L’ « homofolie » [§ 3. et Conclusion]

§3. – L’argument par la nature.

Lorsque les deux arguments évoqués plus haut on échoué, on se rabat alors sur ce dernier pour essayer de convaincre. Il n’est pas, comme l’argument précédent l’apanage des Africains seuls, mais quelque fois, on remarque que ce sont ces derniers qui semblent l’utiliser le plus. Il peut y avoir plusieurs variantes. On peut s’appuyer d’abord sur la nature biblique de l’homme et poser, comme au premier argument, que Dieu a crée l’homme et la femme et que la nature de l’homme est d’être avec une femme. Cet argument, nous l’avons déjà réfuté dans sa version antérieure. La variante qui m’intéresse ici est celle que m’a proposée un Maitre de Conférences en Philosophie et je vais essayer de la discuter.

Exposition : Pour vous rendre compte de l’absurdité de l’homosexualité faites deux expériences : d’un côté enfermez des hommes et des hommes pendant cinquante ans ; et de l’autre, enfermez des hommes et des femmes pendant la même durée. Passées les cinquante années, revenez ouvrir la porte de l’endroit où vous les avez enfermés : les premiers seront tous morts alors que les seconds auront prospéré.

Réfutation : Etant un peu plus sophistiqué que la première version de l’argumentaire des homofous, ce dernier n’en est pas pour le moins dangereux. Cet argumentaire s’appuie sur le fait que naturellement l’homme, pour maintenir son être sur la terre, doit procréer, se « multiplier » pour parler comme à l’Eglise, et que cette multiplication ne peut se faire qu’entre les partenaires de sexes opposés. Si cette proposition est vraie, elle n’exclue en rien l’homosexualité. Nous entendons le montrer sur plusieurs plans.

D’abord – premier bémol de l’argumentaire – cet argumentaire est barbare. Il est question d’enfermer des personnes. Je ne sais pas si de telles pratiques sont permises, mais il me semble qu’aujourd’hui on ne peut pas – encore – utiliser des hommes comme cobayes. Mais passons. Il est surtout barbare, parce qu’il nous fait reculer plusieurs siècles en arrière et qu’il ne se base que sur la question de la procréation, passant sous le silence toutes les autres variantes de l’argumentaire. En effet, les personnes (hommes et femmes) qu’on enfermera dans une boîte, une maison ou je ne sais quoi, s’aiment-elles ? Seront-elles décidées à avoir des enfants ? Elles peuvent librement décider de ne pas en avoir ou pire, elles peuvent même être stériles. Dans ces cas, le résultat sera le même : tous, homosexuels ou pas, mourront. Mais soyons charitables et posons que ces hommes et ces femmes ont tous les attributs nécessaires pour procréer, qu’ils sont en bonne santé, etc. où est passé le critère de la volonté ? Pour survivre, les hommes vont-ils violer les femmes avec lesquels ils seront ou l’inverse ? S’il arrive, comme nous l’avons dit, que les partenaires ne s’aiment pas et ne soient pas d’accord pour s’accoupler – car c’est bien de cela qu’il est question dans cet argumentaire – le résultat sera le même que chez les homosexuels. En plus – exagérons un peu – puisqu’il est question d’enfermer des gens, j’espère au moins que ce ne sera pas dans une boîte et sans médecin sinon ce sont les microbes qui auront raison de nos amis, car je doute fort qu’eux, fassent une distinction entre le sang d’un homosexuel et le sang d’un hétérosexuel par exemple. Les manquements de cet argumentaire sont donc clairement mis à nu : il traite l’homme comme une bête et compare l’acte sexuel à un simple acte de reproduction ; il exclue la réalité, réalité qui est que les hommes côtoient les femmes et qu’ils vivent ensemble ; il exclue la volonté et l’amour de l’acte sexuel ; et il est à la limite de l’autoritarisme despotique.

Ensuite, l’argumentaire de notre Maitre de Conférences oublie que nous ne sommes plus à l’ère dans laquelle il est né, et que les choses ont évolué. Elles ont évolué en ceci qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un coït pour avoir des enfants. La fécondation n’est pas une affaire d’homme et de femme, c’est une affaire de gamètes et les personnes qui fournissent ces gamètes peuvent être anonymes. Il suffirait donc, que dans nos cinquante homosexuels, un médecin spécialisé dans les manipulations génétiques et on risquerait d’avoir le résultat inverse.

Enfin, l’argumentaire est mal placé parce qu’il ne se pose pas la bonne question. En effet, il se demande : les rapports homosexuels conduisent-ils à la procréation ? ayant en tête la vieille idée spinozienne de la persévération dans son être, et peut-être – qui sait ? – l’encore-plus-vieille idée chrétienne du fameux « multipliez-vous ». Il est évident que cette question posée, la réponse ne peut que désavantager les homosexuels. Mais nous avons vu plus haut que cette question n’est pas la bonne question. Au contraire, elle dénature profondément le problème qui doit plutôt s’énoncer comme suit : Les homosexuels, parce que leurs rapports sexuels ne conduisent pas à la procréation s’ils t-ils moins hommes que nous, nous dont les rapports sexuels conduisent à la procréation ? Cette question nous met au cœur du débat, car il ne s’agit pas de discuter des rapports sexuels des homosexuels – encore que l’homosexualité n’est pas qu’une affaire de sexe ; ce qui est une autre réduction grossière – mais de discuter de leur être-homme, c’est-à-dire en gros, de leur dignité à être ce qu’ils sont. Cette question est plus complexe et plus intéressante que les questions minables qui sont lésion à ce sujet. En effet, cette question, si elle donne lieu à une réponse positive, impliquerait le fait qu’on puisse considérer les homosexuels comme du bétail par exemple, puisque le respect qui est dû à un homme ne le leur serait pas dû. On pourrait, aussi, les utiliser comme cobayes pour la recherche. Pourquoi pas ? Puisqu’ils ne sont pas vraiment des hommes. On pourrait faire mille et une choses désagréables qu’on ne peut même pas imaginer. Mais je suis sûr qu’à l’évaluation des conséquences de la mise à l’écart des homosexuels de la dignité humaine, tous ceux qui lisent cet article sont saisis d’effroi, car les homosexuels ne sont pas seulement ceux qu’on voit à la télévision : ce sont nos frères, nos sœurs, nos amis, des gens qui nous sont chers, et là, on réfléchi davantage à ce qu’on va dire. Pourtant, si on répond à cette question par la négative, on admet que la manière dont on fait l’amour, de même que la personne avec laquelle on le fait n’influence pas notre être-homme, c’est-à-dire qu’on n’est pas plus homme lorsqu’on est hétérosexuel et, conversomodo, on n’est pas moins homme lorsqu’on le l’est pas. La vraie question ici nous est dévoilée : qu’est-ce qui fait d’un homme un homme ? Et nous voyons par cette question, que l’analyse de l’homosexualité nous même inévitablement sur le plan de la métaphysique, mais cette question est trop compliquée et trop large pour avoir la prétention de l’attaquer ici, même de façon détournée. Il faut néanmoins se rendre à l’évidence ; le critère de la sexualité de l’individu n’influe en rien sur son être-homme, c’est-à-dire qu’aucun des arguments utilisés plus haut ne peut avoir raison de l’homosexualité.

Conclusion : En finir avec les préjugés

Notre article voulait montrer que la façon dont on aborde l’homosexualité en général et particulièrement dans la société africaine, j’insiste, parce qu’il ne faut pas croire que le problème non de l’acceptation de l’homosexualité – parce que ce terme renvoie à l’idée selon laquelle on tolère simplement l’homosexualité qui est une pratique naturellement intolérable –, mais de sa réalité et de notre esprit retardataire est largement erronée. Car en effet, ce n’est pas l’homosexualité – ni les homosexuels d’ailleurs – le problème, c’est au contraire, tous ceux, qui, s’appuyant sur des arguments divers et variés, mais foncièrement tous impropres à répondre à la seule vraie question au sujet de l’homosexualité : qu’est ce qu’être un homme ? concluent à l’invalidation – morale, sociale, juridique, politique même – de cette pratique libre et librement choisie par l’individu. C’est à ce niveau, à mon avis, que se situe le problème : dans les hétérosexuels et non dans les homosexuels, d’où la nécessité d’en finir avec les préjugés au sujet de cette pratique et de voir les homosexuels avec des yeux nouveaux : les yeux qu’ils méritent et qui les voient, non comme nous, hétérosexuels, voudrions qu’ils soient, mais résolument, comme eux ils sont en nous posant cette question fondamentale : sont-ils moins hommes que nous ?

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