Archive pour octobre 2012

La dialectique du mensonge (II)

Sur la question de l’homosexualité : parce qu’il ne faut pas se taire !

Nous avons vu qu’il est possible de fonder les accusations de M. Ateba Eyene, notamment lorsqu’elles s’adressent à la sincérité des Loges, à la franchise de leur membres et à la capacité de ces dernières à impulser le développement. Pourtant certains arguments nous paraissent plus rocambolesques qu’autre chose, notamment la théorie de l’homosexualité sectaire proposée par notre auteur.

Selon M. Ateba Eyene, il y a deux sortes d’homosexualité. D’abord l’homosexualité politique, et ensuite l’homosexualité satanique. L’homosexualité de la première espèce vise la « dépersonnalisation », elle vise à asseoir l’autorité du sodomisant sur le sodomisé, elle scelle la hiérarchie de la manière que les luttes dans les sociétés animales permettent au mâle dominant d’afficher et d’exercer son pouvoir en tenant les autres prétendants en respect. Ensuite, l’homosexualité satanique, et c’est à ce niveau que les choses se compliquent. M. Ateba Eyene nous explique que l’homosexualité consiste à tirer de l’individu toute substance ou toute « puissance », car c’est dans l’intestin grêle, ou peut-être faudrait-il généraliser comme le fait l’auteur lui-même en disant grossièrement les « fesses » ­­­­– toujours est il qu’il s’agit du postérieur – que se situe la puissance de l’individu. C’est ce qui explique par exemple, soutient M. Ateba Eyene, qu’on maudisse en Afrique en montrant les fesses.

Cette vision générale de l’homosexualité ne nous parait pas satisfaisante parce qu’elle n’identifie pas la composante d’un comportement homosexuel réel. En effet, elle ne présente qu’au mieux des déviances fort regrettables, et au pire de simples élucubrations causées par une réduction du comportement homosexuel à ce qu’il a de plus inessentiel : le coït anal. Une pareille réduction est intolérable parce qu’elle réduit la sexualité à l’acte sexuel. C’est pour cette raison que M. Ateba Eyene ne peut voir que deux sortes d’homosexualités, car les lunettes qu’il utilise ne lui permettent guère d’avoir un champ de vision plus élargi. Le comportement homosexuel et la sexualité qui en découle dépasse largement le cadre du coït anal. M. Ateba Eyene essaierait-il de nous faire croire que le comportement hétérosexuel serait réductible au coït vaginal ? Une relation hétérosexuelle ne tourne t-elle toujours qu’autour du sexe ? A l’évidence ce n’est pas la nature de ces relations que M. Ateba Eyene met à jour, mais sûrement – et nous espérons nous tromper grossièrement – la propre vision qu’il a de leur nature. L’homosexualité est une manière d’être qu’on affiche fièrement quand les circonstances sont propices, car les homosexuels – et il faut saluer leur courage – sont sur ce sujet qui les concerne, bien plus francs que les maçons. Les homosexuels affirment leur homosexualité et sont sincères avec eux-mêmes. C’est la persécution et la peur que cherchent à instaurer certains esprits réfractaires à la différence qui empêchent encore certains d’entre eux d’arborer fièrement les couleurs qui sont les leurs. La peur qu’affichent certains d’eux est compréhensible, surtout lorsqu’on sait qu’à la différence des maçons, ils n’ont pas les moyens de se défendre. En plus, s’il faut être vraiment objectif, nous devons être forcés de reconnaitre qu’on ne peut pas avoir une société constituée uniquement de « héros », de « surhommes » et « d’hommes excellents », et qu’on ne peut donc pas forcer tout le monde à se hisser à un pareil niveau. Mais si la peur qu’éprouvent certains homosexuels est réelle, concevable et hautement compréhensible, celle des franc-maçons n’est pas tolérable, parce qu’à notre connaissance on ne leur a jamais promis la mort en plein plateau de télévision comme cela a été le cas alors que Me Kom, comme à sa glorieuse habitude, défendait les droits de gens qui sont aussi, comme vous et moi-même, des hommes sur le plateau où elle avait précédé notre auteur le 27 mai de cette même année. Mais pénétrons plus en avant les arguments de M. Ateba Eyene et soumettons-les, selon les vœux de M. Towa, à la redoutable épreuve de critique et de tri. Commençons avec « l’homosexualité politique ».

