La dialectique du mensonge (II)

Sur la question de l’homosexualité : parce qu’il ne faut pas se taire !

Nous avons vu qu’il est possible de fonder les accusations de M. Ateba Eyene, notamment lorsqu’elles s’adressent à la sincérité des Loges, à la franchise de leur membres et à la capacité de ces dernières à impulser le développement. Pourtant certains arguments nous paraissent plus rocambolesques qu’autre chose, notamment la théorie de l’homosexualité sectaire proposée par notre auteur.

Selon M. Ateba Eyene, il y a deux sortes d’homosexualité. D’abord l’homosexualité politique, et ensuite l’homosexualité satanique. L’homosexualité de la première espèce vise la « dépersonnalisation », elle vise à asseoir l’autorité du sodomisant sur le sodomisé, elle scelle la hiérarchie de la manière que les luttes dans les sociétés animales permettent au mâle dominant d’afficher et d’exercer son pouvoir en tenant les autres prétendants en respect. Ensuite, l’homosexualité satanique, et c’est à ce niveau que les choses se compliquent. M. Ateba Eyene nous explique que l’homosexualité consiste à tirer de l’individu toute substance ou toute « puissance », car c’est dans l’intestin grêle, ou peut-être faudrait-il généraliser comme le fait l’auteur lui-même en disant grossièrement les « fesses » ­­­­– toujours est il qu’il s’agit du postérieur – que se situe la puissance de l’individu. C’est ce qui explique par exemple, soutient M. Ateba Eyene, qu’on maudisse en Afrique en montrant les fesses.

Cette vision générale de l’homosexualité ne nous parait pas satisfaisante parce qu’elle n’identifie pas la composante d’un comportement homosexuel réel. En effet, elle ne présente qu’au mieux des déviances fort regrettables, et au pire de simples élucubrations causées par une réduction du comportement homosexuel à ce qu’il a de plus inessentiel : le coït anal. Une pareille réduction est intolérable parce qu’elle réduit la sexualité à l’acte sexuel. C’est pour cette raison que M. Ateba Eyene ne peut voir que deux sortes d’homosexualités, car les lunettes qu’il utilise ne lui permettent guère d’avoir un champ de vision plus élargi. Le comportement homosexuel et la sexualité qui en découle dépasse largement le cadre du coït anal. M. Ateba Eyene essaierait-il de nous faire croire que le comportement hétérosexuel serait réductible au coït vaginal ? Une relation hétérosexuelle ne tourne t-elle toujours qu’autour du sexe ? A l’évidence ce n’est pas la nature de ces relations que M. Ateba Eyene met à jour, mais sûrement – et nous espérons nous tromper grossièrement – la propre vision qu’il a de leur nature. L’homosexualité est une manière d’être qu’on affiche fièrement quand les circonstances sont propices, car les homosexuels – et il faut saluer leur courage – sont sur ce sujet qui les concerne, bien plus francs que les maçons. Les homosexuels affirment leur homosexualité et sont sincères avec eux-mêmes. C’est la persécution et la peur que cherchent à instaurer certains esprits réfractaires à la différence qui empêchent encore certains d’entre eux d’arborer fièrement les couleurs qui sont les leurs. La peur qu’affichent certains d’eux est compréhensible, surtout lorsqu’on sait qu’à la différence des maçons, ils n’ont pas les moyens de se défendre. En plus, s’il faut être vraiment objectif, nous devons être forcés de reconnaitre qu’on ne peut pas avoir une société constituée uniquement de « héros », de « surhommes » et « d’hommes excellents », et qu’on ne peut donc pas forcer tout le monde à se hisser à un pareil niveau. Mais si la peur qu’éprouvent certains homosexuels est réelle, concevable et hautement compréhensible, celle des franc-maçons n’est pas tolérable, parce qu’à notre connaissance on ne leur a jamais promis la mort en plein plateau de télévision comme cela a été le cas alors que Me Kom, comme à sa glorieuse habitude, défendait les droits de gens qui sont aussi, comme vous et moi-même, des hommes sur le plateau où elle avait précédé notre auteur le 27 mai de cette même année. Mais pénétrons plus en avant les arguments de M. Ateba Eyene et soumettons-les, selon les vœux de M. Towa, à la redoutable épreuve de critique et de tri. Commençons avec « l’homosexualité politique ».

Si nous comprenons bien ce que dit M. Ateba Eyene et si nos hypothèses sur sa réduction qu’il opère sont justes, il faut parler non « d’homosexualité politique », mais de « sodomisation politique ». C’est ce dernier terme que nous utiliserons conformément à nos hypothèses. M. Ateba Eyene dit donc que la sodomisation politique vise à détruire l’autre et à annihiler en lui toute tentative de se dresser contre celui qui sodomise. Nous avons deux questions à opposer à cette théorie. Premièrement, est-ce que cette sodomisation est seulement politique ? Deuxièmement, la sodomisation est-elle le seul moyen d’affirmer sa supériorité sur l’autre ?

A la première question nous répondons directement par la négative, car ce type de « rituel » – car il s’agit ici non d’une manière de vivre tout à fait noble  mais d’une pratique dont les buts sont obscurs dignes de Méphistophélès – ne se pratique pas seulement en politique. Si le but est de maintenir l’autre sous un quelconque joug, ce rituel peut très bien être observé en entreprise, dans les Universités, les Monastères, les Séminaires (Grands et Petits), les Internats, etc. pourvu qu’il y ait un quelque rapport d’autorité qui soit établi entre le sodomisant et le sodomisé. C’est ce que nous avons appelé autre part la « sodomination ». Or, si ce rituel n’est pas consubstantiellement lié à la politique, pourquoi encore lui accoler cet adjectif ? Il devient par là même inutile et impropre à rendre compte de la réalité de la pratique, car elle devrait avoir cours – si elle a cours – partout où il existe un quelconque pouvoir. En réalité, M. Ateba Eyene devrait opter pour le vocable de « sodomination », car il s’agit bien là d’une sodomisation dans le but avoué de la domination. Les incantations diaboliques que révèle Hebga sur le sujet doivent être comprises dans ce sens. Maintenant, si ce rituel  a pour axe le pouvoir et l’affirmation de ce dernier, la sodomie est-elle nécessaire ?

Ici aussi nous répondrons pas la négative, car il est possible d’atteindre les mêmes résultats avec le coït vaginal ou pire, avec une fellation, car alors on garderait symboliquement – car tout ici est affaire de symbole – le goût du phallus du Maitre dans la bouche, ce qui empêcherait par exemple que toute parole sortant d’une  pareille bouche à l’endroit du Maitre ne soit autre chose qu’élogieuse dans le meilleur des cas ou, dans le pire, carrément de nature à s’auto-flageller. Mais M. Ateba Eyene renchérirait sûrement en brandissant sa théorie de la « puissance du rectum ». A cette théorie, nous opposons une autre vision. Nous ne pensons pas que ce soit un pouvoir réel qui aurait choisit d’aller se loger d’ans l’intestin grêle. Selon nous, parlant ainsi sous le couvert de la science, cet endroit serait plutôt le refuge des déchets du corps. En effet, si on doit proposer une théorie des « trous » de l’homme – M. Ateba Eyene en décompte neuf – il faudrait penser à ajouter les pores et on rendra immédiatement compte que le travail des trous du corps humain est principalement un travail ingrat, car il consiste soit à expulser, soit à retenir les déchets. Les yeux se chargent avec les larmes d’expulser les corps étrangers s’étant logés dans les cavités oculaires ; les narines se chargeant d’expulser les muqueuses nasales ; les oreilles, elles, se chargent de retenir les corps étrangers et de prévenir tout dommage à l’oreille interne ; la bouche nous soulage du trop-plein des sécrétions des glandes salivaires lorsqu’elle ne nous sert pas à vomir et donc à expulser ce qui vient d’encore plus bas ; les pores expulsent la sueur et les canaux urinaires se chargent de l’urine quand l’anus scelle le départ de tout ce qui n’est plus utile à notre organisme en ce qui concerne les nutriments. Voilà donc le réel « pouvoir » des orifices humains, et il diffère grandement de celui que leur prête M. Ateba Eyene. Mais dans tous ces orifices, il n’y a en qu’un seul qui a une tâche « noble » – non pas que la tâche d’expulser les déchets ne soit pas noble et salvatrice pour l’organisme – : c’est le trou de l’organe sexuel, car il est chargé de donner la vie. Et c’est ce dernier point et non celui qu’avance M. Ateba Eyene, qui, à notre avis, explique que ce soit d’abord toujours la mère qui maudit en montrant son postérieur, et ensuite que se soit justement ce postérieur qu’elle expose.

La mère expose son postérieur à son fils – et jamais à un autre – par « décence » et de manière « symbolique », car ce postérieur est sensé représenter son vagin et rappeler donc au fils l’endroit d’où il vient et le pouvoir que ce vagin qui le maudit a sur lui : c’est le pouvoir de la vie. La femme qui présente son postérieur à son fils pour le maudire lui rappelle le droit qu’elle a sur lui, et c’est sûrement ce droit qui est le seul « pouvoir » réel caché à cet endroit. Dans une logique non symbolique, c’est son vagin qu’elle aurait présenté, mais nulle ne s’aviserait à présenter son vagin à son fils, d’abord par pudeur – et pas seulement ! – et ensuite parce qu’elle risquer provoquer l’effet inverse au dégoût qu’elle espère susciter en lui. C’est pourquoi ce sont ses fesses et pas son vagin qu’elle présente à l’infortuné. C’est pourquoi aussi une femme ne peut jamais maudire un fils autre que le sien, simplement parce qu’elle n’a pas sur ce dernier, le « pouvoir du vagin », le pouvoir de lui avoir donné la vie et donc, symboliquement, le droit de la reprendre. Toute la symbolique de l’acte de maudire est contenue dans cet acte. Contrairement, à ce qu’on pense, maudire ici ce n’est pas souhaiter le mal, mais seulement récupérer le bien originel que la mère a donné ; bien qui est la vie. On peut discuter sur la vérité d’un pareil symbolisme, mais il ne s’agit déjà pas à l’évidence d’un « pouvoir rectal » qui inciterait les gourous à sodomiser leurs adeptes, comme ce n’est pas assurément pas sur la base de ce soi-disant pouvoir que les femmes maudiraient en présentant leur postérieur à leurs victimes.

Pour être tout à fait complet sur l’homosexualité, il faudrait souligner le fait que M. Ateba Eyene, s’appuyant sur sa théorie des trous humains que nous venons de discuter, soutient que la sodomisation satanique est justement satanique parce qu’elle opère contre-nature, car « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité ». Mais M. Ateba Eyene n’a pas terminé sa phrase, ce qui aurait permis justement de le prendre au sérieux. En effet, « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité » parce que « Dieu n’est pas ». Comment pouvez-vous demander à quelqu’un de prévoir quelque chose alors que cette personne n’est déjà pas ? C’est proprement impossible. Pour qu’il eût prévu l’homosexualité ou toute autre chose, il aurait fallu d’abord qu’il soit. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. Par contre, cette référence à « Dieu » et à la « nature » témoigne de l’inaptitude criarde de M. Ateba Eyene à argumenter au sujet de l’homosexualité autrement que par des moyens illégitimes comme nous l’avons expliqué dans notre série d’articles sur « l’homofolie » (1, 1′, 2 et 3). Dieu est en effet un moyen illégitime pour traiter de la question de l’homosexualité, car cette question regarde d’abord, ensuite, surtout et enfin, les hommes. C’est entre les hommes et pour les hommes que cette question doit être discutée. Autrement le débat est déjà faussé à la base. C’est sur cette dernière notion que nous allons baser le dernier mouvement de notre argumentaire en expliquant en quoi le réquisitoire de M. Ateba Eyene est dialectique. En nous appuyant sur les développements de Max Horkheimer et de Theodor W. Adorno, nous entendons montrer que la visée de l’Aufklärung qu’emprunte M. Ateba Eyene qui affirme que son projet est justement est justement de projeter des Lumières sur les pratiques sectaires, est elle-même entachée, de part en part, de la mythologie dont elle dit se séparer : c’est ce qu’il explique qu’un mensonge remplace un autre mensonge dans son discours.

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