Une politique du sexe ?

 

Comme depuis plusieurs mois déjà, et avec le même plaisir qu’éprouvent les dogmatiques pour leurs affaires, j’ai rempli mon désormais exercice dominical : regarder « RectoVerso » sur Vox Africa dès 19h et demie. Et dimanche dernier, comme tous les dimanches d’ailleurs, était un dimanche intéressant. En effet, Mme Marie-Louise Eteki-Otabela a eu à exposer ses vues au sujet de la place qu’occupe la femme en politique au Cameroun. Face à elle, il y a eu Mme Alice Sadjo et M. Guy Parfait Songue.

Une première « contradictrice » (?)

Il était très intéressant d’écouter Mme Eteki-Otabela critiquer le « musellement » des femmes en politique en présentant les différents blocus qui empêchaient les femmes de « prendre le pouvoir ». Mme Eteki-Otabela faisait ainsi remarquer, en prenant appui sur la désormais « Opération Epervier », que « Les femmes ne sont pas dans des positions qui leur permette d’avoir de l’argent ». En effet, soulignait-elle, dans les personnes brandies comme « voyous » de la République, il n’y avait pas de femme. Ce constat nous a intéressé à deux niveaux en rapport avec l’argument mobilisé par Mme Eteki-Otabela et le rapport avec la suite de son discours.

S’il faut s’en tenir strictement à l’argument de Mme Eteki-Otabela au sujet de l’absence de femmes dans les filets de l’ « Epervier », alors le présupposé de ce même argument est que, dans les mêmes situations, les femmes auraient fait pareil. Ce présupposé est préjudiciable au discours de Mme Eteki-Otabela parce que cette dernière soutient que les femmes sont plus « morales » que les hommes et qu’elles ont un meilleurs sens de la « gestion ». Or, si les femmes ne sont pas dans les mailles du filet de l’ « Epervier » parce qu’elles sont « éloignées » de la « mangeoire » et non parce qu’elles sont d’une moralité plus élevée, c’est que l’argument invoqué en second lieu – celui conférant une certaine « supériorité morale » à la femme par rapport à l’homme – est contradictoire avec le premier. Consentons malgré tout au fait que cette contradiction est mineure et que l’argument principal du discours de Mme Eteki-Otabela est le second de ceux exposé plus haut. Nous nous confortons dans cette thèse d’autant plus que cet argument était contenu en filigrane dans tout son discours.

Les femmes et le pouvoir

Le premier point sur lequel a porté la discussion avec Mme Alice Sadjo concernait le rapport des femmes au pouvoir. Tandis que Mme Eteki-Otabela soutenait que « Les hommes ont confisqué le pouvoir », Mme Sadjo, elle, soutenait – dans une veine ouverte par Mme Axelle Kabou – que « Les femmes ont refusé le pouvoir ». Comment argumentait Mme Eteki-Otabela ?

Mme Eteki-Otabela se basait en premier sur les « clichés » qui sont accolés quotidiennement aux femmes et sur la « misogynie politique » qui écarte de plus en plus les femmes du pouvoir ou, qui, faisant semblant de les intégrer, prend quand même soin d’éviter de leur donner un pouvoir véritable. On se contente alors de donner des places « symboliques » aux femmes. Il n’y qu’à voir, soutenait-elle, la position des femmes à l’Assemblée Nationale, position qui ne leur permet même pas de peser « en tant que femmes » sur une quelconque décision engageant la nation. Contre cette vision des choses, Mme Sadjo soutenait que si les femmes n’ont pas le pouvoir, c’est en réalité de leur faute. L’argument principal de cette dernière était d’ordre démo(cratique/graphique). Elle soutenait en effet que les femmes, représentant la majorité de la population, pouvaient, par le jeu démocratique et la tyrannie du nombre qu’il impose, peser de tout leur poids sur les affaires du pays. En réalité, soutenait Mme Sadjo, c’est justement dans la démocratie que les femmes devraient exercer leur droit et accéder au pouvoir puisque c’est cette forme de gouvernement qui leur permet, par la loi du nombre, de se frayer un chemin en politique. A coté de cela, Mme Sadjo ajoutait que ce qui manque réellement aux femmes du Cameroun c’est une « conscience politique propre ». C’est ainsi qu’elle déplorait que dans la vie ou en politique, les femmes, à défaut d’élaborer leur propre voie, se contentent de « mimer » les hommes.