Si nous comprenons bien ce que dit M. Ateba Eyene et si nos hypothèses sur sa réduction qu’il opère sont justes, il faut parler non « d’homosexualité politique », mais de « sodomisation politique ». C’est ce dernier terme que nous utiliserons conformément à nos hypothèses. M. Ateba Eyene dit donc que la sodomisation politique vise à détruire l’autre et à annihiler en lui toute tentative de se dresser contre celui qui sodomise. Nous avons deux questions à opposer à cette théorie. Premièrement, est-ce que cette sodomisation est seulement politique ? Deuxièmement, la sodomisation est-elle le seul moyen d’affirmer sa supériorité sur l’autre ?

A la première question nous répondons directement par la négative, car ce type de « rituel » – car il s’agit ici non d’une manière de vivre tout à fait noble  mais d’une pratique dont les buts sont obscurs dignes de Méphistophélès – ne se pratique pas seulement en politique. Si le but est de maintenir l’autre sous un quelconque joug, ce rituel peut très bien être observé en entreprise, dans les Universités, les Monastères, les Séminaires (Grands et Petits), les Internats, etc. pourvu qu’il y ait un quelque rapport d’autorité qui soit établi entre le sodomisant et le sodomisé. C’est ce que nous avons appelé autre part la « sodomination ». Or, si ce rituel n’est pas consubstantiellement lié à la politique, pourquoi encore lui accoler cet adjectif ? Il devient par là même inutile et impropre à rendre compte de la réalité de la pratique, car elle devrait avoir cours – si elle a cours – partout où il existe un quelconque pouvoir. En réalité, M. Ateba Eyene devrait opter pour le vocable de « sodomination », car il s’agit bien là d’une sodomisation dans le but avoué de la domination. Les incantations diaboliques que révèle Hebga sur le sujet doivent être comprises dans ce sens. Maintenant, si ce rituel  a pour axe le pouvoir et l’affirmation de ce dernier, la sodomie est-elle nécessaire ?

Ici aussi nous répondrons pas la négative, car il est possible d’atteindre les mêmes résultats avec le coït vaginal ou pire, avec une fellation, car alors on garderait symboliquement – car tout ici est affaire de symbole – le goût du phallus du Maitre dans la bouche, ce qui empêcherait par exemple que toute parole sortant d’une  pareille bouche à l’endroit du Maitre ne soit autre chose qu’élogieuse dans le meilleur des cas ou, dans le pire, carrément de nature à s’auto-flageller. Mais M. Ateba Eyene renchérirait sûrement en brandissant sa théorie de la « puissance du rectum ». A cette théorie, nous opposons une autre vision. Nous ne pensons pas que ce soit un pouvoir réel qui aurait choisit d’aller se loger d’ans l’intestin grêle. Selon nous, parlant ainsi sous le couvert de la science, cet endroit serait plutôt le refuge des déchets du corps. En effet, si on doit proposer une théorie des « trous » de l’homme – M. Ateba Eyene en décompte neuf – il faudrait penser à ajouter les pores et on rendra immédiatement compte que le travail des trous du corps humain est principalement un travail ingrat, car il consiste soit à expulser, soit à retenir les déchets. Les yeux se chargent avec les larmes d’expulser les corps étrangers s’étant logés dans les cavités oculaires ; les narines se chargeant d’expulser les muqueuses nasales ; les oreilles, elles, se chargent de retenir les corps étrangers et de prévenir tout dommage à l’oreille interne ; la bouche nous soulage du trop-plein des sécrétions des glandes salivaires lorsqu’elle ne nous sert pas à vomir et donc à expulser ce qui vient d’encore plus bas ; les pores expulsent la sueur et les canaux urinaires se chargent de l’urine quand l’anus scelle le départ de tout ce qui n’est plus utile à notre organisme en ce qui concerne les nutriments. Voilà donc le réel « pouvoir » des orifices humains, et il diffère grandement de celui que leur prête M. Ateba Eyene. Mais dans tous ces orifices, il n’y a en qu’un seul qui a une tâche « noble » – non pas que la tâche d’expulser les déchets ne soit pas noble et salvatrice pour l’organisme – : c’est le trou de l’organe sexuel, car il est chargé de donner la vie. Et c’est ce dernier point et non celui qu’avance M. Ateba Eyene, qui, à notre avis, explique que ce soit d’abord toujours la mère qui maudit en montrant son postérieur, et ensuite que se soit justement ce postérieur qu’elle expose.

