« Le postcolonialisme comme code de l’inégalité » (Compte rendu I)

Le 17 juillet 2012 s’est tenue à l’Université de Douala une journée d’études autour du livre de M. Charles Romain Mbélé : Essai sur le postcolonialisme en tant que code de l’inégalité (Yaoundé, CLE, 2010). La journée s’est déroulée autour de setp exposés d’environ une heure chacun :

  1. Charles Romain MBELE (ENS Yaoundé)

« La pensée postcoloniale, une nouvelle idéologie africaine »

 2.EMBOUSSI NYANO (Université de Douala)

« Fabien EBOUSSI BOULAGA, Philosophe de l’histoire »

3. Anatole FOGOU (ENS Maroua)

« Le NEPAD et la Renaissance Africaine »

 4. Siméon MINTOUME (Université de Douala)

« Justice et Unité, une approche critique du Consciencisme et du postcolonialisme »

5. Daniel NOUMBISSIE (Université de Douala)

« Mbembé, Kabou, critique revisitée »

6. Emmanuel MALOLO DISSAKE (Université de Douala)

« Construire l’égalité en postcolonie »

7.Charles Romain MBELE (ENS Yaoundé)

« Réflexions »

 ************************************************************************************************

  1. Charles Romain MBELE

« La pensée postcoloniale, une nouvelle idéologie africaine »

La prise de parole introductive était celle de M. Mbélé qui, suivant la ligne argumentative développée dans son livre publié chez CLE en 2010, reprenait l’idée selon laquelle la pensée postcoloniale était une nouvelle idéologie africaine. Son argumentaire reposait sur deux points essentiels. En premier lieu, il s’agit du rapport entre le postcolonialisme et le néocolonialisme ; et en second lieu, il s’agissait du rapport entre le postcolonialisme et la question de l’identité africaine.

En rapport avec le premier point, M. Mbélé soutenait que le postcolonialisme est une volonté de masquer la réalité du néocolonialisme en détournant l’attention africaine vers des problèmes inessentiels de sorte que cette nouvelle façon de coloniser ait le champ libre pendant que les Africains se battraient comme un chien avec un nouvel os sur l’idée de postcolonialisme. C’est cette idée qu’il exprimait déjà dans son livre lorsqu’il écrivait que « Postcolonialisme signifie surtout le besoin de rendre invisible le néocolonialisme sous la forme actuelle de l’impérialisme économique coercitif. » (p. 32) C’est ainsi que la pensée postcoloniale « est une critique cauteleuse de la pensée négro-africaine qui a nourri les luttes de libération. » (id.) Elle s’oppose donc directement, idéologiquement au Consciencisme nkrumahiste et aux philosophies qui s’en inspirent.

En essayant coûte que coûte de masquer la réalité du néocolonialisme, la pensée postcoloniale intègre un critère très important selon M. Mbélé : c’est qu’elle déplace l’accent de la responsabilité de la situation africaine de l’Europe à l’Afrique dans un rapport exclusif. En somme, à la question : à qui la responsabilité de la situation de l’Afrique ? La pensée postcoloniale répond : aux Africains eux-mêmes. Ce faisant, cette pensée avoue sa filiation avec la pensée néolibérale. Dans le deuxième chapitre de son livre, M. Mbélé accorde justement une place à l’analyse des différentes « solutions » proposées par l’Europe (et l’Occident en général) au problème du sous-développement de l’Afrique, et il conclut que toutes ces « aides » ne conduiront qu’à l’enlisement sans cesse toujours plus profond de l’Afrique dans ce que Césaire nommait la « raque » de l’histoire. C’est ainsi qu’il comparait dans son discours l’attitude des « partenaires » de l’Afrique et des « plans » qu’ils proposent à celui du « pompier pyromane » qui allume l’incendie et vient lui-même l’éteindre.

En rapport avec le second point, M. Mbélé insistait sur le fait que la pensée postcolonialisme insiste sur une vision « fluctuante » de l’identité et pire, dans une certaine optique sur une idée d’ « alignement à l’ordre mondial. » C’est à ce niveau que M. Mbélé critique les attitudes de penseurs comme MM. Bayard et Mbembé et Mme Kabou dont les philosophies consacrent selon le philosophe, la dilution de l’Afrique dans l’Europe. C’est pourquoi, remarque M. Mbélé, la philosophie du postcolonialisme insiste sur l’idée d’ « identités multiples », « tactiques », « stratégiques », etc. (p. 37) qui aboutissent comme Senghor, sur une idée assez bizarre comme celle de « civilisation métisse » (p. 38).

A partir de ce point, M. Mbélé peut donc soutenir que la pensée postcolonialisme exprime une volonté de freiner l’avancée de la conscience africaine en éloignant stratégiquement les philosophies mettent l’accent sur le soi et en amplifiant la résonnance de celles faisant l’apologie de la désubstantialisation. Il y a donc ici une tentative de diversion, car pendant que l’Europe et l’Occident en général met l’accent sur les questions identitaires (qu’on se rappelle le débat français sur l’identité nationale), la donne philosophique en Afrique est celle de l’ « universalisation » qui prend des accents très particuliers chez quelqu’un comme Mme Kabou pour qui l’universalisation signifie presque littéralement « occidentalisation ». Faut-il donc alors résister ?

M. Mbélé nous fait remarquer que pour M. Mbembé, la lutte est inutile car elle installe celui qui lutte dans une situation précaire, une situation « suicidaire » (p. 36). En ce sens, il faut donc accepter le cours des choses imposé du dehors et taire (ou réprimer dans les cas extrêmes) les envies de lutter. La pensée postcoloniale encourage donc le statu quo international qui fait que les dominés dominent ceux qu’ils dominent ; elle est donc une tentative de rationaliser l’inégalité : de la rendre supportable, légitime, d’où le titre complet du livre : Essai sur le postcolonialisme en tant que code de l’inégalité.

 

 

 

Publicités

0 Responses to “« Le postcolonialisme comme code de l’inégalité » (Compte rendu I)”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Calendrier

juillet 2012
L M M J V S D
« Mai   Août »
 1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
3031  

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 109 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :