » parce qu’elle utilise des arguments inappropriés et tous plus absurdes les uns que les autres non pour combattre l’homosexualité, mais pour stigmatiser les homosexuels et les considérer comme des « dérangés sociaux » au même titre que des criminels ou des toxicomanes. Les homosexuels, suivant la façon de voir que nous venons de décrire deviennent des désaxés, des « erreurs de la nature » et on doit les « laver », car on pose qu’ils sont sous l’emprise d’une malédiction quelconque, ou les exorciser si on pose que c’est le démon qui les manipule. Nous pensons que ces « homofous » ont tout faux et nous entendons bien le montrer.

Notre article s’appuiera sur notre expérience personnelle et sur les différentes opinions émises lors du « vox pop » réalisé par « Canal 2 » pour son Journal Télévisé aujourd’hui. Nous distinguons, dans l’opinion populaire, trois grands arguments fréquemment utilisés : l’argument par Dieu et le péché ; l’argument par la culture et l’argument par la nature.

§1. – L’argument par Dieu et le péché.

C’est l’argument le plus souvent employé en Afrique, car les Occidentaux ont bien compris premièrement, que la religion est bel et bien « l’opium du peuple » ; deuxièmement que Dieu est inapte à décider comment doit se conduire la société et que ce travail incombe à celui qui est l’acteur principal de la société, c’est-à-dire l’homme lui-même ; et troisièmement, que Dieu est une invention imaginée d’abord, dans les premiers temps par les hommes paresseux qui n’avaient pas la capacité d’étudier la nature pour y découvrir les causes des phénomènes naturels qu’ils observaient et qui concluaient donc, lamentablement à l’existence d’une force autre que la toute puissante matière naturelle ; et imaginée ensuite, dans le but exprès de détourner l’attention du peuple vers la prière au lieu de le porter vers l’action. A contrario, une bonne partie des Africains – la majeure partie d’entre nous selon nous – n’a pas encore compris que la Bible – car c’est très souvent à ce livre qu’on se réfère lorsqu’on parle de Dieu – a été un instrument du colonialisme envoyé en Afrique pour faire la sale besogne du « lavage des consciences » afin de favoriser la pénétration des envahisseurs. Mais les envahisseurs sont partis et ils ont laissé leur virus chez nous et nous y croyons plus qu’eux ; nous croyons mieux qu’eux, eux qui ont crée ce Dieu, ce livre…

Exposition : L’homosexualité est un péché car Dieu a crée l’homme et la femme afin que ceux-ci « remplissent la terre ». C’est là le commandement de Dieu. Or, l’homme, se mettant avec l’homme, et la femme se mettant avec une femme, c’est le commandement qu’on enfreint, ce qui fait qu’on pèche nécessairement dans cette pratique.

Réfutation : Passons sur le fait que Dieu, même s’il a sûrement crée l’homme dans la mythologie yahwiste, n’a pas crée la femme, mais simplement modelée à partir de la côte de l’homme, ce qui fait qu’ontologiquement – la création étant, dans cette acception, le fait de sortir du néant – l’homme est supérieur à la femme. Nous avons discuté de ce point qui marque le caractère phallocrate du discours biblique autre part. Revenons plutôt à l’essence de l’argument : le péché. L’homme pècherait aux yeux de Dieu lorsqu’il se livrerait à l’homosexualité. Au-delà du fait qu’on peut discuter l’origine de Dieu lui-même et discuter ainsi le fait que ces lui qui commande et non ceux qui disent avoir écrit en son nom, il est important de réaliser que dans cette optique, les athées, les bouddhistes seraient exempts du commandement du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », et normalement, les humains avec des noms comme « Belinga », « Bitang », « Ewanè », « Tchouping », « Moudassi », « Bell », « Massack », « Maka », « Mpondo », « Yomi », etc. seraient à l’abri des commandements de ce Dieu étranger. La bible et son dieu échouent tous deux à fonder un critère suffisamment puissant pour qu’il puisse être universalisé du simple fait que la religion parle toujours et continue toujours de parler – son existence étant consubstantielle à l’endroit dont elle parle – de quelque part. La conséquence serait la même pour n’importe qu’elle religion, même la religion naturelle, car il suffirait qu’on se déclare musulman, chrétien, etc. pour de facto invalider l’autorité d’un tel argument. Mais l’argument le plus vivant nous est donné par la réalité de la société, réalité qui s’énonce en ces mots simples qu’ont merveilleusement bien compris les Occidentaux et que les Africains dans la grande majorité tout au moins n’arrivent pas à assimiler à cause du matraquage idéologique colonial et néocolonial : Dieu est inapte à décider des affaires des hommes et pour cette raison il doit absolument être renfermé dans la sphère du privé : c’est la laïcité de la vie publique. On ne peut pas convoquer Dieu pour résoudre une querelle foncière, ni pour arbitrer un matche football ; encore moins pour juger des criminels ou pour décider de la politique d’un Etat : ce sont des hommes ! Or la question de l’homosexualité se pose dans la sphère publique en ces mots : « Vous, hommes, acceptez-vous qu’il est possible qu’un homme épouse un autre homme et qu’une femme fasse de même comme un homme épouserait une femme ? » et non en ceux-ci : « Dieu, es-tu d’accord pour nous laisser vivre l’homosexualité ? ». Cette dernière question et celles de son registre doivent être posées dans l’intimité de la nuit, de préférence quand tout le monde dort de peur qu’elle ne tombe dans les oreilles d’autrui, en communion parfaite avec soi-même et sa bêtise personnalisée et institutionnalisée et pas ailleurs ! Surtout pas en public ! Lorsqu’on confond l’autorité privée de Dieu – s’il faut absolument qu’on l’incluse dans l’équation humaine en tant que composant de la personnalité de l’individu – et l’autorité publique de l’Etat, il y a problème, sauf si l’Etat en question, est le Vatican.

Il devient donc clair, par ces remarques, que l’argument par Dieu et le péché s’avère être inapte à fonder une décision sur la question des principes de vie en société, car cette décision revient à l’homme lui-même.

Je me propose, en marge de cet article, d’inviter à la lecture d’un article fort pénétrant sur la bible et sa soi-disant science infuse, justement, lorsque celle-ci est appelée à la rescousse par les « homofous ».

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