La mère expose son postérieur à son fils – et jamais à un autre – par « décence » et de manière « symbolique », car ce postérieur est sensé représenter son vagin et rappeler donc au fils l’endroit d’où il vient et le pouvoir que ce vagin qui le maudit a sur lui : c’est le pouvoir de la vie. La femme qui présente son postérieur à son fils pour le maudire lui rappelle le droit qu’elle a sur lui, et c’est sûrement ce droit qui est le seul « pouvoir » réel caché à cet endroit. Dans une logique non symbolique, c’est son vagin qu’elle aurait présenté, mais nulle ne s’aviserait à présenter son vagin à son fils, d’abord par pudeur – et pas seulement ! – et ensuite parce qu’elle risquer provoquer l’effet inverse au dégoût qu’elle espère susciter en lui. C’est pourquoi ce sont ses fesses et pas son vagin qu’elle présente à l’infortuné. C’est pourquoi aussi une femme ne peut jamais maudire un fils autre que le sien, simplement parce qu’elle n’a pas sur ce dernier, le « pouvoir du vagin », le pouvoir de lui avoir donné la vie et donc, symboliquement, le droit de la reprendre. Toute la symbolique de l’acte de maudire est contenue dans cet acte. Contrairement, à ce qu’on pense, maudire ici ce n’est pas souhaiter le mal, mais seulement récupérer le bien originel que la mère a donné ; bien qui est la vie. On peut discuter sur la vérité d’un pareil symbolisme, mais il ne s’agit déjà pas à l’évidence d’un « pouvoir rectal » qui inciterait les gourous à sodomiser leurs adeptes, comme ce n’est pas assurément pas sur la base de ce soi-disant pouvoir que les femmes maudiraient en présentant leur postérieur à leurs victimes.

Pour être tout à fait complet sur l’homosexualité, il faudrait souligner le fait que M. Ateba Eyene, s’appuyant sur sa théorie des trous humains que nous venons de discuter, soutient que la sodomisation satanique est justement satanique parce qu’elle opère contre-nature, car « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité ». Mais M. Ateba Eyene n’a pas terminé sa phrase, ce qui aurait permis justement de le prendre au sérieux. En effet, « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité » parce que « Dieu n’est pas ». Comment pouvez-vous demander à quelqu’un de prévoir quelque chose alors que cette personne n’est déjà pas ? C’est proprement impossible. Pour qu’il eût prévu l’homosexualité ou toute autre chose, il aurait fallu d’abord qu’il soit. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. Par contre, cette référence à « Dieu » et à la « nature » témoigne de l’inaptitude criarde de M. Ateba Eyene à argumenter au sujet de l’homosexualité autrement que par des moyens illégitimes comme nous l’avons expliqué dans notre série d’articles sur « l’homofolie » (1, 1′, 2 et 3). Dieu est en effet un moyen illégitime pour traiter de la question de l’homosexualité, car cette question regarde d’abord, ensuite, surtout et enfin, les hommes. C’est entre les hommes et pour les hommes que cette question doit être discutée. Autrement le débat est déjà faussé à la base. C’est sur cette dernière notion que nous allons baser le dernier mouvement de notre argumentaire en expliquant en quoi le réquisitoire de M. Ateba Eyene est dialectique. En nous appuyant sur les développements de Max Horkheimer et de Theodor W. Adorno, nous entendons montrer que la visée de l’Aufklärung qu’emprunte M. Ateba Eyene qui affirme que son projet est justement est justement de projeter des Lumières sur les pratiques sectaires, est elle-même entachée, de part en part, de la mythologie dont elle dit se séparer : c’est ce qu’il explique qu’un mensonge remplace un autre mensonge dans son discours.

Publicités

La dialectique du mensonge (I)

Monsieur Charles Ateba Eyene, déjà célèbre pour ses Paradoxes a remis la main à ses stylos pour produire un sulfureux Cameroun sous la dictature des loges, des sectes… dont la diffusion vient d’ailleurs d’être suspendue. M. Ateba avait déjà eu l’occasion de s’expliquer sur ce sujet dans l’émission de M. Ngongang sur STV le dimanche 30 septembre 2012. Il est remonté dans l’arène avec M. Mahel dimanche dernier. C’est cette dernière intervention qui nous intéresse ici.

