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À PROPOS D’UNE RENCONTRE AVEC LE CLUB ACHILLE MBEMBÉ (I)

I

Remarques liminaires

 

  1. Sur l’ACDIS

Du Vendredi 03 octobre au dimanche 05 du même mois de l’année 2014, j’étais à Yaoundé pour répondre à une invitation du Club Achille Mbembé. Ce Club m’avait invité à participer à une conférence à propos de L’idée d’une philosophie négro-africaine de Marcien Towa. Si je me réfère au prospectus que j’ai reçu ainsi qu’aux différents discours des intervenants, le Club Achille Mbembé est une initiative de l’ACDIS (Association pour la Conservation et la Diffusion du Savoir), tout comme « L’INTELLIJeuneTSIA », ou la série de lecture et partages « J’ai lu…et j’en parle », appelée encore « Shareading ».

La première chose que je peux dire concernant ce Club est que les Jeunes qui l’ont mis sur pieds sont des « battants » et des gens qui ont une vision claire de ce que doit être la jeunesse : le véritable moteur intellectuel de la nation. L’idée même de rassembler les Jeunes – et les moins Jeunes – autour de questions intellectuelles orientées à partir de lectures d’ouvrages est une initiative qu’on ne peut qu’apprécier. « Promouvoir le livre et la lecture en milieu jeune » : tel est d’ailleurs « l’objectif majeur » avoué de l’ACDIS. La Conférence ne m’a pas confirmé autre chose si ce n’est que les initiatives de l’ACDIS sont à la hauteur des talents de leurs membres. Je pense notamment à Félix Tatla Mbetbo qui a proposé une lecture brillante de L’idée d’une philosophie négro-africaine à l’auditoire, et à Marius Fonkou qui a fait bien plus que simplement « modérer » le débat. C’est avec un réel plaisir que j’ai eu à découvrir l’extraordinaire générosité intellectuelle d’Hervé Nzouabet ainsi que sa très appréciable sociabilité. D’une manière générale, l’ACDIS m’a laissé une très bonne impression, tant par le caractère de ses initiatives que par le dynamisme dévoué de ses membres. Une telle initiative ne peut, ne doit qu’être encouragée.

  1. Sur le soutien constant de Njoh-Mouelle à la jeunesse intellectuelle camerounaise

Il eût été surprenant qu’une telle initiative de la jeunesse n’ait pas suscité l’attention ou la curiosité d’intellectuels reconnus. Ma surprise fut donc moyennent grande lorsque j’appris déjà assis dans son siège de conférencier, que le Professeur Njoh-Mouelle faisait mieux qu’être « présent » dans la salle de conférences de la médiathèque de l’Institut Français du Cameroun à Yaoundé. En fait, il se trouve être le Parrain de cette Association. Je ne fus ensuite guère surpris par le fait qu’il ne réclama aucun honneur – ce que personne d’ailleurs ne lui aurait refusé – et qu’il se retira au fond de la salle, laissant les principaux intervenants sous le feux des projecteurs. Il déclara à un Membre de l’ACDIS voulant lui faire prendre la « première place », « je vais m’asseoir derrière ». Cette phrase, prononcée avec sincérité n’est rien d’autre qu’une des multiples preuves de la grande gentillesse et de l’authentique humilité qui caractérise le philosophe. J’avais déjà souligné ces traits de caractère embellissants chez M. Njoh-Mouelle dans un article qui retrace le film de ma première rencontre avec lui. J’ai aussi remarqué chez Towa comme chez M. Njoh-Mouellé, cette même disposition à accueillir et à ne point frustrer. Il semble malheureusement que ces qualités aient de moins en moins droit de cité dans notre milieu universitaire, ce qui transforme en un véritable exploit ce qui dû être d’une extrême banalité du temps de la jeunesse des auteurs cités. C’est que M. Njoh-Mouelle a su rester jeune, c’est-à-dire qu’il a su conserver cette formidable aptitude à s’émerveiller que nous perdons de manière for déplorable avec le temps. « La Jeunesse » : tel aurait peut être d’ailleurs pu être un chapitre de De la médiocrité à l’excellence. Et ce serait assurément une grande injustice que ne tolèrerait pas M. Njoh-Mouelle si je continuais de parler de lui plutôt que de mettre en lumière les principaux intéressés. Revenons donc à la Conférence proprement dite et principalement au « Débat » qui a suivi de manière formelle – c’est-à-dire sous la baguette modératrice de Marius Fonkou – et informelle – au moment où nous allions dîner tous ensemble après les « hostilités ».

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NJOH-MOUELLE ET L’IDEE DE MODERNITE

Nota: Je ne publie ici qu’une partie de ma réflexion.

 

Dans son désormais célèbre « Essai sur la signification humaine du développement », M. Njoh-Mouelle consacre une partie de sa réflexion à l’idée de modernité. Il s’agit précisément du cinquième chapitre dudit ouvrage. Dans ce dernier, M. Njoh-Mouelle expose la vision de la modernité qui doit être contenue dans l’idée de développement. En insistant sur la dialectique de la modernité et de la tradition, il distingue certaines idées de « modernité » qui s’apparenteraient davantage à des freins qu’à des moyens d’évolution vers l’excellence.

En effet, dans le premier temps de ce chapitre, M. Njoh-Mouelle souligne une distinction fort utile entre d’une part, une idée exclusivement temporelle de la modernité, et d’autre part, une conception plus technique de cette même modernité. Aussi écrit-il à juste titre :

 « Rigoureusement,  moderne se dit de ce qui appartient au temps présent ou à une époque relativement récente. C’est ce qui est actuel et contemporain par opposition à ce qui est peut-être dépassé ou démodé. »[1]

En réalité, ce « rigoureusement » est moins rigoureux qu’il n’y paraît puisque le philosophe de Wouri Bossoua précise immédiatement que « Nous entendons bien établir une distinction entre ce qui est dépassé et ce qui est simplement démodé. »[2] Ce qui précède signifie qu’il faut distinguer dans le passé qui semble être l’opposé de la modernité, ce qui est réellement passé et ce qui n’est simplement plus à la mode. Cette distinction introduit un autre critère – peut-être même le plus essentiel – à prendre en compte dans l’appréciation du concept de modernité : le progrès.

C’est suivant cette idée de progrès en effet que ce qui est moderne doit être préféré à ce qui est ancien. Rigoureusement donc, la valeur de ce qui est moderne ne se lit pas dans le fait qu’il est plus « actuel », mais dans le fait qu’il répond d’une meilleure façon aux besoins « actuels » de l’homme. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la distinction qu’établit page 58, M. Njoh-Mouelle entre la faucille et la faucheuse mécanique. La faucheuse mécanique n’est pas simplement moderne parce qu’elle appartient à une époque plus récente que la faucille, elle est moderne parce qu’elle répond mieux aux impératifs de la récolte qui sont plus exigeants que du temps de la faucille. Par contre, une pareille exigence « technologique et scientifique » n’est pas visible dans le cadre des styles vestimentaires où le passage d’une mode à une autre peut se faire sans véritable « amélioration ». Au contraire, il est même possible qu’il y ait une réelle régression. C’est pourquoi « …tout ce qui est moderne ne représente pas  nécessairement un progrès par rapport à l’ancien et au traditionnel. Le modernisme peut être un progrès sur un point, une régression sur un autre point. »[3] Il ne faut donc pas que la modernité soit une valeur en soi et que le moderne soit doué de valeur en temps qu’il est moderne. Une telle attitude est du « snobisme » entendue comme « …la soumission inconditionnelle au présent, considéré en soi comme une valeur. »[4] Ce n’est pas une pareille idée de modernité qui peut enclencher le développement, et ce n’est sûrement pas d’une telle idée de modernité dont l’homme engagé dans la « bataille du développement » a besoin. Ce qu’il lui faut, c’est la modernité du deuxième genre, modernité de droit et non de fait ; modernité qui s’impose telle et non qui se pose telle. Une pareille modernité doit inclure un second critère en dehors de l’avancée technologique qu’on pourrait nommer progrès. Il faut que les instruments et les techniques modernes servent l’homme au lieu de se servir de lui. Il faut que la modernité soit au service de l’épanouissement de l’homme, sinon elle ne servirait rien d’autre que la barbarie. M. Njoh-Mouelle peut donc conclure que : « La modernité doit donc être, non pas une simple question d’adaptation formelle au présent, mais un souci d’amélioration réelle de la condition humaine. »[5]

A partir de cet objectif final de la « bataille du développement », il s’agit maintenant pour M. Njoh-Mouelle d’évaluer la pertinence des forces en présence pouvant aider l’Afrique à sortir de son état de torpeur. Ces forces sont doubles : d’abord la tradition, et ensuite la technologie. Mais la transition qui permet le passage du premier au second moment du texte est très intéressante. M. Njoh-Mouelle refuse le jugement dépréciatif a priori au sujet de la tradition, ainsi que le jugement appréciatif de la même espèce au sujet de la technologie. Son point de vue, plus nuancé, mérite à nos yeux d’être souligné :

« …non seulement face à cet objectif [l’objectif de la bataille du développement identifié plus haut], la tradition peut représenter une force négative et retardataire, mais encore le développement technologique lui-même comporte des risques d’aliénation pour l’homme. »[6]

C’est cette situation critique qui impose une analyse serrée des deux forces présentées plus haut. Et cette analyse, M. Njoh-Mouelle la commence avec la tradition. « La question qui se pose ici est celle de savoir dans quelle mesure les valeurs traditionnelles africaines peuvent nous aider à sortir du sous-développement et à réaliser le progrès, non seulement économique et social, mais moral. »[7] Mais pour évaluer la portée développementaliste des « valeurs traditionnelles », il faut d’abord définir la tradition. Ici aussi M. Njoh-Mouelle fait preuve de nuance. Il remarque qu’il y a en effet dans la tradition un aspect conservateur et réactionnaire. Toutefois, il souligne que le propre du « traditionalisme vrai est [de] rester constamment ouvert aux traditions nouvelles. »[8] Pourtant c’est dans ce caractère conservateur que M. Njoh-Mouelle identifie la valeur de la « tradition en tant que telle »[9], car le propre de la tradition est de sauvegarder l’unité de l’identité du peuple et de l’individu, identité sans laquelle il serait comparable à l’homme critique décrit par M. Njoh-Mouelle deux chapitres avant. Mais il y a ici une subtilité dans la compréhension que M. Njoh-Mouelle propose de la tradition.

Il est admis que la tradition doit transmettre quelque chose et veiller à ce que la chose transmise perdure par-delà les générations. Mais au lieu que cette chose à transmettre soit des attitudes, des pratiques, des us, M. Njoh-Mouelle voit plutôt « la même préoccupation pour l’humain. »[10] C’est pourquoi « …par-delà les traditions particulières, il y a la tradition universelle de l’humanité. »[11] Ce que sauvegardent les traditions particulières ce n’est pas donc pas selon M. Njoh-Mouelle des comportements spécifiques, mais plutôt le même souci universel pour l’homme. Bien qu’une pareille conception de la tradition soit séduisante et originale, il n’en demeure pas moins qu’elle peut prêter le flanc à une certaine ambigüité.

En effet, si le propre de la tradition par-delà les traditions particulières est de promouvoir l’humain, il faut qu’on s’accorde sur la question fondamentale de savoir ce qu’est l’homme. Diogène de Sinope avait été traité de tous les noms – et l’est d’ailleurs encore aujourd’hui par ceux qui veulent noircir les traits de la philosophie – parce qu’il avait posé la question fondamentale de la nature de l’homme. Si les traditions visent l’homme, alors ce ne sont pas des hommes particuliers, mais l’homme en tant qu’il est l’Idée même de tous les hommes que nous rencontrons tous les jours. Un tel homme existe-t-il et peut-on réellement s’élever au-dessus des considérations particulières pour saisir l’homme dans l’autre ? Si cet exploit est possible, alors nous sommes en possession d’un critère qui permet d’évaluer la valeur même des traditions, ce qui pose le problème de la hiérarchie des traditions et donc de la hiérarchie entre les hommes. M. Njoh-Mouelle ne s’est pas arrêté sur cette question sinon il aurait sûrement vu que ce que conservent les traditions ce n’est pas « la même préoccupation pour l’humain », mais la même préoccupation pour leur idée de l’humain, c’est-à-dire pour eux-mêmes. Aucune tradition ne préfère l’autre à elle-même – ce qui expliquerait peut-être en partie la situation des Africains, mais là est la substance d’une autre réflexion… – et ce qu’elles cherchent à conserver c’est leur propre être. C’est sur cette base traditionaliste que se sont opérés l’impérialisme et la colonisation.

Nous faisons l’hypothèse que la tradition occidentale est une tradition de domination qui pose que leur idée de l’homme doit remplir la terre et s’imposer à tous les peuples qui la peuplent. D’Alexandre le Grand à De Gaulle, c’est ce caractère dominateur qui a été transmis : ce caractère justement qui nie l’homme dans l’autre et ne le voit que chez soi. A contrario, la tradition africaine semble être plus moderne que celle occidentale parce qu’elle se montre – beaucoup moins qu’avant quand même – ouverte à l’altérité. Elle sait voir l’homme dans l’autre. De ce point de vue, ce n’est pas la tradition africaine qu’il faut chercher à moderniser, mais la tradition occidentale. Et ici, l’instinct d’autoconservation n’est pas un frein à la modernisation, mais un gage de sa conservation. C’est dans l’autre sens qu’il faut moderniser, humaniser.

Il n’y a donc pas de tradition universelle, ni au sens où ce serait des valeurs sensiblement identiques qui seraient transmises par-delà les spécificités, ni au sens de M. Njoh-Mouelle où se serait la préoccupation pour l’humain qui serait le fil conducteur des traditions particulières qui participeraient de cette manière à une sorte de ruse de la raison traditionnelle. Au contraire, il n’y a que des traditions particulières et ce qui est traditionnel est condamné à n’être que particulier. C’est cette particularité que M. Njoh-Mouelle entend par le vocable d’ « identité » qu’il remplace par celui d’ « humain » d’une façon assez peu compréhensible. L’identité, c’est la preuve d’altérité qu’affiche une tradition en face d’une autre. Si cette altérité venait à disparaître, ce serait la crise. Le meilleur exemple de cette crise est l’Afrique et la situation désastreuse dans laquelle elle se trouve. Parce que le « fil conducteur », la « personnalité identifiable » ou si on veut, la tradition de cette dernière a disparu, la bataille du développement semble être perdue d’avance, parce qu’elle va à la guerre sans armes ou, précisément, avec les armes de l’autre qui sont peut-être modernes, mais qui sont surtout gravement inadaptés pour ses besoins réels. Dans cette optique, la modernisation est à proprement parler une « aliénation » et le chemin qu’on présente à l’Afrique n’est pas la voie du salut, mais bien celle de la perdition. Aucun développement ne peut se faire, et aucun ne se fera en Afrique ou ailleurs, sans tradition. Aussi curieux et contradictoire que cela puisse paraître, il faut reculer pour mieux avancer ; or l’Afrique ne recule pas et tous les programmes qu’elle propose ou qu’on lui propose, ne tiennent pas en compte le fait qu’il lui faut reculer. Finalement, la modernité peut être dans le passé plutôt que dans le présent, si c’est dans le passé que se trouve la réelle préoccupation moderne du bien-être de l’homme. De la même manière, il n’est pas tout à fait exact que le traditionalisme vrai est celui qui reste ouvert aux autres traditions. En réalité, il n’est pas nécessaire que la tradition s’ouvre puisque l’ouverture à la tradition de l’autre peut être fatale. Il est plutôt nécessaire que la tradition reste ouverte à l’ouverture dans le sens de l’amélioration de l’épanouissement de l’humain. En d’autres termes, il faut qu’elle reste ouverte à elle-même puisque l’humain est sa préoccupation fondamentale. C’est lorsque la tradition se ferme à elle-même et non lorsqu’elle se ferme à l’autre, qu’elle devient sclérose.


[1] Njoh-Mouelle E., De la médiocrité à l’excellence, 3è éd., Yaoundé, CLE, 1998(1970), p. 58.

[2] Idem.

[3] Ibid., p. 58-59.

[4] Ibid., p. 59.

[5] Ibid., p. 60.

[6] Idem.

[7] Ibid., p. 60-61.

[8] Ibid., p. 61.

[9] Idem.

[10] Idem.

[11] Idem.

J’ai vu Njoh-Mouelle


Un quartier de la ville de Yaoundé, calme, propice à la réflexion. J’avais rendez-vous à 10h. Je suis arrivé à 09h et demie, terrorisé par le fait d’arriver en retard. J’ai appelé. Une salle d’attente (J’ai bien aimé. Je crois que j’en aurais aussi chez moi ; si j’ai un chez moi). Je n’ai même pas attendu 20 minutes, l’homme était disponible pour me laisser l’aborder. J’appréhende la rencontre, je transpire à grosses gouttes. Je ne sais pas à qui j’ai affaire. A part quelques mots échangés sur internet, je ne connais pas l’homme. Comment dois-je me comporter ? Rire ? Etre sérieux ?

Un large sourire me met en confiance, je n’ai plus peur. Un homme m’accueille. Presque ma taille, il me tend la main ; je lui réponds. Sa main est ferme, son sourire me semble sincère. J’adhère immédiatement à cette philosophie. Néanmoins, je ne sais pas comment me tenir. Pendant les quinze premières minutes, j’ai du mal à ne pas sourire ; je ne réalise pas que c’est Monsieur Njoh-Mouelle qui est en face de moi. Je souris, et je ne suis pas frustré.

 Je découvre un homme sobre, calme, joyeux. Il a la langue facile, mais il sait écouter. Les mots s’enchaînent, les réflexions aussi. On ne se lasse pas de l’écouter. Sa voix est douce, son début vocal fluide. On passe aisément d’une réflexion sur la nature du travail philosophique à une anecdote sur une blouse blanche dans la porcherie. L’homme me laisse parler. Je prends plaisir. Entre deux enseignements que je reçois volontiers, j’émets une critique. Il m’écoute ; me répond avec courtoisie. Je reçois un nouvel argument sur la question de l’existence de la philosophie africaine : « Lorsqu’on n’a pas expérimenté quelque chose, on n’a pas le mot pour le dire ». J’ai envie de discuter, mais j’ai plus envie d’écouter la sagesse qui sort de cette bouche avertie. Peut-être discuterais-je de cette idée en un autre lieu, mais pour l’instant j’écris, je prends des notes et j’apprends. J’apprends que la philosophie « est l’élaboration d’une pensée qui doit être concentrée dans un concept. » Je suis subjugué par la rigueur de la pensée. Je place un mot : il répond magistralement. J’apprends à philosopher.

Dédicace de<br /><br />  "L'aspiration à être"On attaque la question de l’homosexualité, question à laquelle j’avais fait allusion dans un article  : il spécifie le contexte de la prise de position et  maintient cette dernière.  Je comprends. Il fustige la pression occidentale sur nous sur ces questions. Je suis convaincu sur le coup – peut-être sonné par le fait que je ne réalise pas encore que je suis en train de discuter avec un monument. Pourtant, j’ai bien envie de discuter, d’argumenter. Seulement, en ai-je les moyens?…

Et la religion ?

Il reconnait que la faiblesse de l’Afrique est idéologique. La comparaison avec la Corée du Sud est édifiante. Nous sommes d’accord : le Pr Njoh-Mouelle est d’accord avec moi ! Quelle joie ! Mon cœur s’emballe, je tressaillis de joie ! Mais je ne le montre pas. La discussion continue. Il m’expose ses théories : je place respectueusement (mais tout en critique) un mot quand je peux. Je suis philosophiquement corrigé. J’apprends. Je suis content.

On sonne à la porte : un étudiant. Il me fait savoir que nous n’avons plus que cinq minutes. Il m’en offrira une dizaine. En fait, j’ai abusé de son temps. Originellement, j’avais droit à une heure, j’en ai reçu deux. J’ai conscience d’être privilégié. En plus, j’ai le toupet de demander d’autres faveurs : l’homme leur donne satisfaction. Je constate la différence avec les autres personnes que j’ai rencontrées.

Dédicace de "De la médiocrité à l'excellence"

Il y aurait tellement de choses à dire sur cette rencontre. Mais est-ce que je le peux ? Ce n’est pas possible. Que retenir alors ? Peut être un premier mot : la sobriété. J’aimerais être comme lui quand j’aurais un tel rayonnement. Une grande leçon de philosophie.

Les appareils « médiocrisants » de l’Etat

 

L’essentiel de cette réflexion nous est inspirée des travaux de M. Njoh-Mouelle sur la médiocrité. Selon le philosophe camerounais, la médiocrité est caractérisée par l’abandon de soi aux vents de la doxa ou du milieu, causé principalement par l’instinct de conservation. Ce que nous voulons montrer par cet article, c’est que l’Etat participe activement à la médiocrisation de ses individus par son appareil le plus puissant : l’école. En effet, c’est l’Etat qui a la charge de l’éducation de ses citoyens, et suivant le plan qu’il a pour ces derniers, il les forme à suivre une certaine norme. Or nous savons que pour Njoh-Mouelle, la normalité, surtout dans son sens arithmétique, est une notion médiocre. L’Etat décide, par l’éducation, à l’avance, de ce que doivent être les hommes de son milieu, et par le système de récompenses et de punition, le milieu – l’Etat donc – récompense et châtie ceux qui suivent et s’écartent de la norme. Comment remédier à cette situation ? La solution serait peut-être dans l’école nouvelle et sa pédagogie. S’il est clair que tant que l’Etat décidera des programmes et de l’orientation de l’éducation du milieu, il y aura toujours une part de médiocrité, il n’est pas vrai qu’il n’est pas possible d’outrepasser la médiocrisation. Par le contenu des programmes, l’actualisation de ces derniers, la pédagogie orientée vers le sujet et non vers la gnose, dans une direction quasi horizontale au savoir entre le maitre et l’élève, l’Etat peut grandement favoriser l’excellence en évitant la fixité, le monisme, la médiocrité.

Un milieu médiocre est aussi caractérisé par la médiocrité de son programme, par sa fixité et sa rigidité. Les livres au programme ne changent pas – ou seulement très rarement – et en plus, les contenus de ces livres ne sont pas vraiment de nature à encourager l’excellence, c’est-à-dire la créativité. Dans les pays africains, largement médiocre, on fait, dans les programmes, la part belle à l’étude de l’Occident, du Maitre de toujours. On étudie l’histoire de France, la géographie des Etats-Unis, etc. On présente la colonisation comme ayant permis la « civilisation » de nos terres. Bref, on médiocrise davantage l’élève. Le supérieur n’est pas en reste et il a aussi sa part de médiocrité. On préfèrera ainsi un mémoire rédigé sur un quelconque philosophe Américain ou Français plutôt que sur un philosophe Africain jugé « insignifiant » pour l’histoire de la philosophie. Les vieux dogmes coloniaux et racistes ont toujours une bonne place dans l’enseignement, etc. On pourrait assez facilement remédier à cette situation en sortant de la posture éternelle de dominé, de sous-développé, d’éternel dernier. En faisant une place à nous et pas à l’autre, on pourrait sortir de ce « mimétisme irréfléchi ».

Réformer les mentalités et faire reculer la médiocrité, c’est aussi et surtout reformer – ou révolutionner carrément – l’éducation. Il est tout de même étonnant que M. Njoh-Mouelle dans l’analyse de la médiocrité, n’ait pas mis l’accent sur le rôle de l’Etat dans la médiocrisation par le biais de l’éducation.

LA MEDIOCRITE SELON NJOH-MOUELLE : ESSAI DE CRITIQUE

 

Jean Eric BITANG

Université de Douala


L’homme du milieu

 

Le titre de l’essai de 1970 de M. Njoh-Mouelle est saisissant en lui-même et témoigne de tout l’intérêt que l’auteur attache à l’analyse de la médiocrité puisque l’œuvre traite des conditions de passage du stade de médiocrité à celui de l’excellence. C’est dans cette optique argumentative et clarificatrice que le quatrième chapitre dudit essai s’attache à caractériser la médiocrité en ses traits les plus fondamentaux. La première définition que propose M. Njoh-Mouelle tient de l’étymologie même du terme médiocre. Ainsi écrit-il :

« Etymologiquement, l’homme médiocre est l’homme du milieu, c’est-à-dire l’homme du centre sans que par centre il faille entendre le noyau, le cœur dans l’ordre de l’excellence ou de l’essence. Il est du centre sans être central »[1].

Arrêtons-nous spécialement sur cette dernière phrase car elle résume à merveille la position de M. Njoh-Mouelle : « L’homme médiocre est du centre sans être central ». Nous savons qu’une pièce centrale est une pièce incontournable ; une pièce sans laquelle l’édifice ne tiendrait pas debout. L’homme médiocre n’est pas ce type de pièce pour la l’édifice social humain puisque son existence, en tant que médiocre et non en tant qu’existant humain, c’est-à-dire valeur humaine est dispensable, l’existence n’étant pas une valeur suprême, et la non-existence n’étant pas le mal suprême. Au contraire, du point de vue de l’auteur de l’Essai sur la signification humaine du développement, le mal suprême serait la médiocrité. Mais si l’homme médiocre n’est pas central, il est du centre. Qu’est-ce à dire ?

Il faudrait, avant d’aller plus loin, préciser comme l’auteur que la « Mitoyenneté [dont nous parlons] est (…) ici d’ordre idéel et non physique [ou géographique] »[2]. Le centre ici est en rapport avec le milieu dans le double sens de milieu social et de milieu quantitatif. En effet, l’homme vient toujours de quelque part et il est toujours quelque part : il habite et fréquente de ce fait toujours un milieu. Ce milieu est lui-même constitué d’autres hommes, et la norme en tant que cette dernière est définie comme la ligne adoptée par la majorité, est le milieu du milieu que l’homme fréquente[3]. Tout homme – et pas seulement l’homme médiocre – est donc issu d’un milieu, mais la médiocrité se lit précisément en ceci que l’homme médiocre ne peut pas s’affranchir de la tyrannie de ce dernier. Lorsque cette condition n’est pas remplie : l’homme devient du milieu ; il devient médiocre. En clair, on peut être d’un milieu sans nécessairement être du milieu. Pour ce faire, il faudrait que notre volonté puisse mettre les habitudes générales à l’écart, et les passer, comme dirait M. Towa, au « crible de pensée critique ». M. Njoh-Mouelle s’explique :

« L’appartenance à un milieu ne conduit pas nécessairement à la médiocrité. C’est l’inaptitude à prendre du recul par rapport au milieu, l’adhérence totale à lui qui mène sûrement à la médiocrité. Celle-ci se présente donc d’abord comme grégarité, esprit moutonnier et conformisme irréfléchi »[4].

Médiocrité : Du milieu à l’individu

 Le texte cité plus haut diagnostique fort bien le mal dont souffre l’homme médiocre : le conformisme irréfléchi. Mais on peut remonter plus loin dans les causes de la médiocrité et M. Njoh-Mouelle le sait, mieux, il le fait. « Ce qui rend médiocre, écrit-il, ou pousse à la médiocrité c’est l’instinct de conservation ou le besoin de sécurité »[5]. Ici, M. Njoh-Mouelle commence par distinguer le premier critère – l’instinct de conservation – du second – le besoin de sécurité –. L’instinct de conservation est à affecter au milieu qui, naturellement veut se pérenniser et ne pas disparaitre. Or qu’est-ce  qui pourrait faire à ce que le milieu disparaisse ? C’est justement le fait qu’il n’y ait plus personne qui s’y conforme. En effet, une mode ne disparait que si plus personne ne la suit, tout comme une langue ne disparait que lorsque plus personne ne la parle. Il faut donc, pour le milieu qu’il se conserve, c’est-à-dire qu’il maintient toujours sous son joug – Le mot est bien choisi car M. Njoh-Mouelle adopte une caractérisation péjorative à l’endroit du milieu – ceux des individus qui composent le milieu. Défini de cette façon, le milieu est une machine à « broyer les volontés », à supprimer l’individualité si tant est-il que cette individualité s’oppose aux règles en vigueur dans le milieu. C’est à ce niveau que la médiocrité du milieu se ramifie en médiocrité de ses composantes, car si le milieu est médiocre en ceci qu’il veut coute que vaille se conserver et empêcher l’éclosion de tensions dans son sein, l’homme du milieu devient médiocre dès qu’il cherche sa sécurité en évitant de critiquer, de questionner, d’évaluer ou pis, de sortir du milieu. Pour sa sécurité, l’homme médiocre évite de faire marcher sa raison, son sens critique, et se contente de « faire comme tout le monde », c’est-à-dire en fait de ne rien faire, car la répétition servile est en tout point comparable à l’immobilisme. La médiocrité a donc deux sens et on peut voir facilement le lien qui les lie. Ce lien consiste en ceci que des sociétés, c’est-à-dire des milieux médiocres produisent des hommes à leur image : médiocres eux-aussi. L’homme devient médiocre car il suit la médiocrité originelle de son milieu et « Renonce à son originalité et à sa liberté. Il se fait esclave à la fois de la vie et du milieu »[6].

De la médiocrité à la mort

 Nous savons déjà que pour M. Njoh-Mouelle, la vie est synonyme de mouvement ; or de ce qui précède, nous constatons que le milieu et l’homme médiocre sont hostiles au mouvement. Hostile d’abord par instinct de conservation primaire – c’est-à-dire à l’échelle du milieu – et secondaire – c’est-à-dire à l’échelle de l’individu –. Or la conservation est une sorte d’immobilisme puisque le mouvement n’est pas gage de développement, de progrès, mais seulement gage de possibilité de ce progrès. En effet, le progrès est conçu très largement comme une progression qualitative vers le meilleur, or qui dit progression dit mouvement. En fermant la porte au mouvement, le milieu médiocre ferme la porte à la possibilité – et non à la réalité – progrès. Ceci vaut pour le milieu.

Du point de vue de l’individu, le mouvement peut signifier le progrès, mais il signifie surtout la liberté, car cette dernière est créativité et surtout opposition pour position personnelle. M. Njoh-Mouelle suit la position sartrienne et existentialiste qui stipule premièrement que l’homme est d’abord une individualité, une existence particulière qui ne saurait être réduite ni à l’existence d’un quelque groupe qui phagocyterait celle de ce dernier, ni à une quelconque existence supérieure en quel que point qui aurait sur l’existence individuelle le même effet que l’existence du groupe. La liberté est ainsi la capacité de se poser en tant qu’existant, en existence une et irréductible aux autres. Or cette entreprise ne passe que par une rupture de tous les déterminismes – ou une rupture progressive au gré des situations comme nous le verrons plus tard dans l’analyse de l’œuvre de M. Njoh-Mouelle – qui se présentent à la volonté humaine avant en ligne de mire le critère suprême de la vie : la recherche du meilleur. De ce point de vue, c’est-à-dire du point de vue qui considère le mouvement comme l’essence même de la vie, l’immobilisme c’est la mort. Aussi M. Njoh-Mouelle écrit :

« L’instinct de conservation est en même temps instinct de mort (…) [La mort] C’est plus exactement le dépérissement par manque de renouvellement ou par défaut d’activité créatrice autonome chez l’individu, dépérissement qu’occasionnent non seulement l’autorépétition quotidienne de soi mais encore l’imitation systématique du comportement du grand nombre »[7].

Application à un cas particulier : l’Afrique

 Du point de vue du mouvement, l’homme médiocre n’est pas qu’un homme du milieu, c’est un homme mort ; mort parce qu’incapable de se réinventer. Et ce constat vaut aussi pour l’Afrique même si M. Njoh-Mouelle se garde de nous le rappeler, nous savons qu’en filigrane de son argumentaire, il y a la situation « globale » de l’Afrique même si pour les raisons que nous avons évoquées tout à l’heur, M. Njoh-Mouelle n’analysera pas les situations sur la base du Tout, c’est-à-dire du groupe, mais de l’Un en bon existentialiste[8]. En effet, si on suit M. Njoh-Mouelle jusqu’au bout, et suivant les analyses que nous avons menées plus haut, l’Afrique souffrirait de médiocrité. Le problème serait alors celui de l’incapacité de cette dernière de se renouveler, de s’adapter aux nouvelles situations et surtout de sortir du milieu – dans le double sens de tradition[9] et de suivisme –. La « renaissance africaine » conçue sous cet angle de retour aux sources ancestrales, c’est-à-dire retour au milieu, ne bénéficierait donc pas des faveurs de M. Njoh-Mouelle. Mais est-ce là la seule grille de lecture ? Surtout, est-ce là le vrai problème ? Qu’il nous soit permis de voir l’enlisement de l’Afrique sous un autre plan que celui idéel de la médiocrité.

Le problème de l’Afrique n’est pas idéel, mais pratique et la liberté est peut être la capacité de s’opposer pour se poser, mais elle est surtout une question de pratique, c’est-à-dire de situations concrètes. Comment l’Afrique pourrait-elle par exemple s’opposer à l’Occident et à sa loi puisqu’en suivant de façon moutonnière les lois drastiques de ces dernières, notre continent s’enfonce plus profond dans la médiocrité. L’approche ne doit pas être idéelle, car si M. Njoh-Mouelle fait bien de nous comme ce qu’est être libre, il ne daigne pas nous donner la recette de la liberté – en tout cas, la recette concrète car on pourrait poser que s’opposer, créer, se réinventer, etc. constituent les ingrédients de la recette que nous cherchons. Le seul problème <et pas des moindres> est que ces ingrédients sont idéels et notre problème concret –. Etre libre, c’est sûrement résister, mais il y a quelque chose de concret qui échappe à tous nos idéalistes dans leurs développements, c’est que la résistance est une notion physique, concrète, matérielle. La résistance nécessite une force au moins égale à celle qu’on subit : la condition de la possibilité de la résistance effective et donc de la liberté c’est la force. En effet, une table, pour résister à l’effet d’un ordinateur – par exemple – ou de toute objet posé sur elle oppose une résistance, c’est-à-dire une force contraire à celle qu’exerce ledit objet. A partir de là, on peut aisément faire les calculs et les résultats sont dialectiques. Si la table exerce une force insuffisante pour contenir les assauts de l’objet, elle casse. Si au contraire, elle fournit une force suffisante, elle supporte le poids de l’objet. Idem si elle fournit une force supérieur à celle nécessaire pour résister à la force de l’objet. Dans notre cas aussi, l’Occident nous agresse et c’est justement parce que nous n’avons pas la force nécessaire pour résister que nous sommes les victimes naturelles de leurs exactions. Il n’est pas question de médiocrité ici, si ce n’est de médiocrité au niveau de la force. En tout cas, les termes sont concrets. Comment résister donc à ces attaques et sortir du sous-développement ? Nous sommes d’avis que c’est notre liberté qui nous sortira de notre situation, mais tous les chemins ne mènent pas à Rome.

Entre milieu et individu ou Qu’est-ce que la liberté ?

 La table en tant que matière est un agrégat de particules, et c’est justement la solidité des attaches qui existent entre ces différentes molécules qui lui confère sa résistance. Si nous suivons l’argumentaire de M. Njoh-Mouelle, c’est en considérant les différences et les individualités comme souveraines que nous pourrons sortir de la médiocrité. Nous adoptons le point de vue inverse : ce n’est pas en accentuant l’individualité et l’individualisme que nous sortirons la tête de l’eau. Si l’individualisation était la solution, alors l’Afrique serait déjà un continent prospère. La preuve que ce processus ne l’est pas est sûrement la balkanisation de l’Afrique. On nous pardonnera que nous résonnions toujours en bon matérialiste en termes d’ensemble, mais cela nous semble la voie de la solution. L’Occident a divisé l’Afrique pour mieux régner sur des territoires fragmentés et affaiblis par le morcellement des empires. Accentuer l’individualisme c’est accélérer la mort et le dépérissement ! Aujourd’hui, on veut nous faire croire que le salut – et surtout le nôtre en Afrique – est dans notre fragmentation, dans les associations et les regroupements sous-régionaux – ce qui soit disant est une forme d’individualisation géographique –, linguistiques, etc. au même moment où l’Europe consolide son unité. Ce type de philosophie est très dangereuse pour nous et nous continuons de soutenir que seule l’Unité, c’est-à-dire la réflexion pour – c’est-à-dire dans le sens – et par – c’est-à-dire avec – le milieu est la voie de sortie. L’unité africaine seule nous fournira la force nécessaire pour affirmer notre liberté, car la liberté n’est pas seulement – et naïvement – liberté de l’un, mais liberté de tous. Quel tous ? Les tous d’un milieu précis et pas de tous les milieux car il y aura toujours des milieux et toujours des hommes qui seront de ces milieux. L’être n’est pas harmonie, mais tension. La liberté de tous les hommes n’existe que comme chimère, car la liberté de l’un est asservissement ou au moins mise à l’écart de l’autre.