Mme Eteki-Otabela n’a pas réagi à cette critique, mais elle l’aurait pu. Elle aurait pu en effet montrer que dans l’histoire, et même dans des régimes démocratiques, le dernier mot n’est pas au peuple, à la masse, au grand nombre, mais toujours à une poignée d’ « illuminés ». Le contraste saisissant est donc celui où s’est la minorité qui domine. Un très bel exemple aurait été donné avec l’Afrique du Sud et le système d’apartheid, ou, plus loin de nous, avec la Grèce antique et ce qu’ils appelaient alors « démocratie ».  Cette démonstration aurait pu entrer en droite ligne avec ses affirmations de la partie « Recto ». Dans cette partie, comme nous l’avons souligné, Mme Eteki-Otabela invoquait le fait que les femmes sont à l’ombre du pouvoir, notamment du « pouvoir économique ». C’est ainsi qu’elle disait que « Les femmes ne sont pas dans des positions qui leur permettent d’avoir de l’argent ». En réalité, même si la question monétaire est réelle, il faut trouver autre chose que l’argent et élargir l’exclusion des femmes aux moyens de production. Ce qui manque aux femmes ce n’est pas l’argent en tant que tel, mais c’est l’accès aux moyens de production et leur possession. Ce sont en effet les moyens de production qui garantissent la possession du pouvoir de sorte qu’il est assez réaliste de dire que ce sont ceux qui possèdent les moyens de production qui gouvernent, donc qui ont le pouvoir ; et non, ceux qui sont démographiquement majoritaires.

A partir d’une pareille argumentation, Mme Eteki-Otabela aurait pu conserver le fil conducteur de son argumentaire et répondre à cette critique de Mme Sadjo. Nous pensons qu’elle ne l’a pas fait, non parce qu’elle ne l’avait pas à l’esprit, mais parce qu’entre Mme Sadjo et elle il y avait plus de points de convergence que de points de divergence, et il n’était pas nécessaire, dans cette situation, de creuser le différend. Mme Sadjo, en ouverture de son propos, n’a d’ailleurs pas dit autre chose.

Bien que soutenant une thèse à peu près similaire à Mme Sadjo, M. Songue avait pourtant une approche différente du problème. Le reproche de M. Songue était moins appuyé que celui de Mme Sadjo et au lieu de nier la conscience politique des femmes, il regrettait la faiblesse de leur conscience d’influer sur le pouvoir. Selon lui en effet, les femmes ne sont pas à l’abri du pouvoir et les femmes n’ont pas refusé le pouvoir. Au contraire ! « Les femmes ont un réel pouvoir » qui se situe dans le « sexe, avec tout ce que cela comporte ». Nous n’avons pas bien compris l’insistance de M. Songue sur ce « avec tout ce que cela comporte », mais peut-être qu’il faisait allusion au fait que dans le ménage, la femme a un moyen de pression sur son compagnon, et ce moyen de pression peut influencer grandement le cours de la gestion. Dans cette optique, les données sont inversées : c’est le pouvoir de l’homme qui est symbolique et celui de la femme réel. On serait dans une situation pareille à celle des lions où le chef de la troupe « règne » à la manière d’un roi sans vraiment avoir le pouvoir, car le pouvoir est entre les pattes des femelles de la troupe. Chez les humains, selon ce que nous avons compris de l’intervention de M. Songue, le pouvoir ne serait pas entre les pattes, mais entre les cuisses de la femme. Embrayant sur cette voie, M. Songue soutenait alors que ce qui manque aux femmes c’est la « conscience d’avoir le pouvoir », c’est-à-dire que leur tort réside dans la mentalité qu’elles affichent dans le ménage (car M. Songue nous a semblé davantage insisté sur les femmes dans le ménage plutôt que sur les femmes en politique). Ce pouvoir, en plus de l’exercer sur leurs compagnons – donc sur les hommes en général – les femmes l’exercent aussi sur les enfants, car ce sont elles, et non leurs compagnons, qui éduquent leur progéniture. Les femmes sont ainsi, aux yeux de M. Songue, « incontournables » dans l’activité d’un ménage et plus généralement d’un pays, puisqu’en influençant positivement – ou même négativement – ses enfants – c’est-à-dire les dirigeants de demain – elle peut influencer grandement le cours de l’histoire. Que faut-il donc faire pour remédier à cette situation ? Il ne faut pas blâmer les hommes de « confisquer » le pouvoir, tout comme il ne faut pas blâmer les femmes de le « refuser ». Au contraire, selon M. Songue, il faut insister sur la formation du leadership féminin, formation qui contribuera à inciter les femmes à « croire » en elles-mêmes, en leur potentiel, en leur pouvoir dans le versant de leur relation à elle-même, et qui contribuera, dans le versant de leur relation à autrui, à inciter les femmes à utiliser le pouvoir qui est le leur sans avoir à en rougir. Mais nous avons été quand même déçu – il faut le dire – du fait que l’échange entre M. Songue et Mme Eteki-Otabela ait été largement raccourci, car Mme Eteki-Otabela avait commencé une  contre-attaque qui nous aurait été sûrement utile pour connaitre sa position au sujet de ce pouvoir « sexuel » et de ses ramifications sur les enfants et la société.

Quoiqu’il en soit, nous pensons quand même que les visions de l’homme et de la femme que propose M. Songue sont un peu caricaturales. Penser en effet que l’homme est une sorte d’ « esclave du vagin » et que la femme est une tortionnaire du même ordre, nous parait assez réducteur, en même temps qu’il semble que ce « raccourci » est un résumer bien trop grossier des relations de couple. Même si l’homme éprouve plus souvent que la femme le désir sexuel, il n’est pas charitable de représenter tous les hommes comme étant des obsédés. De plus, la relation sexuelle nous parait une plate-forme d’échange où l’homme donne de sa personne au même titre que la femme. Il n’y a donc pas ici une unipolarisation de l’acte sexuel : personne ne fait l’amour à l’autre dans ce sens où il y a un qui donne et l’autre qui reçoit. Au contraire, c’est l’amour même qui se fait par un échange mutuel : nous faisons donc l’amour. Penser donc, dans la même optique, que les femmes seraient des tortionnaires qui tiendraient leurs compagnons par une laisse accrochée à leur vagin nous semble aussi assez peu agréable et assez peu représentatif de la relation vraie qu’un couple peut avoir.

Supposons par impossible qu’un tel pouvoir du sexe existe. Est-il génétiquement rattaché à la femme ? Nous voulons demander précisément si ce pouvoir est exclusivement féminin ? M. Songue avait-il à l’idée les couples homosexuels ? Si dans ces derniers, une pareille « pression » peut aussi s’exercer, c’est sûrement que les femmes ne sont pas les seules à disposer de ce moyen de coercition. Donc, il faut généraliser le pouvoir du sexe aux relations humaines et non le réduire à la seule sphère féminine, si et seulement si, nous le disons encore, par impossible, il existât, même si, une fois de plus, une pareille analyse des relations de couple soit assez peu satisfaisante.

Le pauvre chromosome « y »

De bout en bout de son discours, Mme Eteki-Otabela a maintenu une opposition nette entre l’optique politique des hommes et l’optique politique des femmes. Nous avons déjà vu que pour Mme Sadjo, l’optique politique des femmes était encore à construire. Mme Eteki-Otabela a ainsi déclaré plus d’une fois que « Les femmes ne vont pas en politique pour dominer les autres », insinuant par là que c’était de cette manière que les hommes, eux, voyaient l’activité politique. Bien qu’insistant sur le fait que la « conception politique des femmes » au Cameroun doive être encore construire, Mme Sadjo n’a pas semblé être contre cette vision des choses.

