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La dialectique du mensonge (II)

Sur la question de l’homosexualité : parce qu’il ne faut pas se taire !

Nous avons vu qu’il est possible de fonder les accusations de M. Ateba Eyene, notamment lorsqu’elles s’adressent à la sincérité des Loges, à la franchise de leur membres et à la capacité de ces dernières à impulser le développement. Pourtant certains arguments nous paraissent plus rocambolesques qu’autre chose, notamment la théorie de l’homosexualité sectaire proposée par notre auteur.

Selon M. Ateba Eyene, il y a deux sortes d’homosexualité. D’abord l’homosexualité politique, et ensuite l’homosexualité satanique. L’homosexualité de la première espèce vise la « dépersonnalisation », elle vise à asseoir l’autorité du sodomisant sur le sodomisé, elle scelle la hiérarchie de la manière que les luttes dans les sociétés animales permettent au mâle dominant d’afficher et d’exercer son pouvoir en tenant les autres prétendants en respect. Ensuite, l’homosexualité satanique, et c’est à ce niveau que les choses se compliquent. M. Ateba Eyene nous explique que l’homosexualité consiste à tirer de l’individu toute substance ou toute « puissance », car c’est dans l’intestin grêle, ou peut-être faudrait-il généraliser comme le fait l’auteur lui-même en disant grossièrement les « fesses » ­­­­– toujours est il qu’il s’agit du postérieur – que se situe la puissance de l’individu. C’est ce qui explique par exemple, soutient M. Ateba Eyene, qu’on maudisse en Afrique en montrant les fesses.

Cette vision générale de l’homosexualité ne nous parait pas satisfaisante parce qu’elle n’identifie pas la composante d’un comportement homosexuel réel. En effet, elle ne présente qu’au mieux des déviances fort regrettables, et au pire de simples élucubrations causées par une réduction du comportement homosexuel à ce qu’il a de plus inessentiel : le coït anal. Une pareille réduction est intolérable parce qu’elle réduit la sexualité à l’acte sexuel. C’est pour cette raison que M. Ateba Eyene ne peut voir que deux sortes d’homosexualités, car les lunettes qu’il utilise ne lui permettent guère d’avoir un champ de vision plus élargi. Le comportement homosexuel et la sexualité qui en découle dépasse largement le cadre du coït anal. M. Ateba Eyene essaierait-il de nous faire croire que le comportement hétérosexuel serait réductible au coït vaginal ? Une relation hétérosexuelle ne tourne t-elle toujours qu’autour du sexe ? A l’évidence ce n’est pas la nature de ces relations que M. Ateba Eyene met à jour, mais sûrement – et nous espérons nous tromper grossièrement – la propre vision qu’il a de leur nature. L’homosexualité est une manière d’être qu’on affiche fièrement quand les circonstances sont propices, car les homosexuels – et il faut saluer leur courage – sont sur ce sujet qui les concerne, bien plus francs que les maçons. Les homosexuels affirment leur homosexualité et sont sincères avec eux-mêmes. C’est la persécution et la peur que cherchent à instaurer certains esprits réfractaires à la différence qui empêchent encore certains d’entre eux d’arborer fièrement les couleurs qui sont les leurs. La peur qu’affichent certains d’eux est compréhensible, surtout lorsqu’on sait qu’à la différence des maçons, ils n’ont pas les moyens de se défendre. En plus, s’il faut être vraiment objectif, nous devons être forcés de reconnaitre qu’on ne peut pas avoir une société constituée uniquement de « héros », de « surhommes » et « d’hommes excellents », et qu’on ne peut donc pas forcer tout le monde à se hisser à un pareil niveau. Mais si la peur qu’éprouvent certains homosexuels est réelle, concevable et hautement compréhensible, celle des franc-maçons n’est pas tolérable, parce qu’à notre connaissance on ne leur a jamais promis la mort en plein plateau de télévision comme cela a été le cas alors que Me Kom, comme à sa glorieuse habitude, défendait les droits de gens qui sont aussi, comme vous et moi-même, des hommes sur le plateau où elle avait précédé notre auteur le 27 mai de cette même année. Mais pénétrons plus en avant les arguments de M. Ateba Eyene et soumettons-les, selon les vœux de M. Towa, à la redoutable épreuve de critique et de tri. Commençons avec « l’homosexualité politique ».

Si nous comprenons bien ce que dit M. Ateba Eyene et si nos hypothèses sur sa réduction qu’il opère sont justes, il faut parler non « d’homosexualité politique », mais de « sodomisation politique ». C’est ce dernier terme que nous utiliserons conformément à nos hypothèses. M. Ateba Eyene dit donc que la sodomisation politique vise à détruire l’autre et à annihiler en lui toute tentative de se dresser contre celui qui sodomise. Nous avons deux questions à opposer à cette théorie. Premièrement, est-ce que cette sodomisation est seulement politique ? Deuxièmement, la sodomisation est-elle le seul moyen d’affirmer sa supériorité sur l’autre ?

