J’ai vu Marcien Towa

 

Dédicace de "L'essai sur la problématique philosophique dans l'Afrique actuelle"

  Dédicace d' "Identité et transcendance" Dédicace de "L'idée d'une philosophie négro-africaine"Je dois avouer que l’envie de voir mon principal inspirateur occupait de manière presqu’exclusive mon esprit depuis plusieurs années déjà, depuis que j’avais entrepris d’écrire un livre pour clarifier le débat au sujet de ce que M. Malolo Dissakè nomme le « revirement spectaculaire » de la pensée de M. Towa. Comme vous le savez, l’année dernière, j’avais eu le privilège de rencontrer M. Njoh-Mouelle, et j’ai été fortement marqué par l’échange que j’ai eu avec lui. J’ai bien failli être découragé par les nombreuses difficultés qui ont jalonné mon parcours jusqu’à ce Maître de la pensée philosophique moderne. Tout s’est accéléré lorsque j’ai rencontré un de ces enfants sur Facebook. Ce dernier m’a donné le numéro de sa mère, et c’est par elle que j’ai pu pour la première fois entendre la voix de M. Towa.

La première chose que je dois dire sur Mme Towa, c’est qu’elle a une voix douce, très douce. Ensuite, cette douceur de la voix est accompagnée par une véritable gentillesse. Elle a été tout de suite disposée à me proposer une rencontre avec son mari. J’ai été marqué par cette figure qui n’entretenait pas le « mystère » autour d’un grand auteur, mais qui, au contraire, le rendait accessible.

Parlons maintenant de M. Towa lui-même et de notre rencontre. J’ai appelé Mme Towa le 30 décembre 2013 et elle m’a obtenu un rendez-vous avec son mari le lendemain pour 11h. Sachant que j’étais encore à Douala, j’ai proposé qu’on se voie plus tard, et M. Towa a donc proposé 14h. Le voyage pour Yaoundé n’a pas été évident. Je suis sorti de chez moi à 7h du matin, mais à cause d’énormes bouchons, je ne suis arrivé à l’agence qu’à 8h. Une fois rendu à l’agence, il m’a fallu 2h pour embarquer. Je suis donc quitté de Douala aux environs de 10h et dès cet instant j’ai eu des doutes quant au fait que j’arrive à Yaoundé dans les délais. En effet, ce n’est qu’à 14h et demie que j’ai attend Mwan, et j’ai dû réquisitionner un taxi pour me rendre le plus rapidement possible au domicile de mon hôte. Heureusement, vers 13h, présentant mon retard, j’ai pris soin d’en informer Mme Towa, qui, naturellement, avec la gentillesse qui la caractérise, m’a fait savoir qu’elle et son mari m’attendaient quelle que soit l’heure à laquelle j’arriverais. Je suis finalement arrivé à 15h au domicile de M. Towa en suivant les indications ultra claires de son épouse qui m’a littéralement fait un dessin de l’itinéraire que je devais suivre pour m’y rendre.

Dédicace de "Léopold Sédar Senghor: négritude ou servitude?"

Je suis arrivé au portail, j’ai sonné ; une jeune fille est venu m’ouvrir et m’a fait asseoir au salon situé sur la terrasse de la maison. J’ai pris place, tout excité à l’idée de voir le Maître que je n’ai jamais eu. Quelques minutes plus tard, il apparaît : un homme, grand, bien plus grand que moi malgré son dos vouté ; les cheveux blancs jusqu’aux racines ; le regard bienveillant ; la démarche gracieuse ; le visage fort bien que transcrivant de l’épuisement ; on sent bien que l’avenir est derrière lui. L’homme me sert la main d’un air joyeux et enjoué : sa main est ferme. Je réalise à l’instant que j’ai en face de moi le grand Marcien Towa, l’unique, le seul, le célèbre philosophe à qui je dois cette volonté farouche d’en découdre avec tout ce qui maintient l’homme sous un joug écrasant : je souris, il me répond favorablement. Je me sens à l’aise. Je lui parle de l’ardent désir qui m’a poussé à venir le voir et de l’autre désir tout aussi ardent qui me brûle de contribuer à enrichir sa doctrine. Il acquiesce. Je lui rappelle que j’avais déjà cherché à le voir par l’entremise de M. Mbélé à qui j’avais passé un exemplaire de mon essai le concernant : il se rappelle. Il me présente (en exclusivité ?) l’essence de son nouveau livre à paraître bientôt : Dialectique du mégacycle des civilisations industrielles dans lequel il expliquera sa théorie concernant l’évolution du monde à travers ses divers mégacycles. Il en distingue trois : le mégacycle des civilisations lithiques et le mégacycle des civilisations agro-pastorales qui ont leur lieu en Afrique, mais surtout le mégacycle des civilisations industrielles qui a son origine en Angleterre. Selon M. Towa, ce dernier mégacycle se caractérise par la volonté de domination du monde, et c’est cette volonté de domination qui plonge le monde dans une lutte dialectique pour la survie. Cette lutte ne sera terminée qu’au moment où toutes les civilisations du monde – Occidentale, Chinoise, Latine et Afrique – arriveront à coexister de manière pacifique. Comment cela est-t-il possible ? Il faut que les autres civilisations s’arriment à la science et la technologie pour permettre de résister à l’impérialisme des civilisations industrielles. Je suis assez content de cette nouvelle, car elle montre bien que le questionnement de l’Essai sur la problématique philosophique dans l’Afrique actuelle ne l’a jamais quitté.

Mon ami Yannick Essengué m’avait demandé de poser une question à M. Towa. Il s’agissait de son sentiment sur la production philosophique actuelle. À ce sujet, je suis déçu, mais pas surpris que sa position n’ait pas changé. Il soutient toujours la distinction radicale entre d’une part le mythe et d’autre part la raison. Même si l’ethnophilosophie n’est plus d’actualité, il remarque néanmoins que certains auteurs ont pris la voie de l’irrationalisme dans la veine ouverte par Meinrad Hebga. Pour lui, les auteurs africains gagneraient à concentrer leurs efforts sur le rationalisme, c’est-à-dire sur l’usage de la raison plutôt que dans les mythes qui ont pour conséquence d’inhiber la force créatrice humaine. La philosophie africaine est donc toujours idéologique : elle est le théâtre de cette lutte acharnée que se livrent rationalisme et irrationalisme.

J’en profite pour lui demander sa position par rapport à Dieu. Il me répond : « Je crois en Nzambe, pas en Dieu », Dieu c’est-à-dire l’institution occidentale qui a ses racines en Judée. Il refuse donc en premier l’origine étrangère de la religion chrétienne – et je crois pouvoir inférer cette situation à l’Islam. Ensuite il refuse l’idée que l’homme est une créature de Dieu. Suivant la cosmogonie Ékang qu’il m’expose, il soutient plutôt que l’homme est le « descendant » d’un ancêtre primordial. Il en profite pour faire le rapprochement entre cette cosmogonie Ékang et les cosmogonies Égyptiennes. Je lui demande pourquoi il n’a jamais exposé cette réflexion au sujet de la croyance et de la religion dans aucun de ses livres : il sourit. Nous avons parlé de beaucoup d’autres choses et j’ai fait beaucoup plus de choses que je n’en dis, mais si je peux retenir une seule chose de cette rencontre, c’est la disponibilité du couple Towa et je dois dire de la famille Towa, car je dois y inclure Patrice. Je suis très content d’avoir enfin pu rencontrer M. Towa et j’espère le revoir rapidement pour pouvoir discuter encore avec lui de choses qui me tiennent à cœur.

Douala, 06 janvier 2014.

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