Se basant sur cette distinction « sexuelle » des politiques, Mme Eteki-Otabela pouvait ainsi proposer la vision qui est la sienne pour le Cameroun. C’est ce qu’elle appelle elle-même un « Cameroun féminin-pluriel » avec le féminin renvoyant ici aux valeurs féminines, notamment, le courage, l’amour et la beauté. (On est assez proche de Platon…) Quant au « pluriel » il rend compte du fait que cette vision n’exclue pas les hommes de son champ d’action ; elle implique qu’il faut « prendre en compte l’autre ». Sa théorie se propose donc être « ouverte » en remplacement de celle « fermée » actuellement en vigueur. Mais la première question qui nous a traversé l’esprit à l’exposé de cette vision était : en quoi est-ce que la femme est-elle nécessaire à ce projet ? En réalité, même un homme pourrait mener à bien un pareille politique en prenant soin de bien suivre les idéaux que Mme Eteki-Otabela propose en en intégrant effectivement les femmes dans la gestion des affaires. Pourquoi avoir absolument besoin que ce soit une femme qui mette une pareille politique en œuvre ?

C’est à ce niveau que nous avons eu une idée. Nous avions cru trouver pourquoi Mme Eteki-Otabela insistait sur la « féminité ». La réponse à cette question était en effet contenue depuis les prémisses du discours. Rappelons l’évocation de l’exclusive « masculinité » des victimes du vol de l’Epervier. Or quand on sait que l’Epervier touche des personnes dites « mauvaises gestionnaires », il y a lieu de faire le rapport entre « mauvaise gestion » et « masculinité » ou, pour être plus précis, entre mauvaise gestion et chromosome « y ». Mme Eteki-Otabela vient de nous livrer la clef de tous nos problèmes (et des problèmes du monde en général) : il s’agit de ce chromosome qui porterait l’empreinte de la mauvaise gestion et l’empreinte d’une vision de la politique impropre à faire émerger le Cameroun de l’impasse dans lequel il est plongé. Il faut donc simplement « exclure » les hommes du pouvoir et laisser les femmes mettre en œuvre leur « vision de la politique ». Curieusement, Mme Eteki-Otabela n’a pas précisé si pour l’avènement du Cameroun féminin-pluriel il fallait, une majorité de femme ou une parité au gouvernement. Toutefois, cette façon de réduire la politique au « sexe » nous est restée au travers de la gorge. Comment penser en effet, que c’est en regardant son phallus qu’un homme légifère ? Et qu’une femme fait de même ? D’autre part, Mme Eteki-Otabela croit-elle réellement à la féminité des valeurs féminines qu’elle nous propose ? Les femmes auraient-elles le monopole du courage, de l’amour et de la beauté ? Les hommes sont-ils vraiment à l’abri de ces valeurs du fait qu’ils possèdent en eux un chromosome qui les empêcherait de s’élever jusqu’à elles ?

A l’évidence, et n’en déplaise à Mme Eteki-Otabela, à ces deux dernières questions, il faut répondre par la négative et éconduire l’exclusivité féminine de ces valeurs. Il faudrait peut-être que nous argumentions brièvement.