La réflexion sur la liberté doit cesser de se focaliser sur l’homme, l’individu, comme si l’homme était à lui seul un empire ; comme si cet homme ne venait pas de quelque part ; comme s’il n’était pas de quelque part ; comme s’il était possible de faire totalement abstraction de ce quelque part pour se projeter autre part. Même lorsqu’on part d’où on vient, on en garde le souvenir, et la mémoire est déjà quelque chose du quelque part d’où on vient qui façonne notre être-au-monde. L’être est un être de quelque part, un être du quelque part et sa liberté n’a de sens qu’en tant que liberté secondaire, c’est-à-dire ramifiée de la liberté du quelque part auquel il se rattache. Aucun homme en Afrique ne sera libre tant que l’Afrique ne sera libérée ! Aucun ! La liberté de l’homme Africain est inconditionnellement liberté de tous les Africains. Attention, nous ne voulons pas dire que l’individu n’est pas important. C’est faux ! Nous voulons simplement dire que sur la balance de l’être, la partie est inférieure au tout car une modification de la structure de la parie n’affecte pas nécessairement une modification du tout, tandis que l’inverse est impossible. « L’homme de l’Afrique sous-développé » comme aime à la préciser M. Njoh-Mouelle est un homme médiocre, non par lui-même, mais par son milieu. C’est effectivement parce que l’Afrique est médiocre que ses composantes le sont aussi. L’Afrique libérée entrainera ipso facto des Africains libérés ou au moins, moins médiocres qu’ils ne le sont à l’instant où on parle. M. Njoh-Mouelle a pourtant semblé voir la hiérarchisation ontologique qui existe entre le milieu et l’individu dans son analyse de la médiocrité, car il reconnait que l’individu n’est médiocre qu’au second degré : par médiocrité du milieu. Comment penser donc que l’excellence de l’individu puisse conduire plus rapidement ou conduire tout court à l’excellence que l’excellence du milieu, qui par supériorité ontologique sur ses composantes, transmettra son excellence à ses parties, comme il en était de la médiocrité. Ce n’est donc pas la libération de l’homme qu’il faut chercher car il n’est qu’un épiphénomène : c’est la libération du milieu. Les individus seront d’autant plus excellents que le milieu fera la promotion de l’excellence, tout comme il sera d’autant plus libre que le milieu le sera. En fait, l’individu sera toujours individu et jamais il ne sera la société. Mais l’individualité de l’individu est garantie par la société. Les individualités s’expriment mieux dans des sociétés qui promeuvent ce type de philosophie et pas dans l’inverse. Ceci ne veut en aucun cas dire qu’il est impossible que des individus soient libres en marge de la médiocrité du milieu. Ce cas est tout à fait possible, mais il faut garder à l’esprit qu’il n’est qu’une exception. Ce que nous cherchons c’est une règle. De plus, la liberté d’une composante est négligeable car elle n’affecte que peu ou pas le tout alors que la liberté du tout affecte nécessairement toutes les composantes.

L’être différent

 Nous avons dit plus haut que l’être n’était pas harmonie, mais tension, qu’il était la tension. L’être est donc dialectique et non univoque. Il se dit de plusieurs façons et non d’une seule et c’est justement son être que de se dire de cette façon plurielle. La table n’est pas constituée d’une seule sorte de molécules et il en est de même des constituants du corps social. L’unité n’est pas l’uniformité. Il n’est aucunement question de formater les hommes de sorte qu’ils ne soient plus que des machines. La liberté n’est donc pas à chercher autre part que dans la liberté de cette tension. Où la tension est étouffée, la liberté n’existe pas. Mais, de même, où la tension n’est pas résolue – où cherche à l’être –, c’est-à-dire que là où il n’y a pas d’unité, il n’y a pas de véritable force et pas de véritable épanouissement. La différence existe donc, même au sein de l’être et précisément au sein des composantes de l’être social, c’est-à-dire au niveau des hommes, mais comme le dit Nkrumah, cette différence ne doit être limitée qu’au plan fonctionnel. Tel homme accomplit telle tâche, tel homme telle autre. Tel homme est Noir, tel autre Blanc. Pourtant, bien que la différence soit établie de façon claire et qu’elle soit intégrée au corpus de l’être, cette différence n’est pas ontologique, car alors un homme, ou un type d’hommes pourrait de prévaloir d’être supérieur à l’autre : c’est précisément ici que veut nous mener l’idéalisme de M. Njoh-Mouelle. En effet, l’homme excellent est ontologiquement supérieur aux autres hommes et précisément à l’homme médiocre. Pourquoi ? Parce qu’il est plus libre, plus créatif, etc. ? Ne court-on pas vers une dictature de la gnose, de l’intelligence, de l’élite ? Le problème est complexe et nous ne pouvons que renvoyer à plus tard son traitement. Mais remarquons ce qui est le plus important ici : la liberté de l’un n’exclut pas la liberté du milieu. Au contraire, c’est dans la liberté du milieu de l’individu que ce dernier acquiert sa propre liberté. Il n’est donc pas nécessaire que ce dernier s’oppose au milieu pour être libre – comme veut nous le faire croire M. Njoh-Mouelle –, il est seulement nécessaire que le milieu que fréquente l’individu soit assez fort pour pouvoir résister à l’asservissement des autres milieux. De plus, le milieu est soumis aux lois de l’être : à la loi de la tension. Le milieu, en tant que composant de l’être est lui-même tension perpétuelle de ses constituants. Mais la tension n’exclut pas le rapprochement, l’unité, puisque la différence n’est pas un différend entre les parties. L’être social promeut donc la tension, le débat, le dialogue, la différence, l’opposition en même temps que l’accord, la tempérance, l’unité. Il n’y a rien de contradictoire dans ces termes, puisque l’accord ne nécessite pas que la différence ait été écartée. Elle stipule au contraire, qu’elle a été dépassée vers quelque chose de supérieur à elle sur le plan ontologique : l’être. En effet, la différence n’est qu’un accident de l’être, pour parler comme Aristote ; une manière – même si c’est la manière fondamentale – dont l’être se dit ; et s’il faudrait lui trouver un synonyme ce serait la différence : l’être c’est la différence ; le droit de l’être. Et la différence est aussi la marque de la liberté de ce dernier. Les milieux qui n’encouragent donc pas la différence sont des milieux qui passent à côté de l’être et contrairement à ce que nous dit M. Njoh-Mouelle, tous les milieux ne phagocytent pas la liberté et la responsabilité de l’individu. En fait, ce type de milieux constitue des exceptions ou des dérives des milieux à être quand M. Njoh-Mouelle les érigent en règle.

Vers un solipsisme insidieux…

 C’est Nkrumah qui fait la distinction entre les solipsismes dans son Consciencisme[10]. D’un coté il y a le solipsisme absolu, et de l’autre le solipsisme naissant. Dans la première forme de solipsisme, l’individu s’identifie à l’univers de sorte qu’il ne fasse plus qu’un avec lui, de sorte que ses volontés soient lois du monde. Dans le solipsisme naissant, l’individu se pose en décideur universel. L’autre nom du solipsisme absolu est le solipsisme insidieux. Comment la philosophie de M. Njoh-Mouelle peut-elle dégénérer – car c’est le cas de le dire – en solipsisme insidieux ? Il y a, selon nous, le fait met un accent très particulier sur le « je », justement sujet du cogito et sujet à l’œuvre dans le solipsisme. Cette surdétermination du « je » laisse à penser que c’est lui le seul qui décide, et pis, qu’il décide de tout, pour lui et pour les autres. Cette attitude est renforcée – et peut être causée, car nous ne savons pas ce qui est antérieur dans la philosophie de M. Njoh-Mouelle – par la liberté qui n’est pas selon Njoh-Mouelle, liberté dans le groupe, mais essentiellement liberté contre le groupe. Or, si l’individu s’oppose systématiquement au groupe, c’est qu’il pense qu’il vaut mieux que lui. S’il est vrai que tous peuvent avoir tort contre un, il n’est pas juste que l’individu soit ontologiquement supérieur au milieu, au groupe ; il n’est pas juste aussi que l’individu puisse survivre contre le groupe. Aussi devons nous nous résoudre à penser la liberté de l’un comme ramification de la liberté du tout et non l’inverse. A coté de cette surestimation du « je », il y a naturellement la mésestimation de l’autre, la mésestimation du « tu », car le « tu » est aussi un « je », mais un « je » contre moi. Le solipsisme aboutit dans – dans la version la plus fasciste – à une mise en quarantaine de l’autre, de l’opposition, puisque le « je » a toujours raison, et qu’il sait toujours mieux que les autres. Or, à cause de ce fait, les lois du « je » sont érigées en « règles universelles de la nature », alors qu’il n’en est rien. En fuyant donc la médiocrité on peut se prendre dans l’intolérance de l’autre. Comme nous l’avons dit, ce n’est pas l’individualisme qui doit être mis en avant, mais la capacité du groupe de garantir cet individualisme du groupe.

A travers cette surestimation du « je », M. Njoh-Mouelle nous montre une philosophie idéaliste qui hiérarchise les forces et les hommes, et tout comme la volonté de puissance a pu servir sous d’autres cieux et en d’autres temps, de fond conceptuel au nazisme, la philosophie du « je » que défend M. Njoh-Mouelle pourrait, elle-aussi, être invoquée comme fondement d’un totalitarisme sous le prétexte que le dictateur ait atteint l’excellence.

Médiocrité et critique : les antipodes du sous-développement

 Dans un article précédent[11] nous avions étudié la conception de l’homme critique chez M. Njoh-Mouelle. L’article qui s’achève portait sur l’idée de médiocrité. Les deux concepts se rejoignent en ceci qu’ils participent de la description de l’état de sous-développement dont souffre l’Afrique et les Africains – peut être faudrait-il étendre l’analyse à tous les sous-développées quels qu’ils soient… –. Mais la filiation va plus loin. En effet, les deux concepts sont situés aux antipodes de l’analyse du  sous-développement chez notre auteur. Qu’il nous soit permis, pour étayer cette thèse, de revenir très brièvement sur les développements de l’article cité plus haut.