Derechef, le casting

Comme il y a une semaine, notre première interrogation a été sur le sujet du casting. D’abord, pourquoi un seul interlocuteur ? Et en quoi, ensuite, ce seul interlocuteur était-il un « contradicteur » ? Le principe de l’émission voudrait en effet – si notre compréhension est exacte – que le contradicteur contredise, c’est-à-dire apporte un contre-argumentaire à l’intéressé qui est l’invité. Dans un casting où les deux protagonistes partent d’une base commune, le débat est inexistant. C’est d’ailleurs ce que nous avons constaté avec amertume alors que la seule critique de M. Martin Oyono était orientée vers la « méthodologie » de la recherche de M. Ateba Eyene. Quand on connait le talent de ce dernier, on n’a rien à craindre d’une pareille critique qu’il a justement évacuée aussi vite qu’elle avait été prononcée. A part cette critique, il n’y avait rien, car on ne peut pas considérer la réserve de « généralisation » comme une critique d’une importance considérable. Par contre, il aurait été intéressant à notre avis d’inviter des franc-maçons ou des rosicruciens, car le livre s’adresse directement à eux et M. Ateba Eyene ne ménage pas sa critique à leur endroit. Pour plus d’objectivité, il n’aurait pas fallu que ces derniers soient jetés en pâturage et qu’ils aient le droit de fournir un point de vue différent de M. Ateba Eyene. Ce point de vue n’a pas existé et cela nous a profondément déçu. Mais peut-être faut-il voir dans cette déception le fait que les Franc-maçons eux-mêmes aient refusé de chausser les gants du débats pour défendre leur idéaux, puisqu’ils s’ils si nobles, ils méritent d’être défendus au su et au vu de tous, surtout lorsque l’inquisiteur s’appelle M. Ateba Eyene. Un contradicteur digne de son rang doit lui être opposé,  un contradicteur  qui soit lui-même dans les sectes et les réseaux et qui parle donc du dedans plutôt que du dehors.

Quelques hypothèses dans le vent

Cette situation qui ne pouvait donner lieu qu’à un « débat » (?) déséquilibré nous pousse à former quelques pistes d’analyse. Premièrement, il est question de la volonté qu’ont les maçons et les rosicruciens de se défendre. Deuxièmement, il faut interroger la sincérité de l’appartenance des sectaires aux sectes. Et enfin, il faut interroger les idéaux que défendent ces sectes incriminées par M. Ateba Eyene. A ces pistes, nous proposons quelques hypothèses. Précisons quand même que nous n’avons pas connaissance de la Rose-Croix et donc que nous ne pouvons pas parler pour eux. Par contre, nous avons entretenu – et nous entretenons encore – un certain commerce avec la franc-maçonnerie et le dernier mouvement de ce dernier a été la conférence de la G.L.U.C. (Grande Loge Unie du Cameroun) donnée à l’IFC mercredi 10 octobre 2012 dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de la naissance de cette obédience maçonnique nationale. Mais ce commerce n’est pas profond et nous ne parlons pas du dedans ; aussi nous limitons à ne former que des hypothèses, seules affirmations à même de rendre compte de nos potentialités réelles.

En rapport avec la première piste d’analyse, il n’est pas certain que les franc-maçons n’aient pas eu vent du livre de M. Ateba Eyene, tout comme il semble très peu probable qu’ils n’aient pas été au courant  de ses descentes répétées dans les médias surtout après son passage au tribunal. A cause de cette situation, on est donc en doit de se demander pourquoi ils ne viennent pas se défendre et défendre leur obédience. C’est cette question qui amène la sincérité.

En effet, nous émettons l’hypothèse – qui en a donc les défauts – que la sincérité des membres de la franc-maçonnerie est à questionner. Ici, l’argument de M. Ateba Eyene pourrait valoir, à savoir que ceux qui entrent dans les sectes ne le font pas par conviction, mais par opportunisme dans le meilleur des cas, ou alors parce qu’ils y sont contraints dans le pire. Dans cette optique, personne n’est assez sincère pour venir défendre la Loge peut-être parce que personne n’y croit vraiment. A l’opposé, la semaine dernière (et la semaine d’avant sûrement) chaque « homme » et « femme » de « Dieu » est venu défendre son lopin de fidèles en sortant les crocs contre M. Tsala Essomba, affichant par là-même leur sincérité et leur attachement à leur secte.