A la première question nous répondons directement par la négative, car ce type de « rituel » – car il s’agit ici non d’une manière de vivre tout à fait noble  mais d’une pratique dont les buts sont obscurs dignes de Méphistophélès – ne se pratique pas seulement en politique. Si le but est de maintenir l’autre sous un quelconque joug, ce rituel peut très bien être observé en entreprise, dans les Universités, les Monastères, les Séminaires (Grands et Petits), les Internats, etc. pourvu qu’il y ait un quelque rapport d’autorité qui soit établi entre le sodomisant et le sodomisé. C’est ce que nous avons appelé autre part la « sodomination ». Or, si ce rituel n’est pas consubstantiellement lié à la politique, pourquoi encore lui accoler cet adjectif ? Il devient par là même inutile et impropre à rendre compte de la réalité de la pratique, car elle devrait avoir cours – si elle a cours – partout où il existe un quelconque pouvoir. En réalité, M. Ateba Eyene devrait opter pour le vocable de « sodomination », car il s’agit bien là d’une sodomisation dans le but avoué de la domination. Les incantations diaboliques que révèle Hebga sur le sujet doivent être comprises dans ce sens. Maintenant, si ce rituel  a pour axe le pouvoir et l’affirmation de ce dernier, la sodomie est-elle nécessaire ?

Ici aussi nous répondrons pas la négative, car il est possible d’atteindre les mêmes résultats avec le coït vaginal ou pire, avec une fellation, car alors on garderait symboliquement – car tout ici est affaire de symbole – le goût du phallus du Maitre dans la bouche, ce qui empêcherait par exemple que toute parole sortant d’une  pareille bouche à l’endroit du Maitre ne soit autre chose qu’élogieuse dans le meilleur des cas ou, dans le pire, carrément de nature à s’auto-flageller. Mais M. Ateba Eyene renchérirait sûrement en brandissant sa théorie de la « puissance du rectum ». A cette théorie, nous opposons une autre vision. Nous ne pensons pas que ce soit un pouvoir réel qui aurait choisit d’aller se loger d’ans l’intestin grêle. Selon nous, parlant ainsi sous le couvert de la science, cet endroit serait plutôt le refuge des déchets du corps. En effet, si on doit proposer une théorie des « trous » de l’homme – M. Ateba Eyene en décompte neuf – il faudrait penser à ajouter les pores et on rendra immédiatement compte que le travail des trous du corps humain est principalement un travail ingrat, car il consiste soit à expulser, soit à retenir les déchets. Les yeux se chargent avec les larmes d’expulser les corps étrangers s’étant logés dans les cavités oculaires ; les narines se chargeant d’expulser les muqueuses nasales ; les oreilles, elles, se chargent de retenir les corps étrangers et de prévenir tout dommage à l’oreille interne ; la bouche nous soulage du trop-plein des sécrétions des glandes salivaires lorsqu’elle ne nous sert pas à vomir et donc à expulser ce qui vient d’encore plus bas ; les pores expulsent la sueur et les canaux urinaires se chargent de l’urine quand l’anus scelle le départ de tout ce qui n’est plus utile à notre organisme en ce qui concerne les nutriments. Voilà donc le réel « pouvoir » des orifices humains, et il diffère grandement de celui que leur prête M. Ateba Eyene. Mais dans tous ces orifices, il n’y a en qu’un seul qui a une tâche « noble » – non pas que la tâche d’expulser les déchets ne soit pas noble et salvatrice pour l’organisme – : c’est le trou de l’organe sexuel, car il est chargé de donner la vie. Et c’est ce dernier point et non celui qu’avance M. Ateba Eyene, qui, à notre avis, explique que ce soit d’abord toujours la mère qui maudit en montrant son postérieur, et ensuite que se soit justement ce postérieur qu’elle expose.

La mère expose son postérieur à son fils – et jamais à un autre – par « décence » et de manière « symbolique », car ce postérieur est sensé représenter son vagin et rappeler donc au fils l’endroit d’où il vient et le pouvoir que ce vagin qui le maudit a sur lui : c’est le pouvoir de la vie. La femme qui présente son postérieur à son fils pour le maudire lui rappelle le droit qu’elle a sur lui, et c’est sûrement ce droit qui est le seul « pouvoir » réel caché à cet endroit. Dans une logique non symbolique, c’est son vagin qu’elle aurait présenté, mais nulle ne s’aviserait à présenter son vagin à son fils, d’abord par pudeur – et pas seulement ! – et ensuite parce qu’elle risquer provoquer l’effet inverse au dégoût qu’elle espère susciter en lui. C’est pourquoi ce sont ses fesses et pas son vagin qu’elle présente à l’infortuné. C’est pourquoi aussi une femme ne peut jamais maudire un fils autre que le sien, simplement parce qu’elle n’a pas sur ce dernier, le « pouvoir du vagin », le pouvoir de lui avoir donné la vie et donc, symboliquement, le droit de la reprendre. Toute la symbolique de l’acte de maudire est contenue dans cet acte. Contrairement, à ce qu’on pense, maudire ici ce n’est pas souhaiter le mal, mais seulement récupérer le bien originel que la mère a donné ; bien qui est la vie. On peut discuter sur la vérité d’un pareil symbolisme, mais il ne s’agit déjà pas à l’évidence d’un « pouvoir rectal » qui inciterait les gourous à sodomiser leurs adeptes, comme ce n’est pas assurément pas sur la base de ce soi-disant pouvoir que les femmes maudiraient en présentant leur postérieur à leurs victimes.