La critique est essentiellement caractérisée par le manque de personnalité, le trop peu – ou le manque de réflexion –, la « dépersonnalisation », pour utiliser un terme de M. Njoh-Mouelle lui-même. De plus, si l’homme critique ne sait pas d’où il vient, il ne sait pas non plus où il part. Il est perdu aux carrefours des valeurs et des chemins, et ce carrefour devient pour lui l’arrivée de son itinéraire. Nous venons de voir que la médiocrité se caractérise essentiellement par l’abandon à la masse, une perte de la volonté, un manque d’action. Si l’homme critique agit trop et sans réfléchir, le médiocre n’agit pas du tout. L’homme critique est au moins en route vers quelque part, bien qu’il n’ait aucune idée de ce « quelque part ». A l’opposé, l’homme médiocre n’est jamais parti. A partir de là, on peut légitimement conclure que pour M. Njoh-Mouelle, trop agir est médiocre ; de même ne pas agir est médiocre. En quoi consisterait alors l’excellence ?  à agir conformément aux situations ? A agir suivant une règle universelle ? A réfléchir avant d’agir ? Serait-ce une sorte de « juste milieu » de l’action ? Ce sont là les interrogations maitresses d’un autre article.


[1] Njoh-Mouelle E., De la médiocrité à l’excellence, 3è éd., Yaoundé, CLE, 1998, p. 48.

[2] Ibidem.

[3] Nous verrons plus tard que M. Njoh-Mouelle récuse une telle acception de la normalité.

[4] Ibid., p. 48.

[5] Ibidem.

[6] Ibid., p. 50.

[7] Ibid., p. 50-51.

[8] Mais M. Njoh-Mouelle est-il vraiment existentialiste ? Plus loin, peut-on seulement rattacher sa réflexion à une métaphysique précise ? Ces questions nous traversent l’esprit au moment même où nous rédigeons cet article et elles méritent sûrement un traitement digne de leur digne problématique.

[9] Nous analyserons le rapport qui existe entre tradition et médiocrité selon M. Njoh-Mouelle dans un prochain article.

[10] Nous en avons donné un bref exposé ici : « Nkrumah, critique de Descartes ».

Njoh-Mouelle, homophobe ?

 

« A Douala, Abidjan ou Dakar, il n’est pas rare de rencontrer des homosexuels parmi l’élite africaine. Il s’agit parfois d’une homosexualité de pur snobisme : c’est étrange, direz-vous, mais c’est vrai.

Qu’une perversion sexuelle puisse être recherchée comme marque d’une distinction de niveau de culture passe simplement tout entendement ».

Ebénézer Njoh-Mouelle, De la médiocrité à l’excellence, 3è éd., Yaoundé, CLE, 1998, p. 44.

Quelles réflexions suggère ce passage du livre principal de M. Njoh-Mouelle ? La première est sûrement que l’auteur considère les homosexuels comme des gens « pervertis sur le plan sexuel », c’est-à-dire qu’ils sont anormaux. Mais cette hypothèse a des conséquences graves, surtout lorsqu’on entretient quelque commerce avec la philosophie de M. Njoh-Mouelle.

Premièrement, si l’homosexualité est une « perversion » sexuelle, alors il existe une norme sexuelle, c’est-à-dire un donné déjà-là, une nature qu’il nous faut suivre. Or rappelons-nous que M. Njoh-Mouelle précise bien que le développement doit promouvoir des hommes libres, c’est-à-dire des créateurs, des nihilistes pour faire court, non d’un nihilisme statique, mais d’un nihilisme créatif, dynamique. Il faut donc nier la nature ; lui dire NON ! En ce sens, l’homosexualité apparait comme un moment privilégié de l’expression de la liberté et donc du développement de l’homme, car avec l’homosexualité, l’homme dit NON au statisme et s’oppose à la Nature des choses. De plus, qui dit ce qui est normal ? Cette notion de normalité signifie ce qui est établi par le plus grand nombre. Mais au Ghana et au Cameroun, la corruption est « normale », est-elle pour autant morale ? En utilisant ce terme de « perversion », M. Njoh-Mouelle juge moralement la pratique homosexuelle et traite les homosexuels de dépravés, car s’il s’en prend à l’homosexualité, le détour est inévitable avec la morale. Ce qu’il veut dire, au fond, c’est que les homosexuels sont immoraux, et sûrement, la morale étant le propre des hommes, ces gens sont en quelque sorte des sous-hommes. Nous espérons vraiment nous tromper, car M. Njoh-Mouelle semble être bien au dessus de ces caractérisations hâtives, d’autant plus que si on en croit ses développement au sujet de la liberté et précisément sur le fait qu’il faut dire Non, les homosexuels, par le fait qu’ils refusent l’ordre établi, et l’assument avec courage, doivent mériter un peu plus de considération. Mais si nous voyons juste, alors l’analyse de M. Njoh-Mouelle est trouée et ne tire toutes les conclusions des prémisses qu’elle pose pourtant de façon très profonde.

Deuxièmement, et comme toujours, M. Njoh-Mouelle ne critique pas l’homosexualité – importée d’Europe – de front, mais de manière détournée, en critiquant la singerie des intellectuels Africains. Au fond, ce n’est donc pas l’homosexualité le problème, mais le fait que les Africains copient cette pratique depuis l’Occident, par pur snobisme nous dit-il. Cette attitude qui contribue à déprécier systématiquement l’Afrique est une des preuves d’aliénation culturelle, car elle pousse, en fin de compte, à empêcher l’Africain d’être fier de lui. De plus – et n’y voyons pas là un « Nous-aussi » de M. Eboussi – il n’est pas historiquement certain que l’homosexualité soit née en Occident, et on est à peu près sûr qu’elle existait dans certains rites traditionnels Africains. Toutefois, la seule chose certaine est que cette pratique a été démocratisée par l’Occident, tout comme la philosophie. Il semble que le problème de l’Afrique soit de ne pas pouvoir porter ses idées jusqu’au bout du monde, mais ce problème est avant tout, un manque de moyens, c’est-à-dire une manque de Force.

Njoh-Mouelle e(s)t l’homme critique

 

Jean Eric BITANG

Université de Douala

C’est au troisième chapitre de son œuvre principale : De la médiocrité à l’excellence[1], que M. Njoh-Mouelle nous expose ce qu’il nomme « l’homme critique ». Quelles sont ses caractéristiques ? Comment participe t-il à la définition de la médiocrité ? Mais surtout, peut-on faire confiance à l’analyse que nous propose M. Njoh-Mouelle, et l’homme critique est-il une autobiographie intellectuelle ?

 HOMME CRITIQUE ET MEDIOCRITE

 S’il faut résumer le développement de M. Njoh-Mouelle en un mot au sujet de l’homme critique, nous dirions qu’il s’agit d’un homme égaré dans un tourbillon de valeurs ; il est un homme culturellement dédoublé, à mi chemin entre lui et lui-même, c’est-à-dire entre ce qu’il est fondamentalement et ce qu’on a fait de lui. C’est d’ailleurs en ces termes que M. Njoh-Mouelle le présente lui-même :

 «  L’homme critique ne sait pas où il va ; il vogue à la dérive sur une mer elle-même critique.

La crise de l’homme critique s’appelle dépersonnalisation, fausse identité ou identité d’emprunt, sous-développement du rationnel »[2].

 A travers cet extrait, nous comprenons très aisément le développement de M. Njoh-Mouelle qui part d’un constat simple ; ce qui est d’ailleurs le constat de bon nombre de philosophes africains contemporains. Ce constat est le suivant : l’Afrique n’est plus elle-même, et par là, les Africains ne sont plus vraiment Africains. Mais s’ils ne sont plus vraiment Africains, ils ne sont pas totalement l’Autre et la situation de l’homme africain d’aujourd’hui est cette situation de crise identitaire et culturelle. La question ici est : Qui suis-je ? Ou, s’il faut en croire M. Njoh-Mouelle, pour qui, en Afrique, l’affirmation de la personnalité se fait sous la tutelle d’un groupe : Qui sommes-nous ? Il faudrait peut-être ajouter à cette question l’expression « en réalité », de telle sorte que la recherche de notre soi soit clairement mise en évidence. Le problème de l’homme critique est donc un problème identitaire et sur ce point, nous pouvons affirmer que bon nombre d’Africains sont des hommes critiques car n’ayant pas rompu le cordon ombilical qui les lie avec l’Afrique traditionnelle, ils n’ont pas vraiment gouté des mamelles de la mégère occidentale qui réclame que le cordon soit coupé définitivement.  Ce problème nous pousse inévitablement, et M. Njoh-Mouelle aussi, à parler de la culture, car ce choc, cette « crise » comme l’écrit M. Njoh-Mouelle, est une crise culturelle. L’auteur en convient p. 36 : « Il y a un manque aujourd’hui dans la culture africaine. On ne sait plus toujours avec certitude ce qu’il faut croire, ce qu’il ne faut pas croire ». En quoi est-ce que l’homme critique est médiocre ? Il faudrait peut être, pour répondre à cette question, se rappeler que la mise de l’homme sous développé selon M. Njoh-Mouelle est d’abord une misère objective, c’est-à-dire un manque de rationalité. C’est ce qu’il déplore en ces termes : « Le spectacle le plus affligeant en situation de sous-développement c’est celui de l’irrationalité dans le comportement de l’homme »[3] ; or l’irrationalité est grandement causée par l’ignorance qui, si on croit l’auteur « Va souvent de pair avec la superstition »[4]. L’homme critique est donc médiocre en ceci de fondamental qu’il ne sait pas ; il est en effet ignorant, et de sa situation (dans quelques cas seulement car les intellectuels que va décrire l’auteur sont parfaitement conscients de cette situation, mais sont en quelque sorte contraints à devenir critiques), et des moyens de se sortir de cette dernière. Mais s’il est ignorant, il est surtout ignorant de lui-même, d’où la pressante question : « qui suis-je ? ».