Alors, qui pour défendre les franc-maçons ? Nous avons été surpris que MM. Ateba Eyene et Oyono attribuent des caractéristiques louables à M. Kom qui affichait clairement son appartenance à la franc-maçonnerie. Aurait-il donc pu défendre convenablement les maçons ? Nous ne sommes pas de cet avis pour la simple raison selon laquelle M. Kom a qualifié le « kidnapping » d’un bébé dans un grand hôpital d’une grande ville de notre pays de « fait divers ». Lorsque nous avons appris que les Maçons travaillent à l’amélioration de notre vie sur terre et qu’ils promeuvent l’amour entre les individus, il nous semble contradictoire de se faire défendre par un pareil avocat dont la langue ferait assurément plus que servir. Mais M. Kom n’est pas le seul franc-maçon de notre pays et la question reste ouverte : pourquoi personne ne vient défendre la Loge ?

La troisième hypothèse fait intervenir une réflexion sur le sens et la valeur même de la Loge. Peut-être qu’on ne défend pas la Loge simplement parce qu’elle est justement indéfendable. En effet, qui, sachant qu’il est animé d’une cause juste, n’hésiterait pas à recourir à tous les moyens nécessaires pour faire entendre sa voix ? Nous nous sommes déjà fait réveiller plusieurs fois par des bruyants c(h)réti(e)ns qui n’utilisent que leurs voix pour crier à tue-tête – littéralement ! – « Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ! » à qui veut ou ne veut pas – surtout – l’entendre ! Dès qu’une Eglise sort de terre, les personnes pour « répandre l’Evangile » ne manquent pas. Dans d’autres domaines, un tel dévouement est aussi visible. Socrate, convaincu qu’il était dans le vrai et qu’il ne faisait donc de mal à personne à cru à ses idées jusqu’à mourir par amour pour elles. Que font les maçons pour leurs idées ? Voilà la question, et nous croyons que leur silence, dans une pareille circonstance où les réquisitoires se font de plus en plus nombreux ne fait rien d’autre qu’envenimer la situation en la tournant encore, un peu plus à leur désavantage. Dans cette situation le « silence n’est pas d’or », mais c’est plutôt « la parole qui est d’argent » et n’il faut pas opposer à des attaques pareilles le silence de Foucault.

Le silence en effet n’a de sens qu’après qu’on se soit battu et qu’on se soit assuré qu’en face que nous il n’y a pas des hommes, mais des murs. A une pareille rigidité, on ne peut qu’opposer la rigidité du silence. Le conseil de Ptahhotep qui recommande de se taire n’a pas de sens ici, car M. Ateba Eyene est loi d’être un débateur aux moyens insuffisants, et même s’il l’était, le public auquel il s’adresse n’est pas le public imaginaire constitué de sages que postule Ptahhotep. Dans tous les cas, il faut agir, il faut répondre ;  autrement, le silence confirme les attaques qu’on nous porte et installe dans la mentalité populaire la crainte – si cela n’était encore le cas. Pourtant les franc-maçons ont les moyens de se battre et les moyens de riposter, pas dans l’ombre comme ils sont (in)justement accusés, mais en plein jour, sur des plateaux de télévision, dans les radios, dans les journaux, etc., pour faire reculer la suspicion au mieux, ou, au moins, pour permettre à l’idéologie – en ce qu’elle signifie l’unilatéralité de l’information – qui s’installe d’avoir du répondant. Nous sommes convaincus que cette action est possible, comme nous sommes convaincus qu’elle portera forcément des fruits.

Mais peut-être en effet que les maçons ne se défendent pas parce que justement leur pratique est indéfendable. Nous pensons d’ailleurs qu’il serait très difficile, voire impossible de défendre la franc-maçonnerie dans notre contexte. L’exposé qu’a donné M. Alain Noël-Dubart, passé Grand Maitre de la Grande Loge de France n’a rien fait d’autre qu’alimenter nos suspicions. Mais nous n’avons pas accès au « langage symbolique » et beaucoup de « mystères » nous sont étrangers, ce qui normalement devrait condamner notre vision à n’être que réductionniste et quelque peu, si ce n’est grandement, erronée. Mais si nous sommes (dans le) Noir(s), montrez nous la Lumière. Nous voulons la voir et juger par nous-mêmes. C’est dans ce sens qu’un des intervenants à la conférence de mercredi dernier à l’IFC a regretté que la G.L.U.C. ne communiquait pas assez. C’est dans ce sens que le Grand Maître Denis Bouallo a assuré qu’il ferait le nécessaire pour remédier à cette situation fort embarrassante. Nous aimerions ici l’y presser.