Pour être tout à fait complet sur l’homosexualité, il faudrait souligner le fait que M. Ateba Eyene, s’appuyant sur sa théorie des trous humains que nous venons de discuter, soutient que la sodomisation satanique est justement satanique parce qu’elle opère contre-nature, car « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité ». Mais M. Ateba Eyene n’a pas terminé sa phrase, ce qui aurait permis justement de le prendre au sérieux. En effet, « Dieu n’a pas prévu l’homosexualité » parce que « Dieu n’est pas ». Comment pouvez-vous demander à quelqu’un de prévoir quelque chose alors que cette personne n’est déjà pas ? C’est proprement impossible. Pour qu’il eût prévu l’homosexualité ou toute autre chose, il aurait fallu d’abord qu’il soit. Or, ce n’est malheureusement pas le cas. Par contre, cette référence à « Dieu » et à la « nature » témoigne de l’inaptitude criarde de M. Ateba Eyene à argumenter au sujet de l’homosexualité autrement que par des moyens illégitimes comme nous l’avons expliqué dans notre série d’articles sur « l’homofolie » (1, 1′, 2 et 3). Dieu est en effet un moyen illégitime pour traiter de la question de l’homosexualité, car cette question regarde d’abord, ensuite, surtout et enfin, les hommes. C’est entre les hommes et pour les hommes que cette question doit être discutée. Autrement le débat est déjà faussé à la base. C’est sur cette dernière notion que nous allons baser le dernier mouvement de notre argumentaire en expliquant en quoi le réquisitoire de M. Ateba Eyene est dialectique. En nous appuyant sur les développements de Max Horkheimer et de Theodor W. Adorno, nous entendons montrer que la visée de l’Aufklärung qu’emprunte M. Ateba Eyene qui affirme que son projet est justement est justement de projeter des Lumières sur les pratiques sectaires, est elle-même entachée, de part en part, de la mythologie dont elle dit se séparer : c’est ce qu’il explique qu’un mensonge remplace un autre mensonge dans son discours.

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L’ « homofolie » [§1’]

Alors que dimanche je sortais d’un débat houleux avec un de mes amis sur la question de la légitimation de l’homosexualité, je suis tombé sur un Réveillez-vous ! qu’une amie à sa mère lisait dans un salon de coiffure. Comme par magie, ce numéro (janvier 2012) traitait de l’homosexualité dans un article au titre fort provocateur : « L’homosexualité est-elle  parfois excusable ? ». Dès le titre de l’article, le mépris vis-à-vis des homosexuels est clairement affiché sous le « tout-puissant » couvert de Jéhovah, et l’homosexualité est un crime qu’on doit penser à « excuser ». Encore faut-il qu’on l’excuse… Nous sommes ici en plein dans ce que nous avons nommé dans un article précédent « L’homofolie » c’est-à-dire l’homophobie dans les versions les barbares de ses arguments, donc l’argument par Dieu. Mais que disent nos chers Témoins de Jéhovah dans cet article ? Il y est écrit :

« Pourquoi, selon la Bible, les actes homosexuels sont-ils contre nature et honteux ? Parce qu’ils supposent un type de rapports non prévu par le Créateur. Ils ne permettent pas de procréer. » (Ibid., p. 28.)

Très bien. Nous voilà dans le cœur de l’argumentaire. Soulignons d’abord quelques mots : actes homosexuels, nature et honteux. Ces trois mots nous permettrons de mieux comprendre la « folie » de l’argumentaire de nos amis. Commençons par la première expression : « actes homosexuels ». Nos amis Témoins de Jéhovah essaieraient-ils de dire que l’homosexualité se résume à l’acte sexuel ? Mon ami, dimanche, essayait déjà de me faire voir une nuance entre les pratiques homosexuelles et l’homosexualité. Selon lui, le premier terme renvoyait principalement au coït anal, alors que le second prenait en compte la volonté des homosexuels d’avoir des droits comme les hétérosexuels, dont le droit de se marier, d’avoir des enfants et de les éduquer. Il argumentait ainsi de la sorte : « sur la question des pratiques homosexuelles, chacun est libre de faire de son corps ce qui lui plait, mais l’homosexualité ne peut pas être tolérée parce qu’elle entrainerait chez l’enfant un déséquilibre en ceci qu’il n’aurait devant lui que deux personnes du même sexe et alors, il aurait une vision trop ‘carrée’ de la réalité, ce qui pourrait contribuer à le faire entrer lui-même dans le cercle de l’homosexualité. » Je dois préciser que pour mon ami, les homosexuels sont des « détraqués mentaux » qu’il faut interner et qu’il ne faut l’homosexualité qu’entre les hommes. Il semble quand même qu’il soit allé, dans la compréhension de l’homosexualité, un peu plus loin que nos amis Témoins qui réduisent l’homosexualité, manière d’être sur le plan sexuel, attirance éprouvée vis-à-vis des personnes du même sexe au simple « rapport sexuel ». Cette vision, parce que bancale et hautement réductrice, ne peut que donner une image tronquée de la réalité. Et nous savons, avec Aristote, puisque nos amis utilisent la logique formelle, que la Majeure étant défaillante, l’édifice argumentatif ne tient plus.

Disons maintenant un mot sur la nature. Les Témoins de Jéhovah veulent nous faire croire que l’homme est un être naturel qui est obligé de se soumettre à la nature et à ses lois. L’homme ne serait donc guère qu’un être comme les autres. Selon la terminologie sartrienne, l’homme dans cette optique serait un « en soi », condamné à être ce qu’il est. Pourtant, l’homme, bien qu’étant une chose, est une chose qui prétend être autre chose que ce qu’il est, et cette prétention fait qu’il n’est jamais quelque chose, parce qu’il est toujours, constamment, en train de se faire. Cette idée était déjà présente chez Hegel sous une autre forme ; sous la forme de la nature en tant grossière immédiateté à dompter. C’est ainsi que l’idéologue allemand écrit que « L’homme en tant qu’homme s’oppose à la nature et c’est ainsi qu’il devient homme. » (Hegel G.W.F., La Raison dans l’Histoire, tr. fr. Kostas Papaioannou, Plon, 10/18, 1965, p. 251.). Et qu’il peut, par le même temps, exclure l’africain de l’humanité-vraie entendue comme « maitrise de la nature ». Il n’y a donc aucune gloire à rester homme sous le couvert de la nature : que cette nature soit l’immédiateté du réel (Hegel) ou l’enfermement dans la monotonie existentielle d’un donné-déjà-là qu’il ne resterait plus qu’à reproduire ad infinitum (Sartre). La nature devient un argument incompétent pour disqualifier l’homosexualité, car on peut toujours faire autrement – on doit d’ailleurs faire autrement – que la nature pour mériter pleinement le nom d’homme.

