Le postcolonialisme et ses tares

 

« Les rapports de la philosophie africaine à l’Occident sont frappés d’un malentendu venu d’une histoire commune assez chargée. »

Bidima J.-G., La philosophie négro-africaine, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1995, p. 48.

Le mot à la mode dans la nouvelle littérature bourgeoise africaine et dans les écrits des nouveaux colons est sûrement celui de « postcolonialisme ». On pourrait croire, naïvement, qu’à cause du préfixe post qui renvoie à ce qui vient après, le postcolonialisme ne soit que l’état dans lequel se situent les pays africains après l’indépendance. C’est une pareille option définitionnelle que veut nous présenter M. Appiah dans son In my father’s house (New York-Oxford, Oxford University Press, 1992). Mais M. Mbele nous met en garde contre cette lecture naïve du nouveau vocable préférés des idéologues de la domination occidentale sur nous : « ‘Post’ dans ce mot postcolonialisme ne renvoie pas à « ce qui a fini », « à ce qui vient ‘après’ » ou seulement au refus d’une « temporalité linéaire » (…) Postcolonialisme signifie surtout le besoin de rendre invisible de néocolonialisme sous la forme actuelle de l’impérialisme économique coercitif. » (Mbele Ch. R., Essai sur le postcolonialisme en tant que code de l’inégalité, Yaoundé, CLE, 2010, p. 31-32. Souligné par l’auteur lui-même). Et si on comprend le courant postcolonialiste de la manière dont nous y invite M. Mbele, alors cette phrase de M. Bidima contribue bien à masquer la réalité. En effet, elle semble laisser planer l’idée selon laquelle l’esclavage, la traite des Noirs, la Colonisation et plus proche de nous la recolonisation de notre continent ne sont que des « malentendus ». Et que notre histoire avec l’Occident est « commune ». En réalité, les Occidentaux ont toujours fait l’histoire pour nous, sans nous. Il n’y a ici aucune communauté, mais bien un rapport de prédation historique. Selon M. Bidima, il n’est pas très intéressant que nous critiquions Hegel parce qu’il a posé que le Nègre était inférieur (peut être par cette idée laisse t-il supposer que Hegel avait raison de le faire…), cette problématique étant jugée de « coloniale ». Il serait intéressant plutôt, d’ « insister d’abord sur la quasi collusion hégélienne entre l’Etat prussien et la Raison, ensuite sur les rapports entre le Singulier et la Totalité chez Hegel. » (Bidima, op. cité, p. 31). La collusion entre l’Etat prussien et la Raison porte un nom : le chauvinisme. Quant à la question de la dialectique du Singulier et de la Totalité, il n’est pas nécessaire d’attendre Hegel pour réfléchir sur cette question. Mais M. Bidima a raison, une bonne partie de la littérature africaine a surtout consisté à « exhiber une culture africaine glorieuse face à ses négateurs » (Ibidem) dont Hegel. Ce courant de pensée porte un nom : l’ethnophilosophie.

La réalité est que bien que la tentative ethnophilosophique ait été mal menée, elle témoigne d’une tâche noble : répondre aux attaques racistes occidentales, parce qu’il faut y répondre ! Ce sont ces « malentendus » qui ont fait que pendant des siècles notre main d’œuvre, notre force de travail a pu enrichir les pays occidentaux. Ce sont ces « malentendus » aussi qui font qu’aujourd’hui le schéma colonial se sophistique pour mieux nous étouffer. Ces « malentendus » ne sont donc pas simplement que des « malentendus » comme veut nous le faire croire M. Bidima. Dans l’idée de « malentendu », la faute retombe sur les Africains qui n’ont pas su lire les insultes de Hegel et justement, de cette façon la responsabilité de l’autre disparait au pire, et au mieux, elle devient partagée. M. Bidima tenterait-il de nous dire que nous sommes responsables de notre esclavage, de notre colonisation, de notre état de néocolonisé ? En réalité cette réduction est assez grossière comme le fait remarquer à juste titre M. Mbélé (op. cité, p. 59). Notre seul crime est de nous pas avoir réussi à vaincre l’autre, et ce n’est pas la traversée qui nous y aidera, c’est le consciencisme et les philosophies qui s’en inspirent comme l’iconoclasme révolutionnaire de M. Towa par exemple.

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