Ces deux dernières hypothèses interrogent la qualité du franc-maçon. Selon notre compréhension, il doit être franc, car il serait désastreux qu’il ne soit que maçon, sinon il lui manquerait quelque chose. Nous avons en effet l’impression que les maçons ont honte de leur obédience et qu’ils ont peur de se déclarer maçon. Si la maçonnerie n’a rien à se reprocher, pourquoi une telle peur ? Et même si on peut comprendre que les représailles sociales ou autres peuvent être énormes, la cause qu’un franc-maçon défend ne vaut-elle pas qu’il y laisse sa vie le cœur en joie et en paix ?

A ces interrogations, nous sommes forcés de constater bon gré, malgré, que peu de maçons sont francs et qu’en agissant de la sorte ils décrédibilisent tout l’édifice. Et en conservant des personnes qui ne sont pas prêtes à faire le sacrifice de leur personne dans ses rangs, c’est la franc-maçonnerie – au moins telle que pratiquée ici – qui affiche ouvertement son manque de crédit et son manque de sérieux, prêtant le flanc à toutes les attaques que lui adresse M. Ateba Eyene.

Président, oui, mais pas Roi

Hier j’ai suivi avec la même attention que tous les autres jours, l’émission qui est désormais mon pain dominical sur « Vox Africa » même si ce pain, il y a deux dimanches, a été éloigné de ma consommation pour des raisons qui ne dépendent en aucune manière de ma volonté. Il semble d’ailleurs que l’émission d’hier ait été la rediffusion de l’émission du dimanche d’avant si je m’en tiens aux informations que j’ai pu lire sur la page facebook de « RectoVerso ». Hier donc, j’ai assisté à une émission intéressante qui réunissait autour de la table, M. Mahel évidemment, mais surtout M. Tsala Essomba et deux contradicteurs : Mme Chantal Yologaza et M. L’Abbé Mathias Stéphane Bell, tous « hommes » ou « femme » « de Dieu ».  Et c’est sur ce « casting » que s’est situé ma première incompréhension : pourquoi tant de pasteurs ? Pour discuter de l’activité religieuse, avant nous besoin seulement de pasteurs ? La question est-elle-même d’ordre strictement religieux ? De même que j’ai très mal compris en quoi M. Sindjoun-Pokam était le « contradicteur » de M. Moukoko Priso dans l’émission du deux septembre 2012, de même j’ai mal compris un pareil casting. Cette incompréhension a été motivée par un fait : la problématique générale de l’émission qu’a dessiné les questions introductives de M. Mahel qui mettaient clairement l’accent sur la prolifération des Eglises et situait le « Ministère » « Va et raconte » de M. Tsala Essomba dans cette veine. Malheureusement, au lieu d’élever les débats au niveau du concept ou du phénomène social, il s’est très vite réduit en peau de chagrin à la vie personnelle ou à la légitimation du Ministère de M. Tsala. Il aurait été souhaitable, à mon avis, qu’on invite autour de la table au moins un artisan du concept : un philosophe ou un sociologue qui aurait abordé la question du point de vue conceptuel. Et si ce philosophe ou se sociologue aurait été athée, le débat n’en n’aurait été que plus important à mon avis. Mais ce n’est que mon avis et je fais déjà trop l’impertinent et de « décontracté » d’ouvrir la bouche pour le donner au moment plutôt où je dois me taire et consommer.

Je ne veux pas ici m’attarder sur le débat en lui-même, car il a été peu satisfaisant. Entre les remontrances de Mme Yologaza et les arguments ad hominem de L’Abbé Bell, chacun en a eu sûrement pour son compte. Mais s’il faut admirer quelque chose sur M. Tsala, c’est qu’il a su rester calme et lucide là où Mme Yologaza se munissait d’une « saine colère » et que M. L’Abbé Bell retournait au Moyen-âge pour ressusciter le Magister dixit. Les arguments qu’il a fournit tout au long du débat ont su mettre à mal les attaques de ses contradicteurs toujours avec tact et finesse.