Terminons par la honte. Selon nos Témoins de Jéhovah, les pratiques homosexuelles sont honteuses. Peut être ont-ils raison, s’ils limitent ces pratiques à la violence sexuelle dont sont victimes plusieurs de nos frères en Afrique. Dans cette optique, ces pratiques s’appellent le viol. S’ils interrogent maintenant l’homosexualité en elle-même, en tant que décision libre, nous doutons fort que les homosexuels soient des personnes qui ont honte, mais plutôt qui ont peur, peur de se faire tuer par des « homofous » comme les Témoins de Jéhovah et leur suite, qui, par l’ignorance caractéristique et le fanatisme religieux dont ils font preuve, peuvent porter atteinte à leur intégrité physique et morale. Quoi de plus normal que de désirer, selon le mot de Spinoza, « persévérer dans son être » ? Doit-on regarder cette attitude comme étant de la honte ? Nous ne le pensons pas. On pourrait maintenant penser que l’homosexualité est honteuse devant Dieu et que les homosexuels se flagellent quotidiennement pour avoir succombé aux « plaisirs de la chair » et du « péché ». Quoi de plus saugrenu et farfelu ! Il faut aller chercher de telles explications vraiment très loin dans l’imagination débordante des fanatiques ! A tous les points de vue, la honte n’est pas possible lorsqu’on parle d’homosexualité consentie. Au contraire, le fait que les homosexuels réclament leurs droits, leur droit à être des hommes et à être reconnu comme tels, on peut penser qu’ils ont, dans la large majorité, une haute estime d’eux-mêmes et qu’ils ne se morfondent pas comme tenteraient de nous faire croire nos amis « homofous » Témoins de Jéhovah.

Nous passerons sur cette idée d’un Créateur que nous amis écrivent avec un « C » majuscule afin de faire ressortir sa majesté (?) Le caractère fantasmatique d’un pareil Créateur n’est plus à démontrer. Arrivons directement, et nous terminerons par là, sur la question du but des relations sexuelles. Nos Témoins de Jéhovah sont formels : l’acte sexuel doit servir à procréer. Il y a plusieurs incohérences dans cette proposition. La première est contenue dans le présupposé de cette phrase elle-même : sans acte sexuel, pas de procréation. En réalité, la fécondation, stade premier de la procréation, ne nécessite pas de coït vaginal. Nos Témoins de Jéhovah seraient-ils un peu en retard sur la science ? La fécondation n’est pas la rencontre « physique » d’un homme et d’une femme lors d’un « rapport sexuel », mais la rencontre de deux gamètes : l’un mâle et l’autre femelle. Ce qui implique qu’il n’est pas besoin de se voir, de se toucher, de coucher ensemble, etc. pour procréer. Le « Créateur » avait-il prévu la fécondation in vitro ? Et que nous en dit la Bible ? Cette pratique est-elle « excusable » ? La seconde incohérence est contenue dans l’idée selon laquelle l’acte sexuel sert nécessairement à la procréation, c’est-à-dire que chaque fois que nous faisons l’amour, nous avons en tête d’avoir des enfants, sinon nous sommes dans le péché, car justement, ce rapport sexuel ne permet pas la procréation. Tirons cet argument jusqu’à ses limites pour en montrer l’absurdité. En fait, si le but suprême de l’acte sexuel est la procréation, il faut bannir des contraceptifs et ouvrir la voie au SIDA et aux maladies du même genre pour éviter de « fâcher » Dieu et de sombrer dans le péché. Le mariage ne résout pas le problème, car si le conjoint est malade, sans protection, vous serez malade vous-aussi. De même, si la procréation est notre but, nous ne devons choisir de faire l’amour que pendant que notre partenaire peut avoir des enfants, c’est-à-dire pendant sa période féconde, autrement, ce rapport sexuel n’entrainant pas la procréation, nous sommes dans le péché. Enfin, nous devons annihiler toute tentative de prendre du plaisir dans l’amour et nous comporter exactement comme des animaux : attraper son partenaire, lui faire l’amour et s’en aller. Nous vous laissons vous-même juger du monde que veulent pour nous les Témoins de Jéhovah et leur Dieu…

L’ « homofolie » [§. 1]

 

