À PROPOS D’UNE RENCONTRE AVEC LE CLUB ACHILLE MBEMBÉ (III)

III

Remarques conclusives

 

  1. Prendre le temps de lire

Cette première remarque s’adresse surtout à ceux des membres de l’ACDIS – ou pas – qui voudraient s’épargner la lourde et rude tâche de côtoyer les auteurs pour élever péremptoirement un esprit asséché au niveau des esprits nourris par l’esprit. Ce n’est que l’esprit qui nourrit l’esprit, et un esprit non nourri des autres a tôt fait d’exposer sa vacuité. Les membres de l’ACDIS doivent donc rester fidèles à leur devise qui pourrait d’ailleurs être la devise de tout intellectuel qui se veut un peu sérieux. Je fais mieux que présumer que les membres de l’ACDIS sont des personnes auxquelles on peut faire confiance en ce qui concerne la connaissance et l’envie sincère d’être « amis » avec elle. Mais être ami avec la connaissance nécessite de la patience, la patience de suivre cette dernière à travers ceux de ses « amis » qui nous ont précédés.

  1. Prendre le temps d’écrire

Je n’écris cette remarque qu’à l’attention des jeunes intellectuels qui seraient obsédés par le « nombre » de livres écrits plutôt que par la qualité de ces derniers. Ceux qui situeraient la valeur du livre dans le nombre de pages de ce dernier ou la valeur du philosophe aux nombres de livres écrits. J’ai eu le temps de jeter un coup d’œil – je n’ai lu d’aucune manière que ce soit – sur le troisième livre de M. Erick Kuété et à mon avis, si ses deux premiers livres sont à l’image de cette Apologie de l’action, il y a lieu de s’inquiéter. Il semble en effet que l’auteur n’ait pris ni le temps de lire, ni le temps d’écrire. Commençons par le premier point.

À en juger par la taille de son livre (un peu plus de 90 pages) et par la mise en page de ce dernier (ce qui m’a semblé être la police « Times new roman », 12, avec un interligne supérieur à 1), Erick Kuété n’a pas discuté de beaucoup d’auteurs traitant du sujet de l’action. Je sais par exemple de simple mémoire que Maurice Blondel se penche sur cette question, et un simple commentaire de ce dernier aurait déjà donné beaucoup de grain à moudre. Plus proche de nous, Le Consciencisme de Kwame Nkrumah apparait comme une autre source d’informations. J’espère au moins que l’intéressé a discuté des modalités de l’action chez un auteur comme Marcien Towa. Une simple revue de ces auteurs aurait peut être conduit l’auteur à adopter une mise en page raisonnable, c’est-à-dire qui ne privilégie pas le « nombre » au « contenu » du livre. Car insérer un interligne aussi important dans un livre aussi petit ne signifie rien d’autre à mon avis que le fait que l’auteur n’avait pas autant de choses à dire qu’il aimerait nous le faire croire. Je sais par exemple que d’ordinaire, les auteurs s’en prennent aux marges ou à la taille de la police pour rentrer dans les quotas de pages requis par l’éditeur. Pour cette Apologie, il m’a semblé que c’est le procédé inverse qui ait été privilégié.

Naturellement, l’on ne peut prendre le temps d’écrire que si on a pris le temps de lire. Cette second point intervient donc pour compléter le premier et s’appuie sur la supposition qu’Erick Kuété a effectivement pris la peine de lire une bonne quantité d’ouvrages traitant du problème de l’action. À mon avis, un problème aussi sérieux que l’action ne peut pas conduire à un traitement aussi rapide que ce qu’il ma semblé voir chez Erick Kuété. Mais je ne puis m’avancer plus loin dans ces hypothèses puisque je n’ai pas moi-même pris la peine et le temps de lire le livre en question. Je suspends donc mon jugement jusqu’à la lecture de cette Apologie. Je reste néanmoins convaincu qu’il y aurait sûrement eu beaucoup plus de choses à dire sur le sujet que ce qui me semble avoir été dit par l’auteur au sujet de l’Action.

  1. Remarque finale

D’une manière générale, l’ACDIS, ses Statuts, ses initiatives et ses Membres m’ont laissé une très bonne impression et il serait souhaitable que ce genre de projets menés par des Jeunes de notre pays voit de plus en plus le jour en intensifiant le potentiel intellectuel de ceux qu’on considère désormais à tort comme des « bons à rien ». L’ACDIS oppose un sévère démenti à cette thèse scandaleuse alors même que beaucoup de nos pairs adoptent une conduite qui semblent la fonder en raison.

Jean Éric Bitang,

Douala le 10 octobre 2014.

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