 CULTURE ET MEDIOCRITE

 M. Njoh-Mouelle définit la culture comme étant « Un système fermé d’habitudes (…) Un inventaire prétendument complet des problèmes posés une fois pour toutes et définitivement résolus »[5]. A partir de cette définition dont il écrit qu’elle est la principale façon de comprendre la culture (Ibidem), il conclut que la crise vient de l’inaptitude du système à résoudre de nouveaux problèmes, un peu comme le schéma que Kuhn nous présente dans sa Structure des révolutions scientifiques. En effet, la culture se présenterait comme un paradigme dans lequel nous avons l’habitude – il faut insister sur ce terme – d’évoluer ; or l’habitude nécessite la récurrence et la similitude des problèmes, de sorte que les réponses du système puissent être efficaces. Le jour où un problème non répertorié par le système apparait, il y a crise ! Mais cette crise interne n’est pas l’unique. M. Njoh-Mouelle situe plutôt la crise à l’extérieur du système : dans « L’impact avec la civilisation occidentale »[6]. Il écrit :

 « Le code a été brisé lors de l’impact avec la civilisation occidentale, brutalement brise par la colonisation. Et la gravité de la crise vécue aujourd’hui par l’homme africain est proportionnelle à la brutalité de cette rupture de la matrice des significations »[7].

 La crise de l’homme critique, continue t-il se manifeste par un manque, une absence, une prise de conscience qui entraine à l’inquiétude et à l’angoisse. Ces différentes déclinaisons de la crise ne sont que des ramifications que la grande question existentielle de l’homme critique – et par là, de l’homme Africain actuel, car il est avéré que nous sommes dans la situation que décrit M. Njoh-Mouelle – que nous avons déterminée plus haut : « qui suis-je » ?

Lorsqu’on comprend la culture de cette manière, c’est-à-dire sur un mode statique, il est évident qu’elle ne peut que servir la médiocrité plutôt que le développement, car ce dernier concept doit s’enrichir de nouvelles situations, c’est-à-dire de nouvelles connaissances. En effet, étant fermée, la culture n’accepte pas le changement, qui, rappelons-le quand même n’est pas nécessairement le progrès, mais qui marque déjà l’ouverture, c’est-à-dire la possibilité de progresser. De ce point de vue, la marque objective du développement – et de la vie tout court, c’est-à-dire de la vitalité – c’est le mouvement et la marque objective la plus caractéristique de la médiocrité et du sous-développement c’est le statisme, la monotonie. Cette idée maitresse du livre de M. Njoh-Mouelle est clairement exprimée en ces termes capitaux :

 « La monotonie est mortelle pour l’homme même lorsqu’elle est monotonie d’une vie paradisiaque [car] une loi implacable régit toute vie et plus particulièrement toute vie humaine ; celle du mouvement et de l’activité. Supprimez le mouvement, supprimez le travail et c’est la mort ». [8]

 Il y a ici un dilemme. Soit on redéfinit la culture en la concevant sur un mode dynamique de sorte que sa monotonie soit écartée et qu’elle inclut l’action vivifiante du mouvement, soit on redéfinit le développement de telle sorte que ce dernier ne nécessite plus l’ouverture, c’est-à-dire le mouvement. Mais ce problème, nous en discuterons à l’occasion d’un nouvel article sur le chapitre qui traite expressément du rapport entre « Culture et développement » (pp. 127-151).

 HOMME CRITIQUE ET ACTION

 Nous avons dit plus haut que la grande question qui sous-tendait le comportement de l’homme critique était « qui suis-je ? ». C’est sûrement vrai. Mais, il est d’autant plus médiocre que, n’ayant pas répondu à cette question, il veut déjà répondre à une autre au moins aussi complexe : « Que faire ? ».

 M. Njoh-Mouelle, dans le premier paragraphe de ce chapitre nous présente l’homme critique de façon métaphorique. Il le compare à un homme égaré en pleine forêt qui au lieu de marquer un temps d’arrêt pour retrouver son chemin, se met à courir de gauche à droite, devant et en arrière, jusqu’à épuiser toute chance de retrouver son chemin. Cet homme ne s’est pas posé la question que nous avons dite caractéristique de l’action de l’homme critique : que faire ? Cette question, dans cette métaphore de M. Njoh-Mouelle est symbolisée par le temps d’arrêt que devrait marquer l’homme excellent, ou simplement l’homme doté de quelque bon sens. Il est pourtant un homme critique qui se pose très explicitement la question : l’intellectuel. En effet, la métaphore de M. Njoh-Mouelle n’expose qu’un pan de son raisonnement sur l’homme critique, celui qui concerne l’illettré, l’analphabète.  Or, même les hommes lettrés sont susceptibles d’être des hommes critiques. Chez ces derniers, écrit l’auteur, « Il se produit (…) quelque chose comme un retour de l’homme instruit à un stade d’ignorance qu’il avait déjà franchi »[9]. De façon claire, l’intellectuel africain que nous dépeint M. Njoh-Mouelle agit comme s’il n’avait rien appris, et surtout, il se laisse influencer par l’entourage. L’exemple de la page 41 de l’influence de ce dernier sur l’intellectuel est très frappant au sujet de l’existence de la sorcellerie et du recours aux fétiches pour se « protéger » des mauvais esprits. Voilà donc le vrai dédoublement, le schisme entre le théorique et le pratique. Si on pouvait reprocher à l’homme lambda de ne pas avoir de savoir théorique lui permettant de résister aux tentacules critiques, lequel reproche fait ici office de circonstance atténuante, l’intellectuel ne peut pas être épargné, car il sait et agit quand même contrairement à ce qu’il sait, par peur ou par « Simple désir d’être en paix d’une part avec sa conscience et, d’autre part avec son entourage »[10]. La crise culturelle se ramifie donc en crise de l’action où s’opposent le savoir et le fait, le théorique et la pratique, et le divorce est ici, mieux qu’autre part avec les intellectuels, explicitement exprimé. L’intellectuel critique « Hésite à passer aux actes »[11] pour les raisons ci-dessus évoquées. Et cette crise entre le théorique et le fait, lorsqu’à y regarder de plus près, est une crise entre Occident et tradition, il y a lieu de s’inquiéter de l’état mental de nos intellectuels, lesquels sont les représentants les plus éminents de notre état de conscience actuelle. Le constat le plus évident est que la situation est critique et qu’il faut faire quelque chose. Mais cette question du « Que faire ? » doit être subordonnée à la question préliminaire du « Qui suis-je ? », car la crise de l’action est une crise culturelle qui ne peut être résolue que par un retour aux sources ou comme le dit M. Njoh-Mouelle, par une recherche d’authenticité. C’est le constat qui se dégage du dernier paragraphe de ce chapitre : « Le dédoublement, voilà le mot par lequel nous pourrions résumer l’état de crise de l’homme critique. Et qui dit dédoublement dit fausseté et inauthenticité »[12]. Et à ce niveau, l’auteur nous dit exactement ce qu’il faut faire :

 « Le problème du développement n’est donc pas de donner à manger à cet homme [l’home critique qui peuple l’Afrique sous-développée] mais plutôt de le transformer, de supprimer sa duplicité, de substituer de la consistance à de l’inconsistance »[13].

 Il est au moins une chose de sur dans l’argumentaire de M. Njoh-Mouelle : c’est le fait qu’il diagnostique correctement les problèmes, et que ces problèmes sont profonds, tout comme les analyses qu’elles provoquent. Mais quand on relie le chapitre qui traite de l’homme critique, mais surtout le livre tout entier dans la perspective tracée par ledit chapitre, il y a lieu de s’interroger. En effet, M. Njoh-Mouelle, ne serait-il pas, par l’image de l’intellectuel critique, en train de nous dépeindre sa propre conduite ? N’est-il pas lui-même un exemple d’homme critique. Notre position est qu’on peut voir l’image de M. Njoh-Mouelle dans cette description.

 NJOH-MOUELLE : HOMME CRITIQUE

 1. La question identitaire : qui suis-je ?

 M. Njoh-Mouelle nous a merveilleusement montré que l’homme critique était en crise : en crise d’identité, car dans une recherche perpétuelle d’identité. Il est brisé par le manque de repères – mais nous parlerons plus tard de cette opposition de cultures et de traditions –. Contentons-nous, pour l’heure, de résumer le tas d’interrogations qui sillonne la tête de notre homme critique – analphabète ou intellectuel –. La question majeure est : « Qui suis-je ? », et l’homme critique est définitivement plus critique qu’il ne peut apporter de réponse à cette question. Dans ce chapitre, M. Njoh-Mouelle ne nous dit pas plus que nos hommes critiques, mais il le fait quand même dans le livre, en écrivant, de façon assez floue que le développement doit promouvoir des hommes créateurs et libres par l’éducation, l’art, etc. C’est très bien, mais ça ne résout aucunement notre question de départ qui peut être affinée comme suit : Qu’est-ce qu’être Africain aujourd’hui ? A cette nouvelle question, M. Njoh-Mouelle n’esquisse même pas une réponse, mais de son développement tout au long du livre, et des livres connexes, on sait que le philosophe de Wouri Bossua ne conçoit pas l’Africain comme un donné infaillible et inaltérable, un donné déjà et pour toujours-là qu’on ne saurait – ou qu’on ne devrait – en aucun cas déformer, altérer, etc. N’oublions pas que pour M. Njoh-Mouelle, créer c’est d’abord détruire, or si l’homme excellent – Africain – doit se créer, et précisément, se re-créer continuellement, il ne pourrait y avoir chez lui, aucune pensée, aucune habitude, aucune authenticité, aucune culture de sorte que ces expressions le caractérisent de tous temps et en tous lieux comme substantiellement différents des autres. Or refuser ce substrat qui permane, c’est refuser la nature. Paradoxalement, M. Njoh-Mouelle cherche l’authenticité qui doit être la réponse à la question existentielle que nous avons posée plus haut.