Qu’on ne s’y méprenne pas, ce mot d’ « homofolie » que j’utilise ne signifie pas que l’homosexualité est une aberration et que les homosexuels sont des « fous » : il signifie le contraire. J’entends en effet par ce mot l’homophobie dans les versions les plus barbares de ses arguments. Ce sont ces arguments qui me fournissent la « folie » dont j’ai besoin. L’homophobie qu’on pourrait tout à fait comprendre si on se basait sur l’argument de l’habitude – qui pourrait s’énoncer comme suit : nous avons toujours fait de cette façon et faire autrement nous fait peur, donc nous évitons de sortir de notre routine – et de la peur de l’ « inconnu », prend, dans la société africaine et ailleurs, des proportions dangereuses que j’aimerai souligner dans cet article. Les meilleurs arguments à opposer à l’homophilie sont dans cette optique la peur et l’accoutumance. Ce type d’homophobie est compréhensible. Nous disons bien qu’elle est compréhensible, c’est-à-dire qu’on peut comprendre que des gens, au nom de la peur de l’inconnu et au nom de la toute-puissante habitude, puissent avoir des réticences à accepter l’homosexualité. Mais il y a un type d’homophobie qui est insupportable, intolérable ; c’est celle là qui nous fait vomir dans la rue et à la télévision – comme c’était le cas tout à l’heure lors du Journal Télévisé de « Canal 2 » que j’ai suivi – et pis, à l’Université ! Cette homophobie, c’est l’ « homofolie » parce qu’elle utilise des arguments inappropriés et tous plus absurdes les uns que les autres non pour combattre l’homosexualité, mais pour stigmatiser les homosexuels et les considérer comme des « dérangés sociaux » au même titre que des criminels ou des toxicomanes. Les homosexuels, suivant la façon de voir que nous venons de décrire deviennent des désaxés, des « erreurs de la nature » et on doit les « laver », car on pose qu’ils sont sous l’emprise d’une malédiction quelconque, ou les exorciser si on pose que c’est le démon qui les manipule. Nous pensons que ces « homofous » ont tout faux et nous entendons bien le montrer.

Notre article s’appuiera sur notre expérience personnelle et sur les différentes opinions émises lors du « vox pop » réalisé par « Canal 2 » pour son Journal Télévisé aujourd’hui. Nous distinguons, dans l’opinion populaire, trois grands arguments fréquemment utilisés : l’argument par Dieu et le péché ; l’argument par la culture et l’argument par la nature.

§1. – L’argument par Dieu et le péché.

C’est l’argument le plus souvent employé en Afrique, car les Occidentaux ont bien compris premièrement, que la religion est bel et bien « l’opium du peuple » ; deuxièmement que Dieu est inapte à décider comment doit se conduire la société et que ce travail incombe à celui qui est l’acteur principal de la société, c’est-à-dire l’homme lui-même ; et troisièmement, que Dieu est une invention imaginée d’abord, dans les premiers temps par les hommes paresseux qui n’avaient pas la capacité d’étudier la nature pour y découvrir les causes des phénomènes naturels qu’ils observaient et qui concluaient donc, lamentablement à l’existence d’une force autre que la toute puissante matière naturelle ; et imaginée ensuite, dans le but exprès de détourner l’attention du peuple vers la prière au lieu de le porter vers l’action. A contrario, une bonne partie des Africains – la majeure partie d’entre nous selon nous – n’a pas encore compris que la Bible – car c’est très souvent à ce livre qu’on se réfère lorsqu’on parle de Dieu – a été un instrument du colonialisme envoyé en Afrique pour faire la sale besogne du « lavage des consciences » afin de favoriser la pénétration des envahisseurs. Mais les envahisseurs sont partis et ils ont laissé leur virus chez nous et nous y croyons plus qu’eux ; nous croyons mieux qu’eux, eux qui ont crée ce Dieu, ce livre…

Exposition : L’homosexualité est un péché car Dieu a crée l’homme et la femme afin que ceux-ci « remplissent la terre ». C’est là le commandement de Dieu. Or, l’homme, se mettant avec l’homme, et la femme se mettant avec une femme, c’est le commandement qu’on enfreint, ce qui fait qu’on pèche nécessairement dans cette pratique.

Réfutation : Passons sur le fait que Dieu, même s’il a sûrement crée l’homme dans la mythologie yahwiste, n’a pas crée la femme, mais simplement modelée à partir de la côte de l’homme, ce qui fait qu’ontologiquement – la création étant, dans cette acception, le fait de sortir du néant – l’homme est supérieur à la femme. Nous avons discuté de ce point qui marque le caractère phallocrate du discours biblique autre part. Revenons plutôt à l’essence de l’argument : le péché. L’homme pècherait aux yeux de Dieu lorsqu’il se livrerait à l’homosexualité. Au-delà du fait qu’on peut discuter l’origine de Dieu lui-même et discuter ainsi le fait que ces lui qui commande et non ceux qui disent avoir écrit en son nom, il est important de réaliser que dans cette optique, les athées, les bouddhistes seraient exempts du commandement du « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob », et normalement, les humains avec des noms comme « Belinga », « Bitang », « Ewanè », « Tchouping », « Moudassi », « Bell », « Massack », « Maka », « Mpondo », « Yomi », etc. seraient à l’abri des commandements de ce Dieu étranger. La bible et son dieu échouent tous deux à fonder un critère suffisamment puissant pour qu’il puisse être universalisé du simple fait que la religion parle toujours et continue toujours de parler – son existence étant consubstantielle à l’endroit dont elle parle – de quelque part. La conséquence serait la même pour n’importe qu’elle religion, même la religion naturelle, car il suffirait qu’on se déclare musulman, chrétien, etc. pour de facto invalider l’autorité d’un tel argument. Mais l’argument le plus vivant nous est donné par la réalité de la société, réalité qui s’énonce en ces mots simples qu’ont merveilleusement bien compris les Occidentaux et que les Africains dans la grande majorité tout au moins n’arrivent pas à assimiler à cause du matraquage idéologique colonial et néocolonial : Dieu est inapte à décider des affaires des hommes et pour cette raison il doit absolument être renfermé dans la sphère du privé : c’est la laïcité de la vie publique. On ne peut pas convoquer Dieu pour résoudre une querelle foncière, ni pour arbitrer un matche football ; encore moins pour juger des criminels ou pour décider de la politique d’un Etat : ce sont des hommes ! Or la question de l’homosexualité se pose dans la sphère publique en ces mots : « Vous, hommes, acceptez-vous qu’il est possible qu’un homme épouse un autre homme et qu’une femme fasse de même comme un homme épouserait une femme ? » et non en ceux-ci : « Dieu, es-tu d’accord pour nous laisser vivre l’homosexualité ? ». Cette dernière question et celles de son registre doivent être posées dans l’intimité de la nuit, de préférence quand tout le monde dort de peur qu’elle ne tombe dans les oreilles d’autrui, en communion parfaite avec soi-même et sa bêtise personnalisée et institutionnalisée et pas ailleurs ! Surtout pas en public ! Lorsqu’on confond l’autorité privée de Dieu – s’il faut absolument qu’on l’incluse dans l’équation humaine en tant que composant de la personnalité de l’individu – et l’autorité publique de l’Etat, il y a problème, sauf si l’Etat en question, est le Vatican.

