La dialectique du mensonge (I)

Monsieur Charles Ateba Eyene, déjà célèbre pour ses Paradoxes a remis la main à ses stylos pour produire un sulfureux Cameroun sous la dictature des loges, des sectes… dont la diffusion vient d’ailleurs d’être suspendue. M. Ateba avait déjà eu l’occasion de s’expliquer sur ce sujet dans l’émission de M. Ngongang sur STV le dimanche 30 septembre 2012. Il est remonté dans l’arène avec M. Mahel dimanche dernier. C’est cette dernière intervention qui nous intéresse ici.

Derechef, le casting

Comme il y a une semaine, notre première interrogation a été sur le sujet du casting. D’abord, pourquoi un seul interlocuteur ? Et en quoi, ensuite, ce seul interlocuteur était-il un « contradicteur » ? Le principe de l’émission voudrait en effet – si notre compréhension est exacte – que le contradicteur contredise, c’est-à-dire apporte un contre-argumentaire à l’intéressé qui est l’invité. Dans un casting où les deux protagonistes partent d’une base commune, le débat est inexistant. C’est d’ailleurs ce que nous avons constaté avec amertume alors que la seule critique de M. Martin Oyono était orientée vers la « méthodologie » de la recherche de M. Ateba Eyene. Quand on connait le talent de ce dernier, on n’a rien à craindre d’une pareille critique qu’il a justement évacuée aussi vite qu’elle avait été prononcée. A part cette critique, il n’y avait rien, car on ne peut pas considérer la réserve de « généralisation » comme une critique d’une importance considérable. Par contre, il aurait été intéressant à notre avis d’inviter des franc-maçons ou des rosicruciens, car le livre s’adresse directement à eux et M. Ateba Eyene ne ménage pas sa critique à leur endroit. Pour plus d’objectivité, il n’aurait pas fallu que ces derniers soient jetés en pâturage et qu’ils aient le droit de fournir un point de vue différent de M. Ateba Eyene. Ce point de vue n’a pas existé et cela nous a profondément déçu. Mais peut-être faut-il voir dans cette déception le fait que les Franc-maçons eux-mêmes aient refusé de chausser les gants du débats pour défendre leur idéaux, puisqu’ils s’ils si nobles, ils méritent d’être défendus au su et au vu de tous, surtout lorsque l’inquisiteur s’appelle M. Ateba Eyene. Un contradicteur digne de son rang doit lui être opposé,  un contradicteur  qui soit lui-même dans les sectes et les réseaux et qui parle donc du dedans plutôt que du dehors.

Quelques hypothèses dans le vent

Cette situation qui ne pouvait donner lieu qu’à un « débat » (?) déséquilibré nous pousse à former quelques pistes d’analyse. Premièrement, il est question de la volonté qu’ont les maçons et les rosicruciens de se défendre. Deuxièmement, il faut interroger la sincérité de l’appartenance des sectaires aux sectes. Et enfin, il faut interroger les idéaux que défendent ces sectes incriminées par M. Ateba Eyene. A ces pistes, nous proposons quelques hypothèses. Précisons quand même que nous n’avons pas connaissance de la Rose-Croix et donc que nous ne pouvons pas parler pour eux. Par contre, nous avons entretenu – et nous entretenons encore – un certain commerce avec la franc-maçonnerie et le dernier mouvement de ce dernier a été la conférence de la G.L.U.C. (Grande Loge Unie du Cameroun) donnée à l’IFC mercredi 10 octobre 2012 dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de la naissance de cette obédience maçonnique nationale. Mais ce commerce n’est pas profond et nous ne parlons pas du dedans ; aussi nous limitons à ne former que des hypothèses, seules affirmations à même de rendre compte de nos potentialités réelles.

En rapport avec la première piste d’analyse, il n’est pas certain que les franc-maçons n’aient pas eu vent du livre de M. Ateba Eyene, tout comme il semble très peu probable qu’ils n’aient pas été au courant  de ses descentes répétées dans les médias surtout après son passage au tribunal. A cause de cette situation, on est donc en doit de se demander pourquoi ils ne viennent pas se défendre et défendre leur obédience. C’est cette question qui amène la sincérité.

En effet, nous émettons l’hypothèse – qui en a donc les défauts – que la sincérité des membres de la franc-maçonnerie est à questionner. Ici, l’argument de M. Ateba Eyene pourrait valoir, à savoir que ceux qui entrent dans les sectes ne le font pas par conviction, mais par opportunisme dans le meilleur des cas, ou alors parce qu’ils y sont contraints dans le pire. Dans cette optique, personne n’est assez sincère pour venir défendre la Loge peut-être parce que personne n’y croit vraiment. A l’opposé, la semaine dernière (et la semaine d’avant sûrement) chaque « homme » et « femme » de « Dieu » est venu défendre son lopin de fidèles en sortant les crocs contre M. Tsala Essomba, affichant par là-même leur sincérité et leur attachement à leur secte.