D’abord les femmes n’ont pas le monopole du courage. Mme Eteki-Otabela insistait précisément sur le courage de donner la vie. Nous croyons qu’il faut un courage double : courage de la mère et courage du père pour donner la vie, encore que le courage dont il est question ici ne soit nécessaire qu’en face du rejet de l’autre, notamment dans des cas malheureusement trop présents chez-nous, du rejet de la famille et du rejet du père. Nous en convenons : dans ces situations, il faut du courage, et certaines femmes en ont. Mais il faut aussi du courage dans le sens inverse : et certains hommes en ont. Il faut du courage pour supporter la pression familiale et sociale qui vous impose d’avoir des enfants alors que votre femme est stérile ; il faut du courage pour accepter un enfant naturel ; et mieux, il faut du courage pour décider d’avoir un enfant. Car Mme Eteki-Otabela semble avoir réduit de façon peu compréhensible, la parentalité à la maternité. Nous en convenons : femme et homme ne sont pas parents de la même manière ; mais qui formule une demande d’uniformité en cette matière ? L’uniformité n’est-elle pas d’ailleurs celle que notre société, dans un barbarisme éloquent, se plait de rejeter au rang de « pratiques démoniaques » ? S’il faut du courage pour donner la vie, il faut encore plus de courage pour la protéger, et Mme Sadjo était d’un avis selon lequel il ne fallait pas encourager les femmes à aller vers des métiers qui ne lui conviennent pas, c’est-à-dire qui ne mettent pas en avant la féminité. Nous supposons qu’on peut ranger l’armée et ses métiers qui y sont rattachés comme étant des métiers dont la pratique ne doit pas être encouragée chez les femmes. Est-ce encore là du courage ? N’est-ce pas plutôt un aveu de faiblesse quel que soit le mot sous lequel on tente de le déguiser ?

Ensuite, il n’est pas sûr que les femmes aient le monopole de l’amour. Mme Eteki-Otabela, ici aussi, insistait sur l’amour du prochain en mettant un point d’honneur à l’amour d’une mère pour son fils. Nous sommes d’accord avec Mme Eteki-Otabela sur le fait qu’un tel amour doit être encouragé, mais il ne faut pas perdre de vue qu’un pareil amour peut rapidement dégénérer en autre chose qui n’est plus de l’amour. Comment cela ? Supposons l’amour d’une mère pour son fils. Supposons une situation de famine. Et supposons enfin un enfant autre que celui de la mère. Dans notre supposition, il ne reste qu’une boule de couscous à la mère pour nourrir son enfant qui n’a pas mangé depuis deux jours. Elle-même qui n’a pas mangé depuis trois jours, préfère donner toute la boule de couscous à son fils (par amour…). Mais voilà que l’enfant étranger arrive en tremblant, il a de la peine à marcher, il n’a plus que la chair sur les os, et il pleure les seuls sels minéraux qu’il lui reste. Il a tellement faim qu’il boit ses larmes pour éviter de gaspiller. Il trouve le moyen de frapper la porte de la mère et il tombe de faim. S’il faut suivre le raisonnement de Mme Eteki-Otabela, l’amour qui lie la mère à son enfant commandera à la mère de laisser l’enfant de l’autre mourir pour donner la boule de couscous au sien afin que lui, ne meure pas. Quelle mère en effet, dans cette situation, préfèrera donner la boule de couscous à l’enfant de l’autre plutôt qu’au sien ? Toute personne qui répond avec un peu de sincérité sera obligé de remarquer que la mère préfèrera son enfant. Ce n’est que son enfant sauvé qu’elle tentera – peut-être, si elle en a encore la force  – d’aider l’enfant d’autrui. Mais l’enfant d’autrui est-il « tombé du ciel » ? N’est-il pas l’enfant d’une autre mère ? Si cette mère connait en réalité l’amour d’une mère pour son fils, ne doit-elle pas regarder celui qui meurt à sa porte comme étant le sien dans une « solidarité maternelle » ? La limite de l’amour que nous propose Mme Eteki-Otabela est dévoilée : c’est un amour ombilical qui ne voit pas plus loin que la douleur de l’enfantement. L’amour, vrai, lui, doit se baser sur le sentiment d’appartenir au même ventre, la terre ; à la même mère, la condition  humaine. Cet amour ne peut pas s’élever aussi haut parce qu’il vise trop pas. Mais ne tranchons pas de façon trop nette, trop dure, trop naïve, car il n’est pas impossible que certaines femmes puissent s’élever à ce type d’amour. Mais si elles s’y élèvent, c’est que l’amour que prône Mme Eteki-Otabela est lui-même à dépasser.