Il devient donc clair, par ces remarques, que l’argument par Dieu et le péché s’avère être inapte à fonder une décision sur la question des principes de vie en société, car cette décision revient à l’homme lui-même.

Je me propose, en marge de cet article, d’inviter à la lecture d’un article fort pénétrant sur la bible et sa soi-disant science infuse, justement, lorsque celle-ci est appelée à la rescousse par les « homofous ».

AND THE WINNER IS KANT (I)

Un peu de méta-éthique

Les Témoins de Jéhovah – et certains philosophes, notamment les rationalistes du XVIIIe siècle – veulent nous faire croire que le fondement de la morale est en Dieu, et que lui seul, posé en tant que garant de l’ordre du monde, peut légitimement servir de socle à la morale. Ce faisant, les témoins de Jéhovah mettent un pied dans l’éthique, mais précisément dans la méta-éthique, car il est question d’interroger le fondement de la loi morale. La question sous-jacente à ces développements est : quelles sont les possibilités a priori de la possibilité de la morale et de son applicabilité ? C’est à cette question kantienne que les religieux – principalement – répondent, « Dieu ». Essayons de développer sommairement leur argumentaire.

Les témoins de Jéhovah, comme tous les religieux, attribuent à Dieu toute la perfection du monde, toute la science, toute la puissance, etc. En d’autres termes, Dieu est l’image même du Bien, du Juste et de toutes les Idées droites, s’il faut adopter un langage platonicien. Puisqu’il est le Bien, le Juste, le Bon et qu’il est en même temps l’être dont tout découle, il va de soi que les actes des êtres qui découlent de son être prennent sa source en lui et que le bien que fait un homme, créature finie à l’ « image » de Dieu – rappelons-nous Platon – n’est que le « reflet » du Bien divin. Comment une telle concordance est-elle possible ? Il faut qu’on pose l’âme, et qu’on pose précisément, que l’âme est l’image de Dieu en nous, car ce n’est que cette façon que nous, simples mortels, pouvons participer de la vie divine. Si nous sommes capables de faire le bien, c’est parce qu’il y en nous une âme et que cette âme porte en elle la marque de Dieu. La possibilité de l’existence de la morale est donc conditionnée par l’existence de l’âme et par sa participation aux choses divines, c’est-à-dire en dernière analyse, par Dieu lui-même, car en effet, si on supprimait Dieu, on supprimerait aussi l’âme, c’est-à-dire qu’on supprimerait la capacité que nous avons de participer aux choses divines, notamment au Bien. Ce principe est-il fiable ?

Nous ne pouvons répondre à cette question que par la négative pour au moins deux raisons. D’abord, en tant que principe, il faut qu’il soit partagé par tous les membres du système, en l’occurrence tous les sujets moraux, c’est-à-dire tous les hommes. Est-ce le cas avec Dieu ? Quiconque tenterait de répondre par l’affirmative serait téméraire. Les athées existent bel et bien, et leur seule existence invalide le principe méta-éthique religieux, car il n’est pas posé comme universel. Descartes qui pensait que l’idée de Dieu était une idée innée n’avait pas vu que la religiosité est culturelle, et qu’en tant que telle, elle est nécessairement acquise. Ici, c’est M. Njoh-Mouelle qui a raison contre Descartes : on devient religieux, tout comme on devient athée. L’homme n’a aucune nature (a)théologique. Or, si l’homme n’a aucune nature (a)théologique, c’est bien que le principe Dieu est défaillant. Ensuite, en questionnant ce qu’on nomme Dieu, on se rend compte qu’il n’est pas un principe suffisamment clair, car il y a autant de Dieu qu’il y a d’hommes et de religions. Pour que Dieu soit un principe méta-éthique fiable, il faut qu’il puisse être suffisamment clair. En effet, monothéisme et polythéisme s’opposent au sujet de Dieu(x). Dans le premier sens, il y a « cumul » de fonctions, alors que dans le second, il y a « décentralisation ». Les optiques éthiques en sont totalement différentes. De même, bien que ressemblants en certains points, les morales chrétiennes et musulmanes différent quant à leur rapport à l’action. Et pire, la morale chrétienne que professent les témoins de Jéhovah, elle-même comporte plusieurs moments dans son élaboration, ce qui montre bien qu’elle est tâtonnante. Dans l’Ancien testament par exemple, une place de choix est faite à la loi du talion, tandis que dans le Nouveau testament, c’est la soumission docile et l’acceptation servile qui remplace l’ancien bellicisme. Dieu aurait-il changé d’un testament à l’autre ? Parce que s’il change, ce n’est plus Dieu…

« La plus importante des questions » ?