Alors, qui pour défendre les franc-maçons ? Nous avons été surpris que MM. Ateba Eyene et Oyono attribuent des caractéristiques louables à M. Kom qui affichait clairement son appartenance à la franc-maçonnerie. Aurait-il donc pu défendre convenablement les maçons ? Nous ne sommes pas de cet avis pour la simple raison selon laquelle M. Kom a qualifié le « kidnapping » d’un bébé dans un grand hôpital d’une grande ville de notre pays de « fait divers ». Lorsque nous avons appris que les Maçons travaillent à l’amélioration de notre vie sur terre et qu’ils promeuvent l’amour entre les individus, il nous semble contradictoire de se faire défendre par un pareil avocat dont la langue ferait assurément plus que servir. Mais M. Kom n’est pas le seul franc-maçon de notre pays et la question reste ouverte : pourquoi personne ne vient défendre la Loge ?

La troisième hypothèse fait intervenir une réflexion sur le sens et la valeur même de la Loge. Peut-être qu’on ne défend pas la Loge simplement parce qu’elle est justement indéfendable. En effet, qui, sachant qu’il est animé d’une cause juste, n’hésiterait pas à recourir à tous les moyens nécessaires pour faire entendre sa voix ? Nous nous sommes déjà fait réveiller plusieurs fois par des bruyants c(h)réti(e)ns qui n’utilisent que leurs voix pour crier à tue-tête – littéralement ! – « Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle ! » à qui veut ou ne veut pas – surtout – l’entendre ! Dès qu’une Eglise sort de terre, les personnes pour « répandre l’Evangile » ne manquent pas. Dans d’autres domaines, un tel dévouement est aussi visible. Socrate, convaincu qu’il était dans le vrai et qu’il ne faisait donc de mal à personne à cru à ses idées jusqu’à mourir par amour pour elles. Que font les maçons pour leurs idées ? Voilà la question, et nous croyons que leur silence, dans une pareille circonstance où les réquisitoires se font de plus en plus nombreux ne fait rien d’autre qu’envenimer la situation en la tournant encore, un peu plus à leur désavantage. Dans cette situation le « silence n’est pas d’or », mais c’est plutôt « la parole qui est d’argent » et n’il faut pas opposer à des attaques pareilles le silence de Foucault.

Le silence en effet n’a de sens qu’après qu’on se soit battu et qu’on se soit assuré qu’en face que nous il n’y a pas des hommes, mais des murs. A une pareille rigidité, on ne peut qu’opposer la rigidité du silence. Le conseil de Ptahhotep qui recommande de se taire n’a pas de sens ici, car M. Ateba Eyene est loi d’être un débateur aux moyens insuffisants, et même s’il l’était, le public auquel il s’adresse n’est pas le public imaginaire constitué de sages que postule Ptahhotep. Dans tous les cas, il faut agir, il faut répondre ;  autrement, le silence confirme les attaques qu’on nous porte et installe dans la mentalité populaire la crainte – si cela n’était encore le cas. Pourtant les franc-maçons ont les moyens de se battre et les moyens de riposter, pas dans l’ombre comme ils sont (in)justement accusés, mais en plein jour, sur des plateaux de télévision, dans les radios, dans les journaux, etc., pour faire reculer la suspicion au mieux, ou, au moins, pour permettre à l’idéologie – en ce qu’elle signifie l’unilatéralité de l’information – qui s’installe d’avoir du répondant. Nous sommes convaincus que cette action est possible, comme nous sommes convaincus qu’elle portera forcément des fruits.

Mais peut-être en effet que les maçons ne se défendent pas parce que justement leur pratique est indéfendable. Nous pensons d’ailleurs qu’il serait très difficile, voire impossible de défendre la franc-maçonnerie dans notre contexte. L’exposé qu’a donné M. Alain Noël-Dubart, passé Grand Maitre de la Grande Loge de France n’a rien fait d’autre qu’alimenter nos suspicions. Mais nous n’avons pas accès au « langage symbolique » et beaucoup de « mystères » nous sont étrangers, ce qui normalement devrait condamner notre vision à n’être que réductionniste et quelque peu, si ce n’est grandement, erronée. Mais si nous sommes (dans le) Noir(s), montrez nous la Lumière. Nous voulons la voir et juger par nous-mêmes. C’est dans ce sens qu’un des intervenants à la conférence de mercredi dernier à l’IFC a regretté que la G.L.U.C. ne communiquait pas assez. C’est dans ce sens que le Grand Maître Denis Bouallo a assuré qu’il ferait le nécessaire pour remédier à cette situation fort embarrassante. Nous aimerions ici l’y presser.

Ces deux dernières hypothèses interrogent la qualité du franc-maçon. Selon notre compréhension, il doit être franc, car il serait désastreux qu’il ne soit que maçon, sinon il lui manquerait quelque chose. Nous avons en effet l’impression que les maçons ont honte de leur obédience et qu’ils ont peur de se déclarer maçon. Si la maçonnerie n’a rien à se reprocher, pourquoi une telle peur ? Et même si on peut comprendre que les représailles sociales ou autres peuvent être énormes, la cause qu’un franc-maçon défend ne vaut-elle pas qu’il y laisse sa vie le cœur en joie et en paix ?

A ces interrogations, nous sommes forcés de constater bon gré, malgré, que peu de maçons sont francs et qu’en agissant de la sorte ils décrédibilisent tout l’édifice. Et en conservant des personnes qui ne sont pas prêtes à faire le sacrifice de leur personne dans ses rangs, c’est la franc-maçonnerie – au moins telle que pratiquée ici – qui affiche ouvertement son manque de crédit et son manque de sérieux, prêtant le flanc à toutes les attaques que lui adresse M. Ateba Eyene.

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