Mais si je ne m’attarde pas sur le débat en lui-même, j’aimerais discuter d’une idée que tous les participants ont acceptée et que M. Mahel n’a pas critiquée avec la même vivacité que je lui connais : la relation entre le pouvoir et la religion. Cette relation m’a paru insuffisamment explicite dans la bouche de M. Tsala. Il y a d’abord l’histoire sur laquelle il se base pour poser le fait que le pouvoir doit tendre l’oreille au prophète : l’histoire de Joseph. Ce dernier avait interprété un rêve de Pharaon qui signifiait qu’il fallait faire des provisions en vue des années de sécheresse à venir. Il été donc proche du pouvoir. La question qui m’est venue en tête est celle-ci : M. Tsala a-t-il interprété les rêves de M. Biya pour avoir sa vision du développement autocentré selon lequel tous les Camerounais devraient économiser pour leur pays ? Cette relation n’a pas été explicitée à suffisance à mon avis et elle laisse la porte ouverte au sujet des rapports que M. Tsala entretient avec l’Etat.

Mais où j’ai été le plus choqué c’est lorsque M. Tsala a fait le rapprochement entre le pouvoir et le divin en disant que les dirigeants sont choisis par Dieu. Mais il ne s’agit pas de n’importe quels dirigeants : il s’agit du Roi auquel nous devons « obéissance » et « soumission » et pour lequel nous devons prier. Quand j’ai entendu cette démonstration qui n’a d’ailleurs été réfutée par aucune des personnes présentes sur le plateau, je n’ai pu me retenir de penser que nous étions encore dans un siècle dépassé. Bien que L’Abbé Mathias ait tenté d’introduire la question de la séparation des pouvoirs dans la société actuelle, il a été rattrapé par la « Très sainte Parole » qu’a invoquée M. Tsala, d’où il aurait été nécessaire qu’il y ait sur la table quelqu’un qui ne plie pas l’échine lorsqu’on dit « Alléluia » et qui n’y réponde pas « Amen » de façon presque « télécommandée » parce qu’il a été pavlovnisé pour agir de cette manière à toute évocation d’un stimulus précis.

Cette évocation de M. Tsala pose plusieurs problèmes. D’abord la question du régime. Celui qui dirigeait en Israël était le Roi, ce qui signifie que le régime était la monarchie. Aujourd’hui, ce régime a plié sous les assauts de la démocratie ou ce qu’on dit lui ressembler et il n’est plus question de parler de Roi dans le sens où celui-ci a le pouvoir. C’est la d’ailleurs la condition qui a été imposée aux dernières monarchies du monde : « Vous régnez, mais vous ne gouvernez pas ! » En assimilant M. Biya au « Roi », M. Tsala nous fait reculer plusieurs époques en arrière et trahit par là même la manière dont il conçoit le pouvoir. Il n’est pas impossible en effet que le reflet que M. Biya lit dans le reflet de ses collaborateurs soit un reflet royal si tant est-il que ces derniers ne se conduisent comme des citoyens, mais comme ses sujets. Quelqu’un est allé jusqu’à dire un jour si je me souviens bien que les collaborateurs de M. Biya sont ses « créatures ». Mais toutes ses idées sont bel et bien assez éloignées de la réalité parce que M. Biya n’est pas un Roi, mais un Président et en tant que tel ses pouvoirs en tant que berger sont limités et son troupeau n’est pas un troupeau de mouton, mais une société d’hommes qui savent quels sont leurs devoirs et leurs droits vis-à-vis du pouvoir en place. Voilà comment la Bible et tous les livres dits « Saints » peuvent nous faire reculer plus de deux cents ans en arrière en nous proposant des idées périmées inaptes à promouvoir un quelconque développement social.

Ensuite, dans cette argumentation de M. Tsala, il y a le problème de la légitimation du pouvoir. En faisant du dirigeant un « élu de Dieu », M. Tsala veut nous faire croire que c’est Dieu qui choisit les dirigeants d’un pays. L’autre versant de cet l’argumentaire pernicieux est celui-ci : puisque Dieu a choisi celui qui nous dirige et que Dieu sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, et que Dieu est Dieu et que ses « lois sont justes », alors nous ne devons pas nous rebeller, revendiquer quoique ce soit au dirigeant, car le faisant, nous nous rebellons directement contre Dieu ; c’est-à-dire que nous lui – Dieu ou Autorité – demandons des comptes, ce qui est un comportement hérétique. C’est pourquoi, selon M. Tsala il faut se « soumettre à l’autorité », car ce faisant, nous nous soumettons à Dieu puisque le pouvoir vient de Dieu. Tout le monde aurait compris les aspects dédaigneux et soporifique d’un pareil discours.

