Archive pour juillet 2013

Un simple problème de terminologie ?

Dans son Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle, Monsieur Towa use abondamment du terme « essence » pour qualifier la distance qu’il y a entre l’Afrique et l’Occident. Ce terme intervient au moment où le philosophe d’Endama pose les bases de son iconoclasme révolutionnaire. Dans ce terme d’essence M. Towa entend rassembler à la fois « ce que nous avons en propre » (Essai, Yaoundé, CLE, 2007[1971], p. 39), nos « valeurs » et « de redoutables lacunes » (Id.).Cette essence c’est notre « être intime » (Id.).Or c’est cette « essence » qu’il faut révolutionner pour atteindre l’humanité authentique qui nous préservera de la barbarie du colonisateur.

Mais cette optique terminologique n’est pas sans soulever de problèmes quand on se rappelle que la grande critique de M. Towa envers la négritude senghorienne était le fait que l’ex-Président du Sénégal entendait « nous enfermer » (Ibid., p. 47) dans une sombre essence pour nous empêcher le droit d’être autre chose que ce que nous sommes, devenant par ce fait « l’idéologie quasiment officielle du néocolonialisme » (Id.). À cette idéologie de la soumission du fait de l’essence, M. Towa opposait le « radicalisme iconoclaste » (Id.) qui devrait nous permettre de « briser » les chaines qui nous empêchent d’être nous-mêmes. Comment le faire ? M. Towa écrit que c’est en tournant le dos au « culte superstitieux et mystificateur de la différence et de l’essence de soi » (Id.). Autrement dit, il faudrait en finir avec l’idée que l’Africain a une essence propre et qu’il devrait consacrer toute son énergie à la préserver. Selon M. Towa, c’est cette idée d’essence qui est au fondement du culte de la différence et qui nous empêche de prendre notre envol sur la scène historique. Pourtant partout où il convoque le terme d’ « essence » dans l’Essai,M. Towa ne fait rien d’autre que continuer le senghorisme : c’est-à-dire affirmer l’existence réelle, effective d’une essence propre de l’Africain qu’il faudrait –et c’est à ce niveau que se situe la différence – non plus encenser, mais « exorciser », pour reprendre une expression de L’idée d’une philosophie négro-africaine. Si nous voyons juste, cette critique de M. Towa fait au senghorisme n’est pas radicale comme il l’aurait souhaité ; en réalité elle ne serait que superficielle, car le philosophe d’Endama serait d’accord avec le natif de Joal sur le fait qu’il existe une « essence » nègre bien qu’ils soient en désaccord sur l’attitude à adopter vis-à-vis d’elle.

Le problème devient encore plus grave lorsque M. Towa explique que l’humanité se situe dans la liberté et la créativité. Autrement dit, c’est dans ces deux valeurs que se situerait sûrement l’essence de l’humanité.En effet, faisant le lien entre la « praxis radicale » (Id.) et la liberté en montrant que la première est « la forme la plus haute de la créativité humaine » (Id.), M. Towa peut conclure que « c’est dans et par le radicalisme que l’homme affirme avec le plus d’éclat son humanité. » (Id.) Transformée négativement, cette phrase soutient qu’hors du radicalisme, l’homme n’est pas encore vraiment homme. Or, l’Africain ne s’est pas encore élevé à la pensée et à la pratique radicale ; donc, il n’est pas (encore) vraiment un homme.Voilà que nous retrouvons de l’hégélianisme sous la plume de notre auteur ! Monsieur Towa soutient par ces mots une thèse coloniale, il est tempelsien : il faut apprendre aux Africains à être des hommes, à manifester l’humain « sous la forme la plus haute et la plus irrécusable. » (Ibid., p. 47-48) parce qu’ils en sont encore à un degré inférieur. Nous pensons que c’est à partir de cette grille de lecture problématique que certains critiques de M. Towa, dont MM. Fouda et Sindjoun-Pokam auraient lu le reste de l’Essai.

Mais deux autres phrases viennent semer de nouveau le doute dans l’analyse sévère que nous avons faite des propositions de l’Essai. Monsieur Towa écrit en effet à la page 48 de ce livre que : « La révolution fait mieux que nous restituer notre passé : elle nous restitue notre humanité, fondement de notre passé. Le culte de la différence s’arrête au passé et manque l’humanité, celle qui fut et celle qui serait encore possible. » (Nous soulignons).Finalement, cette « essence » est-t-elle un simple problème de terminologie surtout que dans L’idée M. Towa lui préfère l’autre mot de « tradition » ?


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