MARCIEN TOWA ET L’IDÉE DE PASSÉ

J’ai présenté cette communication sur l’invitation de mon ami et frère: David Samuel MAKA MPONDO qui m’a fait l’honneur d’entretenir ses élèves. Je l’en remercie vivement. Je ne publie ici que le résumé, car j’estime que les idées que j’ai développées lors de cette communication sont révolutionnaires pour ce qui est d’une nouvelle compréhension de la pensée de Marcien Towa. J’estime donc que je dois les réserver pour un endroit qui les exposera mieux, à savoir un livre.
J’ai été agréablement surpris de l’enthousiasme des élèves pour la « poésie » que je leur ait servie, et j’aimerais leur dire merci de m’avoir écouté et d’avoir rehaussé l’éclat de cette journée par leur présence (jusqu’à 18h).

MARCIEN TOWA ET L’IDÉE DE PASSÉ

Communication à une Conférence organisée

pour la 12è Journée Internationale de Philosophie

au Collège Polyvalent Bilingue de Douala à Yassa

par

Jean Eric BITANG

Centre Ahmès

RÉSUMÉ

 

L’occasion qu’offre une Journée internationale est souvent un bon prétexte pour engager ou réengager la discussion sur des sujets aussi divers que variés. En ce qui nous concerne aujourd’hui, il s’agit de la 11è journée internationale de Philosophie qui nous amène à nous intéresser aux rapports qui existent entre la Philosophie et l’Histoire. Chacun de ces deux termes pris en soi est déjà difficile à définir, et le travail préliminaire d’élagage conceptuel prendrait peut-être plus de temps que la réflexion elle-même. Pour minimiser les difficultés liées à chacune de ces notions, nous utiliserons des définitions sommaires qui doivent permettre de comprendre intuitivement ou presque, le sens de notre propos. Nous disons ainsi que l’Histoire est avant tout l’étude du passé et l’étude des conséquences de ce dernier sur le présent et pour le futur. Que serait la philosophie ? Si l’on en croit Marcien Towa et l’histoire générale de la philosophie, on pourrait retenir que cette discipline est une exigence de critique qui aboutit à la saisie de notre être-dans-le-monde et à la place que nous devons avoir dans celui-ci. La philosophie a donc pour tâche de rendre le monde « lisible » de la même façon que la science, mais d’une autre manière. La science s’attache en effet à rendre le monde extérieur préhensible par la technique, alors que la philosophie le rend préhensible par la pensée. Science et philosophie apparaissent dans cette optique comme les deux faces du même commandement du Dieu Juif à Adam et Ève: « soumettre la terre ». Mais ce qui nous intéresse ce n’est pas ce rapport entre science et philosophie, mais le rapport entre science et histoire. Comment articuler ce rapport à partir des deux définitions sommaires que nous venons d’en proposer ? La grande question générale qu’on peut déduire de ces définitions serait celle de savoir le rapport que nous devons entretenir avec notre passé. Mais la généralité de cette question n’est pas sans poser de difficultés parce que les philosophes traitant d’un pareil thème sont nombreux alors que le temps imparti à notre réflexion est court : il faut donc opérer un choix. Ce choix nous est dicté par notre définition de la philosophie héritée de Marcien Towa. La philosophie doit résoudre nos problèmes et élucider notre être-dans-le-monde. Or, ce « notre », ici, à Douala, au Cameroun, c’est l’Afrique. En plus, la philosophie n’a de sens que si elle parle aux hommes de leur situation, et notre situation, ici, n’est pas celle de l’homme ailleurs. On peut même aller plus loin : la situation de plupart de ceux qui m’écoutent ici est celle d’être des personnes qui vont affronter dans quelques mois la redoutable, mais de moins en moins redoutée épreuve de Philosophie au Baccalauréat. La tâche du philosophe qui vous parle serait donc celui de vous fournir des armes, ou moins militairement, des grilles de lecture, pouvant vous permettre de triompher de ce qui peut apparaître comme difficultés avant cette épreuve cruciale. Voilà que notre spectre s’en trouve grandement diminué et nous n’avons en ligne de mire que MM. Njoh-Mouelle et Marcien Towa qui sont les deux philosophes qui sont les plus proches de vos préoccupations immédiates.Mais le Njoh-Mouelle de « L’essai sur la signification humaine du développement » n’est pas vraiment célèbre pour avoir développé une réflexion sur le passé, mais plutôt sur ce que serait l’exigence, c’est-à-dire le « sens » d’un véritable développement. Marcien Towa au contraire passe pour vilipender le passé. Ne se réclame-t-il pas d’ailleurs de l’iconoclasme, c’est-à-dire de la critique radicale des fruits du passé, idées communément reçues, parmi lesquelles la tradition et la religion ? On suppose donc d’ordinaire que Marcien Towa tient le passé en horreur parce qu’il écrit par exemple dans l’Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle que« …pour s’affirmer, pour s’assumer, le soi doit se nier, nier son essence et donc aussi son passé. » (Towa M., Essai, Yaoundé, CLÉ, p. 42. Nous soulignons). Mais qu’est-ce que Marcien Towa entend par passé ? Que veut-il dire lorsqu’il invite à s’en détourner ? L’iconoclasme révolutionnaire est-ce vraiment un rejet du passé ? La philosophie de Towa peut-elle être résumée en un « conformisme occidentaliste » ? La critique d’ « extraversion pro-occidentale » qui « encombre » l’Essai dont Nsame Mbongo se fait l’écho (Nsame Mbongo, « Le rationalisme progressiste : la voie philosophique de Marcien Towa et ses difficultés », in Njoh-Mouelle et Kenmogne É.(éd.),Philosophes du Cameroun, Yaoundé, PUY, p. 191.) se fait l’écho ne doit-elle pas être relativisée ? Telles sont les questions qui structurent l’intérêt que nous avons à parler de la relation de Towa au passé. Nous voulons montrer d’abord que l’idée que l’on se fait du passé chez Marcien Towa est excessivement sommaire et ne prend pas en compte toute la profondeur conceptuelle que ce terme a dans l’Essai. Nous avons ensuite à déployer cette profondeur et la porter au grand jour. Mais comme « Déterrer une philosophie ce n’est pas encore philosopher » (Towa M., Essai, p. 29), il nous faudra interroger cette théorie pour voir si elle nous permet de rendre le monde compréhensible, ce qui est, ainsi que nous l’avons déterminé, le but principal de la philosophie.

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