Le mépris, premier et dernier stade de la conscience occidentale d’autrui

 La thèse que j’avance comme titre de cet article ne surprendra personne ; personne qui entretienne un quelconque rapport avec ma modeste – mais non moins funeste – personne. Alors que je discutais encore avec un de mes amis la semaine dernière, j’avançais la thèse selon laquelle l’Occident n’a pas d’autre moyen d’ « ouverture » que le mépris, que la guerre, et que toute l’histoire de cette partie fâcheuse du monde peut être réduite dans le mot domination. Cette domination est elle-même la cause d’un sentiment de supériorité qu’a (manifesté) l’Occident – et la plupart de ses rejetons – par rapport aux autres peuples de la terre. Je crois que la question de l’avancée technologique a sûrement quelque chose à voir dans cette situation, mais je ne crois pas – aussi peu loin que s’étendent mes connaissances sur un empire bien plus ancien et bien plus resplendissant à travers les millénaires – que le peuple des deux rives accompagnait sa puissance de jadis du mépris envers les étrangers, c’est-à-dire envers « tout ce qui n’est pas soi ».

Si tel n’est pas le cas, il semblerait donc que la raison de cette situation doive être trouvée ailleurs. Peut-être faudrait-il, comme le sinistre Lévy-Bruhl dans d’autres circonstances, tabler pour une sorte de « gêne occidental de la domination », même si je ne crois pas vraiment que cette propension au mépris et à la domination soit dû à l’hérédité – ce qui serait d’ailleurs une très bonne excuse pour l’Occident et ses Cerbères –, mais qu’elle est plutôt à voir avec le mode de production prôné par ce dernier. On peut en discuter. Quoi qu’il en soit, il reste que l’Occident a toujours servi sa supériorité et sa magnificence à la bêtise et la grossièreté – physique, morale, esthétique, culturelle, etc. – évidente des autres peuples, c’est-à-dire des peuples non-occidentaux.

Ceci peut peut-être s’expliquer par l’obsession occidentale pour la pensée de l’être, c’est-à-dire de la « conformité », de l’ « identité ». Un être étant donné, rien d’autre que ce dernier n’a le droit d’exister. Et comme l’être est occidental, tout ce qui est non-occidental – non-être – donc, doit périr. Je crois que c’est ainsi que Parménide a été compris par la tradition occidentale et il n’est pas étonnant que dès lors, la domination ait cherché des moyens rationnels pour fonder son droit à l’existence. La raison de cette situation serait donc dans la Raison telle que l’Occident la comprend. M. Henry-Lévy dans a mêlé en moi, à une époque, les sentiments de délectation et de mépris alors qu’il confirmait les soupçons que j’avais alors pour l’acharnement français d’abord, mais occidental surtout sur la Libye. Après Kant, c’est sûrement une nouvelle Critique de la Raison, non pure, maisqui cherche à s’épurer, qu’il faudrait tenter. Peut-être que le mouvement de domination engagé par la Raison est un « retour à l’être »… Mais pourquoi est-ce que j’écris encore un article sur cette situation ?

Je regardais tout à l’heure le « 20 heures » à TF1, et un reportage a été consacré à la Chine. Cela m’a tout de suite frappé parce que c’est assez rare qu’une chaîne aussi prestigieuse et assez représentative de l’idéologie occidentale accorde des précieuses minutes de l’être au non-être. J’ai tout de suite pensé qu’il était question de renvoyer le non-être à… son non-être justement ; et je suis bien tombé. Le reportage en question stigmatisait des femmes chinoises qui avaient peur du soleil et de ses affres à la plage, et qui, pour ne pas manquer l’occasion de se baigner à cause de cette gêne, ont inventé un tout nouvel accessoire de mode dont j’ai oublié le nom, mais qui consiste à se cacher la tête. Je ne peux pas retranscrire à la fois les tons de la présentatrice du journal et celle de la reporter : ces tons étaient, évidemment, vous vous en doutez déjà, méprisants. La plaisanterie finale de très mauvais goût de la reporter qui disait qu’il était possible que les femmes chinoises qui craignent le soleil puissent utiliser leurs accessoires comme cagoules pour « cambrioler » des banques en hiver m’a conforté dans le fait que l’essence des relations de l’être avec le non-être n’est qu’une relation d’exclusion, de mépris, de domination. Et lorsqu’il faut parler de la conduite des hommes qui eux, ne portent pas de masque comme leurs compagnes, la commentatrice utilise volontairement, rationnellement le mot macho plutôt que celui de viril. En effet, ce choix, n’est pas arbitraire, car le masochisme a quelque lien – fort ou discret – avec la misogynie et c’est la énième manière de stigmatiser et de mépriser l’autre. D’abord on méprise la compagne qui ne sait pas, comme le demande la Raison, profiter du soleil et des bienfaits du « bronzage » ; puis, on méprise le compagnon qui obéit à la Raison, parce qu’il n’est pas de la même « nature » qu’elle : il ne fait pas partie de l’être ; ce qui fait que même suivant ses préceptes, il ne serait jamais qu’un bâtard venu du non-être et étant destiné, par nature, à y rester. Ou bien…ou bien, mais dans ces deux perspectives, une seule est toujours crachée au visage de l’autre par la Raison : tu n’es pas moi. Voilà l’évidence rationnelle, celle qui met toujours l’autre à distance respectable de l’être, parce que le crime est double : s’écarter et se rapprocher ; être et ne pas être l’être. Dans une pareille situation de cachot ontologique, il n’y a que la mort comme situation originelle et la mort comme situation finale ; son aspect central est inévitable, car l’être exerce son pouvoir de faucheuse sur tout ce qui n’est pas lui, et tout ce qui tente, en raison justement de cette différence ontologique de l’imiter. Le non-être est déjà condamné avant même d’être jeté, et tout le pathos que déploie le « jargon » sur des termes comme ceux de « situation » n’est justement que du jargon pour présenter au non-être sa substance et lui faire avaler les difficiles et amers cachets que sont la domination. Le jargon accompagne le non-être au bûcher de la raison ; à la chaise électriquement rationnelle.  Il faut « accepter son pouvoir ou périr », mais en réalité, les dés sont jetés à l’avance et accepter le pouvoir de la Raison n’épargne pas le non-être de son châtiment le plus sévère, celui prononcé dès la naissance : la mort.

 

 

 

Publicités

0 Responses to “Le mépris, premier et dernier stade de la conscience occidentale d’autrui”



  1. Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




Calendrier

août 2012
L M M J V S D
« Juil   Sep »
 12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
2728293031  

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 109 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :