Homosexualité et parentalité


Notre question ici est simple : les homosexuels ont-ils le droit d’être parents, c’est-à-dire d’avoir des enfants ? Cette question peut sembler maladroite pour bien de personnes de mon entourage et au-delà dont les liens sont ceux de l’homophobie, ou plus grave, de l’ « homofolie », mais il nous semble que cette question mérite d’être posée, et surtout, il nous semble que les réponses qu’on lui donne doivent être sérieusement éprouvées. Nous allons ici tenter d’évaluer les arguments fréquemment évoqués pour répondre à notre question par la négative.

Le premier argument qui est fréquemment employé par les personnes qui dénient aux homosexuels le droit d’avoir des enfants est que les rapports sexuels que ceux-ci ont consentis d’avoir ne sont pas de nature à produire des enfants et qu’ils doivent donc ne pas chercher à être inconsistants vis-à-vis d’eux-mêmes, puisque le fait de ne pas avoir des enfants est contenue dans la nature même de leur relation sexuelle. Cet argument, bien que séduisant, à certains problèmes, notamment le fait qu’il réduise la relation homosexuelle à l’acte sexuel. Cette réduction grossière permet de ne pas apercevoir toute la complexité du problème. En effet, l’homosexualité est d’abord une question d’orientation de la sexualité, et dans ce dernier terme il faut entendre plus que simplement l’acte sexuel, mais aussi la préférence sexuelle, c’est-à-dire l’amour. Cette distinction nous permet d’éviter de réduire grossièrement la question de l’homosexualité à l’acte sexuel et de la comprendre dans son sens le plus éminent, c’est-à-dire comme orientation sexuelle et comme sexualité. Mais pour que la vacuité de cet argument soit évidente, au-delà de cette réduction grossière qui pose la mauvaise formulation de la question de l’homosexualité, nous allons prendre des exemples de cas dans lesquels, on pourrait aussi, réduisant l’amour à l’acte d’amour, statuer sur l’impossibilité pour un couple pourtant hétérosexuel d’avoir des enfants. Supposons pour cela trois cas. Dans le premier, un couple hétérosexuel se marie sans problèmes. Mais au cours de leur vie amoureuse, l’un des conjoints devient stérile. Les conjoints décident néanmoins de continuer leur relation tout en sachant que les relations sexuelles qu’ils entretiendront n’ont plus aucune chance de conduire à la procréation. Doit-on empêcher ce couple d’avoir des enfants pour la raison que leurs relations sexuelles ne conduisent pas à la procréation ? Cette question ne semble t-elle pas un peu « tordue » ? On pourrait, pour répondre à cet exemple, poser que les relations sexuelles initiales du couple étaient de type à procréer, et que c’est seulement par « malchance » que ces rapports ont viré vers une impossibilité à procréer. Soit ! Offrons alors, en guise de deuxième exemple, une variante du premier cas. Dans ce dernier, les deux conjoints se savent stériles et décident néanmoins d’opter pour une relation amoureuse qui conduit – pour satisfaire les puritains – jusqu’au mariage. Dans ce cas, les conjoints, sachant pertinemment que leurs relations sexuelles ne donneront jamais lieu à de la procréation, ont-ils le droit d’être néanmoins parents ? Cette deuxième question, si on y répond par l’affirmative, prouve au moins deux choses : premièrement, que l’amour dépasse largement le cadre de l’acte sexuel et le désir d’avoir des enfants. Sinon, on passerait toute notre vie à penser à faire des enfants, or ce n’est pas le cas ! Deuxièmement, qu’il est possible d’être parent autrement que par le coït. Cette deuxième voie de sortie pose la possibilité de l’adoption, et c’est justement ici que l’argument des  au moins homophobes change pour muer en celui qui suit.

