Les débats stupides

 

Un plateau,

Pas d’arachides,

Une modératrice qui modère davantage ses cheveux que le débat.

Des protagonistes,

mais doit-on vraiment les appeler comme ça ?

Un professeur illettré prend la parole et soutient mordicus que la jeunesse a la fainéantise dans le sang ;

Un fainéant lui répond dans l’optique de contrecarrer cette thèse.

Mais au final il ne fait que la confirmer.

Il invoque sa terre natale,

Comme quoi on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

Tous y passent :

Naturellement, papa et maman.

Ce fainéant se défend en arguant que de temps en temps,

le temps des vacances,

le temps du grognement d’un tam-tam,

il se fait salir les mains par la boue du village et les sillons des champs ;

Que chantant la vie il enceinte le sol ;

Sentant sa sueur il savoure la récolte

De quelques épis de maïs,

D’une ou deux doses de farine ;

Un peu d’huile ci et là

Quand on peut, c’est des cacahuètes,

Eh, pardon, des arachides, comme on dit ici.

Et le fainéant bombe le torse et fait le fier :

« Je ne sais combien coûte un litre d’huile »

Mais son mensonge le rattrape et il ajoute la nuance qui doit assurer le respect de l’illettré d’en face :

« Enfin, quand je suis dans mon village »

Car cet épris de campagne préfère quand même la ville.

Son excuse est sûrement toute trouvée :

Les études l’y ont menées et l’y maintiennent.

L’auditoire semble applaudir,

L’illettré acquiesce,

Le fainéant reçoit sa friandise et remue la queue.

Dans cette ambiance clownesque,

un seul personne a raison,

c’est-à-dire a le courage de mettre en accord ses dires et ses actes :

une fille,

elle déclare à haute et intelligible voix qu’elle déteste le travail manuel.

L’illettré se rue sur elle et la stigmatise :

Voilà l’exemple qu’il cherchait.

Cette fille montre que la jeunesse est adepte de la fainéantise.

Il faut quand même défendre cette fille car elle échoue à le faire elle-même.

N’ayant pas la force nécessaire pour se défendre, elle s’est fait emporter par le tourbillon de contestation qu’elle a déclenché.

Mais cette moutonne noire n’est ni moutonne ni noire :

Dans ce débat de gens ivres, elle est la seule qui parait lucide.

Pourquoi faudrait-t-il absolument se salir les mains avec de la terre pour qu’on nous reconnaisse un ardent désir de travailler ?

Les mains des politiques sont-t-elles vraiment moins sales que celles des fermiers ?

Le travail n’est-il qu’en rapport avec la terre ?

N’est-il que manuel ?

Ne puis-je garder mes mains propres tout en salissant mon cerveau ?

Ou, mes mains ne peuvent-t-elles êtres salies, mais avec de l’encre ?

Faut-il absolument côtoyer les vers de terre et les excréments d’animaux divers pour « travailler » ?

À l’évidence, nos débatteurs sont soit chrétiens soit fortement inspirés par cette doctrine, puisque le Dieu chrétien punit ceux que les Juifs disent être nos ancêtres, à travailler pour vivre, c’est-à-dire à côtoyer la terre.

Pour ce Dieu, travailler est synonyme de travailler la terre, c’est-à-dire de travail manuel.

Il lui manquait un peu d’inspiration et d’intelligence s’il ne pouvait voir qu’Adam et Ève travaillaient déjà en nommant les animaux…

Moi aussi je déteste la terre,

Je n’éprouve aucun plaisir à tremper mes mains dans la boue et à me trouver maculé d’excréments.

L’agriculture n’aura un sens dans ce pays que lorsqu’elle sera moderne,

lorsqu’on cultivera son champ en trois pièces et parfumé,

lorsque le rhumatisme cessera d’être la rançon du fermier,

lorsque les tracteurs feront le travail des hommes,

lorsque les pileuses seront battues par les batteuses,

lorsque la houe ne servira plus qu’à raconter des histoires,

lorsque la machette sera relégué dans la préhistoire,

lorsque le champ sera une aventure et non une torture.

À ce moment, je comprendrais que mon pays mise sur l’agriculture.

Je ne parle pas de cette activité bizarre qu’on pratique derrière la case familiale armé de ses muscles et de bâtons.

Je ne parle pas de ce primitivisme qu’on entretient au nom du travail,

de cette chose qui fait de l’homme un animal,

de cette chose qui détruit plus qu’elle ne crée.

Une telle chose, j’affirme mon droit de la mépriser !

Suis-je alors un fainéant parce que j’ai choisi de transpirer par la tête plutôt que par toutes les pores de mon corps ?

Que j’ai troqué ma machette contre un stylo ?

Que ma hotte est un cartable rempli de papier ?

Mon grenier une bibliothèque ?

Suis-je un fainéant parce que je récolte des mots plutôt que des pommes de terre ?

Que les sillons que je trace ne déforment pas la terre, mais la surface des livres ?

Que je plante des idées plutôt que des graines ?

Que je sème dans le vent plutôt que dans la terre ?

Que je récolte des théories plutôt que des épis ?

Est-ce vraiment là la voie de la facilité ?

Si oui, notre Professeur est bien illettré…

 

 

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