Lorsqu’on demande « Qui suis-je ? », la seule réponse qui ne nécessite pas qu’on l’explicite est : « Je ne suis pas l’autre ». Mais si je ne suis pas l’autre, alors il y a chez moi quelque chose que l’autre n’a et n’aura jamais et que j’aurai toujours, de sorte que je sois toujours moi. Supposons par impossible – c’est un des problèmes dont traite le dernier chapitre du livre : « L’excellence » (pp. 152-168) que nous soyons dans un monde d’homme excellents, essentiellement caractérisé par la liberté, c’est-à-dire par la création continue, à quoi sert cette question identitaire puisqu’avec la création perpétuelle, l’identité n’est plus derrière, mais devant nous, ou elle n’est carrément pas. Le problème, c’est que M. Njoh-Mouelle n’arrive pas à de pareilles conclusions, tout simplement parce qu’il ne juge pas nécessaire – sûrement – de traiter de la question. Si notre identité est derrière nous, alors elle est une nature, c’est-à-dire une chose qui ne change pas qui nous suit indéfiniment. Si elle est devant nous, elle est aussi une nature, mais que nous suivons indéfiniment. Si elle n’est pas, alors nous sommes des hommes critiques, inauthentiques, perdus, comme le dit l’auteur, dans un « Vertigineux tourbillon des valeurs »[14]. M. Njoh-Mouelle est dans un cul-de-sac. D’un côté, il se veut un philosophe de la création, c’est-à-dire de la négation continue du donné quel qu’il soit, mais de l’autre côté, il se soucie de la « personnalisation », de « l’identité », de la « personnalité ». Ici, le plus conséquent avec lui-même semble être de loin M. Towa qui précise bien dans L’idée d’une philosophie négro-africaine, continuant la voie iconoclaste qu’il a ouverte dans son essai de 1971, qu’il faut « Exorciser le culte de la différence »[15]. M. Njoh-Mouelle quant à lui zigzague, va devant, recule, va à gauche, etc., un peu comme l’homme qu’il nous décrit dans les premières lignes du chapitre servant ici à notre réflexion. Il aurait été intéressant qu’il s’arrête et analyse la situation en répondant à la question de savoir, pour lui-même : qui suis-je ? Un philosophe de l’identité, de la nature, de l’immobilisme et du statisme, ou un philosophe de la création perpétuelle ? Il semble, en tout cas, de notre avis, que cette question n’ait jamais franchi les seuils de la réflexion de notre auteur. Avec la présente analyse, il est donc avéré que M. Njoh-Mouelle se comporte exactement en homme critique, voguant sur les flots instables de la critique elle-même. Le sous-développement ici s’appelle l’indécision.

 2. Les marques de l’aliénation culturelle : Occident vs tradition africaine

 En ce qui concerne l’aliénation culturelle et le fait que M. Njoh-Mouelle fait partie de la classe d’intellectuels critiques qu’il critique lui-même, le meilleur argument est sûrement à trouver dans le jeu dialectique : Occident vs tradition africaine qui transparait explicitement ou implicitement de ce chapitre. Pourtant, comme M. Hountondji, remarquant un problème, il ne l’évite pas et fonce droit dedans. En effet, il a pleinement conscience – à vrai dire, il semble seulement qu’il ait conscience – du fait que la grande partie des Africains souffrent d’un complexe d’infériorité, et il s’inclut dans cette partie d’Africains complexés lorsqu’il écrit :

 « … Tous les efforts du mouvement de révolte appelé Négritude n’ont pas réussi à nous guérir de façon définitive du complexe d’infériorité que nous avons fabriqué depuis les temps coloniaux »[16].

 Qu’on analyse ce « nous » de quelle que façon que ce soit, l’individu : Njoh-Mouelle y est toujours inclus. Dans un cas de figure, il est même le seul à subir ce complexe… On se serait donc attendu à ce que M. Njoh-Mouelle démonte ce complexe et donne des moyens autres que ceux de la Négritude pour « restaurer » l’ « authenticité » du Noir. A l’évidence, il n’a pas d’autres moyens que ceux de ce qu’il appelle un « mouvement de révolte » : le recours à l’identité. C’est dire…

L’aliénation de M. Njoh-Mouelle se situe surtout dans le fait qu’il oppose les valeurs de l’Occident à quelques pseudo-valeurs africaines triées sur le volet de telle sorte que les valeurs occidentales écrasent littéralement celles africaines. La seule fois, où au cours de son exposé il s’attaque à l’Occident – de manière détournée, car il s’attaque à une pratique majoritairement occidentale en critiquant son application en Afrique, c’est-à-dire au fond qu’il critique, encore et toujours l’Afrique – c’est sur l’homosexualité, et il le fait très mal. Mais de ce sujet, nous discuterons dans un prochain article.

Revenons plutôt à notre critique. Le substrat de l’argumentaire de Njoh-Mouelle est le fait que les intellectuels Africains sont superstitieux et que, conformément à cette « tare », ils sont critiques et sujets à toutes sortes de manipulations de la part de leur entourage. Quelle est donc la manipulation ultime ? Le suspens n’est même pas possible lorsqu’on parle de M. Njoh-Mouelle, car il faut absolument que le plus grand malheur vienne d’Afrique : la croyance en la sorcellerie. Ici, le bouc émissaire est le charlatan. Il est tout de même important de noter l’importante distinction que l’auteur marque entre le sorcier-médecin et le charlatan.

 « Le sorcier qui connait de façon expérimentale la vertu thérapeutique d’une plante, d’une écorce d’arbre ou d’une racine et qui applique cette connaissance au traitement d’un cas et le traite en fait n’est plus un sorcier mais un guérisseur, un médecin. Mais si le même sorcier, au moment de soigner, complique son traitement de nombreux rites au point de reléguer au second plan le principal agent de guérison, il devient un charlatan »[17].

 Et M. Njoh-Mouelle précise que le charlatan s’improvise tel « Avec l’objectif cynique de soutirer de l’argent aux crédules »[18]. Nous aurions aimé que M. Njoh-Mouelle nous fasse une distinction aussi nette entre le charlatan et le prêtre. Voilà ce qui aurait été très intéressant, car à quoi servent les prières, les chemins de croix, les eaux dit-on bénites, etc. si ce n’est à « compliquer le traitement de nombreux rites au point de reléguer au second plan le principal agent de guérison », c’est-à-dire le sujet, et si ce n’est « Avec l’objectif cynique de soutirer de l’argent aux crédules ». Une fois de plus[19], l’analyse de M. Njoh-Mouelle est orientée, tronquée, de telle sorte qu’elle évite de s’en prendre à la superstition de l’autre[20], élevant la notre au rang de « super superstition ». Aucune superstition n’est à tolérer ! Aucune ! De quelle que partie du globe qu’elle soit ! Il semble que M. Njoh-Mouelle et nous-mêmes ayons le même principe, mais il est évident qu’il n’a pas le courage – car ce n’est assurément pas la force qui lui manque – de mener ses analyses jusqu’au bout. Il n’agite en ce sens que la surface au lieu de secouer les profondeurs. Il atrophie son principe de telle sorte qu’il ne voit qu’une réalité. Il y a ici opposition entre le théorique et le théorique, ce qui en soi, est assez formidable, quand on s’attendrait à ce que l’opposition ne soit qu’entre le théorique et le fait. Mais en posant des prémisses, on se débrouille pour tirer des conclusions autres que celles attendues.

On pourrait défendre M. Njoh-Mouelle en disant qu’il ne pouvait pas traiter de toutes les superstitions et qu’il n’a choisi que la plus représentative, mais cette tentative de défense est bien vaporeuse quand on sait l’esprit méthodique et clairvoyant de M. Njoh-Mouelle qui ne laisse rien au hasard, et pas même le simple fait de prévenir son lecteur de la longueur de son argumentaire, des exemples qu’il va prendre, du pourquoi de la restriction du nombre de ceux-ci, etc. A ce niveau, il n’y a aucune malheureusement aucune précision nous permettant d’appuyer une pareille thèse. Au contraire, vu le recours incessant de M. Njoh-Mouelle au dénigrement des mentalités africaines, la thèse que nous défendons semble plus plausible, c’est-à-dire que M. Njoh-Mouelle souffre d’aliénation culturelle et qu’il est alors l’exemple par excellence de l’homme critique. Cette thèse serait d’autant plus ironique de ce seraient les développements de M. Njoh-Mouelle lui-même qui auraient eu raison de lui.

Douala, 27 avril 2011.


[1] Yaoundé, CLE, 3è éd., 1998. Voir pp. 34-47.

[2] Ibid., p. 42.

[3] Ibid., p. 30.

[4] Ibid., p. 31.

[5] Ibid., p. 35.

[6] Ibid., p. 36.

[7] Ibidem.

[8] Ibid., p. 93 et p. 95.

[9] Ibid., p. 42.

[10] Ibid., p. 41.

[11] Ibidem.

[12] Ibid., pp. 46-47.

[13] Ibid., p. 47.

[14] Ibid., p. 34.

[15] Marcien Towa, L’idée d’une philosophie négro-africaine, Yaoundé, CLE, 1979, p. 65.

[16] Ebénézer Njoh-Mouelle, op. cité, pp. 42-43. Nous soulignons.

[17] Ibid., p. 39.

[18] Ibidem.

[19] Nous avions montré ce que nous constatons la première fois ici : « Ignorance, superstition et sous-développement ».

[20] M. Njoh-Mouelle corrige cette tare quelque fois, notamment dans les chapitres 6 et 8.


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