 C’est sur cette phrase que s’ouvre le Réveillez-vous ! de Novembre 2011. Ce titre est celui de la première section de l’article « Est-il logique de croire en un créateur ? » qui s’étale sur 7 pages – pp. 3-9 –. J’avais déjà tenté une critique d’un article similaire dans le texte que je présentais dans le propos qui ouvrait cette catégorie. Il s’agissait précisément de  l’article «Croire en Dieu est-ce bien raisonnable? », in Réveillez-vous !, Février 2010, pp. 22-25. Force est de constater que les Témoins de Jéhovah aiment bien ce style de questions qui mettent en avant la rationalité, la logique, le raisonnement, bref, la réflexion. Mais examinons leur argumentaire point par point. Examinons surtout cette première affirmation selon laquelle la question « Existe-t-il un Dieu ? » serait la plus importante de toutes les questions qu’on peut se poser.

Voici l’argumentaire de nos amis Témoins de Jéhovah : « S’il n’ya pas de Dieu, alors il n’y a pas de vie en dehors de la vie présente, ni d’autorité supérieure en matière de morale » (p. 3). Soit ! L’argument est clair et va droit au but, c’est un mérite ; mais il est hautement poreux.

Commençons par le fantasme d’une vie après celle-ci. Pourquoi faudrait-il que l’homme vive deux vies ? N’est-il pas déjà assez tourmenté par une seule ou point où il faut l’obliger à en vivre un autre ? Derrière ce fantasme de la « vie éternelle » religieux se cache, non la volonté noble de rencontrer le créateur, etc., mais l’idée moins noble et plus difficile à admettre, de la jouissance éternelle, ce qui, en soi, peut être considéré comme un matérialisme, car la jouissance dont parle la Bible n’est pas jouissance de l’âme, mais jouissance du corps. De même, la souffrance qu’on promet aux âmes en Enfer n’est pas souffrance de l’âme, mais souffrance du corps à tel point qu’on a bien fait de demandé si Dieu est un rôtisseur… Les Témoins de Jéhovah – et partant d’eux, tous les croyants – sont donc des matérialistes qui ne veulent pas s’affirmer tels, car du matérialisme, ils ne retiennent que le coté jouissif – ce qui les arrange – et pas la conséquence désastreuse qu’implique une pareille théorie : la nécessité de la finitude.

En effet, dans un matérialisme serré, tout n’est que matière. Mais si tout n’est que matière c’est que l’homme lui aussi, en définitive, n’est que matière. Si l’homme n’est que matière, il n’est pas ontologiquement supérieur aux autres animaux et aux autres composantes de l’univers lui aussi matériel. L’homme ne devient qu’une chose parmi les choses, même s’il est une chose qui pense. Le fait qu’il pense ne veut pas dire qu’il échappe à sa choséité, mais simplement qu’il essaye de s’en écarter. Y arrive t-il ? L’idéalisme – donc la religion – veut nous faire qu’il le fait. Mais la réalité est plus difficile à avaler. Parce que l’homme n’est qu’une chose, il est fondamentalement choséité, non dans la sens de l’en soi sartrien, mais dans le sens phénoménal, car l’expérience de l’homme, c’est d’abord l’expérience de la chose – corps – qu’on nomme homme. Ainsi, du point de vue phénoménal, l’homme n’est guère plus que son corps, que son apparence sensible. Attention ! Je ne dis pas que du point de vue ontologique l’homme n’est pas plus ; que du point de vue du travail, il n’est pas plus. J’arrête le matérialisme, pour les besoins de mon argumentaire, à la simple apparence phénoménale, c’est-à-dire à l’homme en tant qu’il se donne à l’expérience, ou, plus simplement, en tant qu’il se tombe sous les sens parce que cela suffit largement à définir l’être-homme. En effet, l’ontologie ne situe pas par-delà les sens ; la phénoménologie nous prévient d’une telle vision. L’analyse de l’homme en tant que producteur est elle-même subordonnée à la choséité humaine, la machine-de-travail qu’on appelle « homme » est d’abord l’homme tel qu’il tombe sous les sens. En cela, il existe bel et bien un être-de-par-delà-l’apparition « homme », mais rien d’homme qui ne soit pas conditionné par l’apparition phénoménale qu’on nomme telle.

Parce que l’homme est phénoménalement choséité, il a le même destin phénoménal que les autres choses : la finitude, la mort. Lorsque le phénomène homme disparait, l’homme disparait aussi, car l’identité de l’homme, sa définition en tant qu’homme, est indissociable de son rendu phénoménal. En dehors de la choséité, l’homme n’est plus homme, et si choséité il y a, il y a finitude. Il y a donc que deux alternatives : soit l’homme est homme, c’est-à-dire qu’il est fondamentalement et phénoménalement une simple chose, soumise comme les autres choses aux lois phénoménales de la dégradation et de la finitude, auquel cas, l’autre vie que postule et soutient la religion n’existe pas ; soit l’autre vie existe bel et bien, mais elle n’est plus vie d’homme, car l’homme ne se définirait plus sous le couvert de son apparence phénoménale. La conclusion est donc d’une simplicité enfantine : si la « vie en dehors de la vie [phénoménale] présente » existe, l’homme disparait ; si par contre, l’homme [réalité phénoménale] persiste, c’est la « vie en dehors de la vie présente » qui disparait. Il faut donc choisir. Mais quel que soit le choix qu’on opère, la visée est irréductiblement matérialiste et la vie après la vie s’évanouit d’elle-même.