Enfin, il n’est pas exact que les femmes aient le monopole de la beauté. Ici, malheureusement, Mme Eteki-Otabela n’a pas eu le loisir de développer. Contentons-nous donc de dire, sous peine d’analyser des idées qui ne sont pas les siennes, que quelle que soit l’optique de Mme Eteki-Otabela, au sujet de la beauté, la tyrannie de la féminité n’est pas une réalité. Que nous soyons en face de ce que les anciens grecs appelaient « la beauté de l’âme », la vertu ; ou que nous soyons en face de la beauté qui se voit belle, qui s’éprouve telle : « la beauté du corps ».

Où se situe en définitive la féminité proclamée des valeurs avancées par Mme Eteki-Otabela ? Nous devons nous rendre à l’évidence : ces valeurs n’ont rien d’exclusivement féminin ; et si par malheur elles tentaient de s’y réduire, elles se priveraient elles-mêmes de toute portée générale. En réalité, ces valeurs loin d’être des valeurs féminines, sont de simples valeurs humaines, car c’est de l’humain qu’il s’agit. Et sortir notre pays du ghetto dans lequel il est (maintenu) ne signifie pas autre que porter à sa tête des valeurs qui mettent l’humain au centre du processus : c’est bien cela que signifie le développement dans son sens fort. Nous pouvons donc conclure que la méchanceté, la lâcheté, la haine et la laideur ne sont inscrites dans le patrimoine génétique masculin et qu’une pareille vision semble faire fi d’une bonne partie de la réalité telle qu’elle se présente à nous.

En finir … avec le féminisme ?

Tentons de conclure ; tentons donc la bêtise, car ce sujet ne pourrait pas aussi vite être « conclu ». Expliquons quand même pour ce faire, le pourquoi du titre que nous avons adopté pour notre article : « une politique du sexe ? » Ce titre nous a été dicté par deux raisons. Primo, il y a l’emploi fréquent de l’expression « en tant que femme » par Mme Eteki-Otabela, et deuxio, il y a le fait que Mmes Eteki-Otabela et Sadjo et réclament du féminisme. Nous avons trouvé certains problèmes à la première des expressions notamment lorsque le rapprochement a été fait avec les députés où Mme Eteki-Otabela regrettaient qu’elles ne puissent pas, par leur nombre, prendre de décision « en tant que femmes ». Est-ce qu’il faut polariser l’attention sur le genre, ou disons-le comme dans notre titre, sur le sexe des individus ? Les femmes en politique, doivent-elles se voir comme des actrices du changement ou comme des « femmes » d’abord, et le reste ensuite ? Dans la vie de tous les jours, les femmes doivent-elles mettre un accent particulier à se murer dans la féminité ? En République enfin – aussi vrai est-il que c’est là que se situe notre objectif commun – les femmes doivent-elles se voir comme des citoyennes, des femmes-citoyennes ou exclusivement des femmes ? Est-ce que cette exacerbation de la féminité n’est pas de trop ? De trop parce qu’il n’est pas nécessaire de rappeler aux femmes qu’elles sont femmes, sinon le féminisme est sclérosant. Rejeter à la figure de la femme la figure de la femme à chaque instant, c’est empêcher justement le dynamisme qu’on dit promouvoir dans le féminisme. Il faut qu’il y ait deux féminismes et celui que nous proposent Mmes Eteki-Otabela et Sadjo nous semble largement essoufflé. Essoufflé, ce féminisme l’est, à notre avis, parce qu’il concentre les attentions sur une donnée qui, toujours à notre avis, nous paraît mineure, surtout en République ou dans l’optique d’une pareille gestion : le sexe, le genre. Un pareil féminisme doit laisser la place à un autre féminisme avec l’idée d’humain en ligne de mire, idée hautement plus élevée en valeur que l’idée de femme. Un tel féminisme, au lieu d’insister sur des valeurs dites féminines – et donc la féminité est d’ailleurs mise à mal –, insistera au contraire sur la valeur humaine à promouvoir en politique et en société. Mais si ce féminisme met l’accent sur l’humain, n’est-ce pas carrément le féminisme en tant que tel qui est appelé à disparaître ?

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