De la nature des relations sexuelles dont on est maintenant assuré de la vacuité, on va poser l’équilibre de l’enfant. Un de mes amis essayait de dire qu’un garçon élevé par exemple par une femme et une femme manquerait de virilité, car il n’y aurait pas, dans son entourage, la figure tutélaire du père. Il serait ainsi balloté entre la mère et la mère. Et pis, lorsqu’il ira à l’école ou verra simplement les familles autres que la sienne, il se rentra compte qu’il manque quelque chose à la sienne : un homme. Cette situation empêchera l’épanouissement de l’enfant et l’entrainera dans le « cercle vicieux » de la « reproduction sociale ». En somme, un enfant élevé par des homosexuels sera homosexuel. Une fois de plus, cet argument manque de rigueur et considère les relations humaines comme des relations mathématiques et mathématisables – justement, en passant, mon ami étudie les maths – au lieu de les voir comme contingentes, même si on ne peut pas nier qu’une bonne dose de déterminisme leur serve de soubassement. Mais analysons l’argument de près. Son premier moment pose qu’une famille épanouissante doit avoir deux parents : l’un male et l’autre femelle. Soit ! Mais avons-nous seulement à l’esprit qu’il existe des familles monoparentales ? Les enfants issus de telles familles sont-ils moins épanouis que ceux qui sont issus de familles biparentales ? Il est certain qu’il est toujours meilleur d’avoir plusieurs personnes devant soi, mais justement, les familles homosexuelles ne sont monoparentales, mais « monosexuées ». Et même s’il est peut être probable que l’enfant, au début soit troublé de l’apparence – sexuelle – identique de ses deux parents, nous pensons que la virilité ne se lit pas seulement dans le sexe, mais surtout dans l’autorité qu’on exerce sur son enfant. A ce niveau la question change de direction et elle peut être facilement résolue. L’enfant serait épanoui, pas s’il a deux parents de sexe opposé, mais s’il a deux parents qui se complètent : l’un jouant le rôle traditionnellement – nous disons bien traditionnellement, parce que dans certaines familles ce n’est pas le cas – joué par le père : celui du parent autoritaire ; et l’autre jouant le rôle traditionnellement aussi, joué par la mère : celui du parent attentionné, doux et compréhensif. C’est dans ces valeurs que nous pourrions appeler « familiales » et qui relèvent donc non du sexe, mais de la personnalité des parents, que l’enfant, à notre avis, trouvera son épanouissement.

Supposons maintenant que l’enfant se trouve désorienté quand il se rend chez ces amis ou à l’école. Supposons par exemple qu’on demande à tous les enfants de l’école de dire le métier de leurs parents, ou, pour rendre la tâche plus difficile, de dire le métier de leur père, puisque dans l’exemple que nous a pris notre ami, l’enfant n’a pas de père. Comment se sentira l’enfant ? Nul ne doute qu’il sera déboussolé puisqu’il ne sait pas ce qu’est un père, sur la base qu’il n’en a pas chez lui. Mais un enfant qu’on a éduqué peut répondre à son professeur qu’il n’a pas de père, mais deux mères. Cette réponse entrainera sûrement des débats, mais je pense que l’éducation qu’on donne à nos enfants peut leur permettre de résoudre plus ou moins facilement de genre de problèmes. En effet, cette question peut aussi se poser du point de vue de la religion. Supposons de nouveau qu’en plus d’être issu d’une famille homosexuelle, l’enfant dont il est question est athée, comme ses parents et que chaque jour il entend ses camarades de classe, ses professeurs et une large batterie de ses contacts s’écrier : « Oh ! Mon Dieu ». Dans quelle situation sera-t-il ? Forcément déboussolé aussi, mais même à ce niveau, c’est l’éducation qu’il a reçue qui lui permettra de résister à la « dissonance cognitive » qu’il sera alors en train de subir. Cette dernière remarque nous permet de terminer sur la capacité de décider librement de l’enfant. Lorsqu’ils ne sont pas en âge de décider, les parents décident pour les enfants : c’est ainsi que les parents transmettent leurs croyances, leurs fois, leurs orientations sexuelles, etc. à leurs enfants. Mais cette fascination et ce pouvoir qu’exerce le parent sur l’enfant s’estompe en même temps que grandit la conscience de soi qui garantit la liberté. C’est pourquoi, les enfants ne partagent pas nécessairement les convictions de leurs parents lorsqu’ils grandissent, parce que l’expérience qu’ils ont de la vie diffère de celle de leurs parents et qu’ils ont à proprement parler, leur liberté. La conclusion du deuxième argument est donc à invalider, à savoir que les enfants d’homosexuels deviendront eux-aussi homosexuels. Au-delà de cette justification par la raison et la liberté, il y a le fait même que les enfants hétérosexuels ne sont pas nécessairement hétérosexuels.

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