Archive pour mars 2014

D’une Préface « maladroite »…

M. Nsame Mbongo a écrit dans sa Contre-histoire de la philosophie que la « Préface » d’Identité et transcendance « commise » par M. Ndzomo-Molé était « maladroite » et que ce malheureux « préfacier immature » n’avait pas la carrure nécessaire pour parler de « l’insignifiance de l’opposition entre matérialisme et idéalisme en philosophie »[1]. Notre but n’est pas ici de raviver la querelle commencée en 2006 avec un article de M. Nsame Mbongo dans Philosophes du Cameroun, mais il ne serait pas anodin de s’interroger sur la valeur de cette « Préface ». L’idée même de rédiger une Préface à ce livre était-t-elle vraiment nécessaire ?

Ce qui frappe une fois qu’on a Identité et transcendance entre les mains, outre le nom de M. Towa, c’est la petite inscription en dessous du titre qui domine la première de couverture : « Préface de Joseph Ndzomo-Molé ». La première question que nous nous sommes posé était celle de l’utilité de cette préface. Pourquoi en effet rédiger une Préface ? Le livre ne se suffisait-t-il pas à lui-même ? M. Towa n’est pas un habitué des préfaces. Sur ce point au moins tout le monde sera d’accord pour reconnaître qu’il n’est pas hégélien. Nous avons alors supposé que la Préface de l’éditeur devait remplir certaines exigences : expliquer le retard de publication du livre par exemple et expliquer la nécessité de le publier ou au moins l’occasion ou les occasions qui ont poussé à le faire sortir des tiroirs du maître ; faire le point par rapport aux idées défendues par l’auteur dans son texte ; reconstruire le(s) lien(s) entre Identité et transcendance et les œuvres plus connues de M. Towa ; établir la logique du discours ; clarifier les notions ; etc. Peu de ces exigences sont remplies par le préfacier-éditeur.

Au début de la Préface, M. Ndzomo-Molé explique rapidement pourquoi faut se féliciter de la « publication, quoique tardive, de cette thèse de Doctorat d’État soutenue trente-quatre ans plus tôt »[2]. La raison principale de M. Ndzomo-Molé est qu’ « à la différence de la plupart des autres [thèses], elle [la thèse de M. Towa] apporte sa contribution au patrimoine philosophique des idées, dans un contexte dominé par l’éthique du mandarinat universitaire, où il est plus courant de se spécialiser dans la pensée d’un auteur prestigieux, et de s’en vanter toute une carrière durant, et même après. »[3] Pourquoi ne l’avoir donc publié que si tard si la valeur de cette thèse était autant immense ? Est-ce par pur hasard que le livre paraît l’année même où l’auteur fête ses 80 ans ou cette occasion était-t-elle un heureux prétexte pour lui rendre hommage ? Sur ces questions, le préfacier reste muet. Plutôt, après avoir rappelé la problématique de la thèse, M. Ndzomo-Molé refait le procès de Senghor. Était-ce bien nécessaire ? Les arguments du philosophe d’Endama n’ont-ils donc pas eu raison du natif de Joal ? Si tel est le cas, pourquoi s’en prendre à un macchabée ? Et si les arguments de M. Towa étaient impuissants à faire taire le senghorisme, pourquoi ne pas les discuter directement ? Les pages consacrées à cette « discussion » de Senghor nous ont semblé superflues à souhait, tout comme le commentaire du commentaire towaïen de Descartes. Lorsque le préfacier-éditeur nous rappelle, « à toutes fins utiles »[4] la règle de l’évidence intellectuelle de Descartes, il nous semble sous-estimer grandement les lecteurs d’Identité et transcendance qui ne sont sûrement pas des tabula rasa philosophiques. Par cette méprise, sa Préface s’engage dans la « perspectives scolaire »[5] qu’il loue M. Towa de ne pas suivre. M. Ndzomo-Molé se propose de nous exposer l’idée d’identité, mais au final son commentaire ne dépasse guère le texte de M. Towa qu’il cite d’ailleurs abondamment. Pourquoi donc écrire une Préface qui est sensée pénétrer la pensée de l’auteur si c’est, encore, pour le répéter de manière quasi automatique ? Lorsque Kostas Papaoiannou rédige sa Préface à La raison dans l’Histoire (Paris, Plon, coll. 10/18, [1822-1830]1965),il serre Hegel de tellement près sans y faire référence de manière directe, que la substance conceptuelle de son texte nous est livrée avec une étonnante fraîcheur. Cette Préface n’est guère un « ruminement » des idées de Hegel, mais la volonté d’en faire éclater la conceptualité. Lire une telle Préface enrichit le lecteur d’un commentaire puissant de l’auteur. Malheureusement, la Préface de M. Ndzomo-Molé semble ne pas être de cet ordre puisqu’elle ne donne aucun regard méta-towaïen du texte et son commentaire n’insiste que très timidement sur les concepts déployés dans Identité et transcendance. Lorsque M. Ndzomo-Molé fait référence à L’idée d’une philosophie négro-africaine, le lecteur s’attend à ce qu’il insiste sur le rapport entre les deux livres, mais le commentaire tourne court un peu trop brusquement.

Enfin, l’idée même d’une Préface de même que le fait de porter la mention « Préface de Joseph Ndzomo-Molé » jusque sur la couverture du livre d’un auteur comme M. Towa nous semble trahir un manque de sobriété et de modestie. Une Préface est sensée apporter, souvent, du crédit à un livre. Ce n’est pas un hasard si elle est, en général, l’œuvre d’une autorité – plus grande que celle de l’auteur si l’auteur est un débutant ; ou reconnue comme telle si l’auteur est un classique. Mais M. Ndzomo-Molé peut-t-il se prévaloir d’être une autorité du niveau de M. Towa que ce soit dans la pertinence des idées ou le tranchant du commentaire ? Pour toutes ces raisons, une « Postface » nous aurait semblé plus modeste et la suppression de cette mention inutile en première de couverture de l’ouvrage, plus sobre. Mais cette préface maladroite cache autre chose de maladroit. C’est ce que nous verrons dans un autre article.

[1] Voir Nsame Mbongo, La personnalité philosophique du monde noir. Contre-histoire de la philosophie, t. 2, Paris, L’Harmattan, 2013, p. 287, note. Tous les mots entre guillemets sont de l’auteur.

[2] Ndzomo-Molé J., Préface à Towa M., Identité et transcendance, Paris, L’Harmattan, 2011, p. 7.

[3] Idem.

[4] Ibid., p. 12. Mais utiles pour qui ou pour quoi ?

[5] Ibid., p. 14.

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