Il est dédaigneux parce qu’il invalide le vote des candidats et les relègue à un état d’inanité  intolérable, nous proposant une version assez mal revue et assez peu digeste de la ruse de la Raison de Hegel. M. Tsala veut nous faire croire que le vote du citoyen ne sert à rien parce que c’est Dieu lui-même qui agit dans le tri des voix et dans l’onction qu’il donne au dirigeant. M. Tsala oublie t-il qu’il est possible que la manipulation de l’urne ne soit pas d’origine divine ? Mais même si Dieu manipule l’urne – ce qui est d’ailleurs proprement impossible – le dirigeant, dans une démocratie – ou ce qu’on dit y ressembler – ne tient pas sa légitimité de Dieu, mais du Peuple. C’est donc à lui qu’il doit rendre compte et à personne d’autre ! Par voie de conséquence, le Peuple a le droit, en tant que mandataire, d’exiger des comptes rendus de gestion du gouvernant qui n’est pas arrivé où il est par l’action de Dieu, mais par le suffrage universel ! C’est cela le propre de la démocratie – ou de ce qui dit y ressembler –. M. Tsala semble passer un peu trop vite sur ces considérations importantes pour la vie en société, surtout lorsque cette société est de type libérale. Encore aujourd’hui, dans notre société, l’Eglise – ou ce qui dit en être une – use des moyens bibliques pour éteindre toute volonté citoyenne de s’intéresser à la politique et d’exiger des comptes. Il n’est pas anodin, je crois, que le nombre de fidèles qui part à l’Eglise explique, même seulement partiellement, le détachement des citoyens de la chose politique qu’ils abandonnent alors à de véritables gourous qui prêchent une pareille parole, car cela les avantage. Historiquement d’ailleurs, le clergé a toujours été proche du pouvoir et il n’est sûr qu’il ait accueilli de bon œil la séparation des pouvoirs et qu’il ne soit pas nostalgique du temps où c’était lui qui dictait la politique, ce qui expliquerait les efforts acharnés qu’il consent pour endormir à l’opium les populations afin de faire de nouveau revivre ce temps par les moyens les plus obscurs qui soient.

Enfin, cet argumentaire pose problème parce qu’il introduit des doctrines que John Rawls appelle « compréhensives » dans la sphère du politique au lieu de s’en tenir rigoureusement au politique. Personne sur le plateau n’a daigné s’opposer à un pareil argumentaire peut-être par peur des représailles de Dieu. Mme Yologaza avait d’ailleurs lancé un mot à l’encontre de M. Tsala en disant que son Ministère prêchait « L’Evangile de la peur ». En réalité, il faut généraliser cette attaque à tous les Evangiles dont celui que notre Evêque prêche en reconnaissant – pas que nous sommes pêcheurs – avec Nkrumah que « La peur a engendré les dieux, et la peur les protège »[1] de sorte qu’on puisse dire : Sans peur, pas d’Evangile ! Mais si ce principe marche en religion, il ne peut pas être invoqué pour fonder l’action politique. On doit ainsi mettre l’accent sur des doctrines qui n’ont rien à voir avec la sensibilité des uns et des autres afin de garantir l’harmonie et la communication véritable en société.

C’est dans le débusquage et la destruction d’un pareil sous-bassement qu’un philosophe ou un sociologue, ou même un politologue aurait été à mon avis profitable au débat. Mais au contraire, en s’en tenant à des personnalités qui n’ont aucun intérêt à remettre le dogme en cause et à en critiquer les applications les plus diverses jusqu’à celles sociales, l’émission s’est grandement appauvrie.

Douala, 01 octobre 2012.


[1] Nkrumah K, Le consciencisme, tr. fr. Jospin L., Paris, Payot, 1964, p. 28.

 

 

 


Calendrier

octobre 2012
L M M J V S D
« Sep   Nov »
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

Entrer votre adresse e-mail pour vous inscrire à ce blog et recevoir les notifications des nouveaux articles par courriel.

Rejoignez 108 autres abonnés


%d blogueurs aiment cette page :