Disons, avant de passer à l’argument moral, un mot sur la jouissance. Ce dernier concept est consubstantiel à la choséité, car pour qu’il y ait jouissance, il faut qu’il y ait sens ; mais pour qu’il y ait sens, il faut qu’il y ait matière ; et s’il y a matière, il y a dépérissement et mort. La jouissance ne peut donc pas être éternelle ; elle ne peut être limitée qu’à la capacité de notre corps de jouir. La jouissance a à la fois pour condition et pour obstacle la matière. Il n’y a de jouissance que par les sens ; de jouissance que pour les sens ; et de jouissance que dans les sens ; puisque même ce qu’on nomme pompeusement « jouissance intellectuelle » passe par les sens. Ainsi, écouter une musique et en jouir, c’est d’abord « écouter », c’est-à-dire user du sens auditif. Calculer et jouir d’avoir trouvé la réponse à une équation c’est d’abord « voir », « entendre » ou « sentir » cette équation – sur ses doigts par exemple pour les aveugles –. Autrement, aucune jouissance n’est possible ! Si le paradis, la vie après la vie existe, il ne peut y avoir de jouissance, car alors il faudrait que nous ayons nos sens, mais comme nous l’avons montré, s’il y a sens, c’est que cette vie là est toujours cette vie ci. Ce que nous disons du paradis s’applique aussi à l’enfer : si nous souffrons par les sens – la seule option possible d’ailleurs de la souffrance – alors il n’y a rien à craindre de cette souffrance puisqu’elle est finie, limitée par le réceptacle qui l’abrite et la crée.

Passons maintenant à l’argument moyenâgeux du Dieu-support-de-la-moralité. Les Témoins de Jéhovah se situent ici dans la même lignée argumentative que Dostoïevski pour qui, si Dieu n’existe pas, tout est permis ; tout c’est-à-dire le pire. Posons la question autrement pour montrer le caractère farfelu d’une pareille affirmation et acceptons le point de départ dostoïevskien. On se demanderait ainsi : depuis que Dieu existe, qu’a-t-il empêché ?  L’esclavage des Noirs ? La colonisation ? Les guerres de religion ? L’inquisition ? La liste est longue. Qu’est-ce que ce mot de « Dieu » a empêché comme atrocité sur la terre puisqu’il existe ? Pire, certaines des plus grandes atrocités ont été perpétrées en son nom ! On a même théorisé l’infériorité des Noirs en s’appuyant sur la parole de Dieu ! On rétorquera à cette série d’objections qu’il faut faire la part des choses entre l’homme et Dieu. Mais nous répondrons par cette nouvelle question : comment savoir qui nous parle ? Comment savoir où finit l’homme et où commence Dieu, ou l’inverse ? Zera Yacob a une approche intéressante du problème et il propose d’avoir la nature et ses lois pour rasoir d’Occam. Ce qui est conforme à la nature vient de Dieu, ce qui ne l’est pas vient des hommes. Le problème c’est que nous mettons dans la nature ce que nous voulons y mettre, mais au moins, cette solution fait avancer le débat.

Examinons maintenant l’argument en lui-même et essayons de le déployer dans toute sa longueur. Dieu serait le garant de l’ordre moral, c’est-à-dire en d’autres termes, qu’il n’existe pas de moralité dans l’athéisme. C’est exactement le point de vue de Diderot. Mais est-ce qu’il tient ? Si on en tire toutes les conclusions, seuls les croyants sont capables de moralité et l’athéisme est une théorie de l’immoralité. Le premier bémol à mettre à l’encontre de cette théorie, ce sont les faits. Les prisons sont tellement remplies de prêtres qu’il est difficile de croire que ces gens ne se convertissent qu’une fois en prison. La réalité serait tout autre : c’est-à-dire que la religiosité n’empêche en rien la monstruosité. En fait, elle l’encourage même à la limite à cause – ou grâce – au dogme du « Dieu miséricordieux ». Puisque Dieu peut pardonner tous les péchés quels qu’ils soient, on a cru – et on croit – qu’il faut d’abord commettre des atrocités pour bénéficier d’une plus grande dose de pardon, puisque ce dernier est à la hauteur de la faute et celui qui pèche peu n’est que peu pardonné. Pour bénéficier en abondance de la miséricorde divine, il faut donc pécher en abondance. Dans une analyse hyperbolique de la miséricorde divine, ce schéma cynique serait tout à fait envisageable et il n’est pas impossible que certaines personnes y aient pensé en commettant leurs crimes.

Selon nos Témoins de Jéhovah, les athées sont incapables de moralité. Je suis désolé de leur apprendre que Dieu n’est pas le seul fondement méta-éthique, et qu’en plus, il est le pire ! Parce qu’au nom de Dieu, beaucoup d’atrocités et d’immoralités ont été commises. Le fondement kantien – s’il faut absolument fonder la moralité – est de loin supérieur aux élucubrations religieuses. La raison semble, parce que selon le mot de Descartes, elle est la « chose du monde la mieux partagée », fournir une meilleure base à la morale que Dieu. En effet, puisqu’il est avéré que tous les hommes ne sont pas croyants et qu’il faut qu’ils croient pour être soumis à l’ « autorité morale » de Dieu, le critère n’est pas fiable, car justement, les athées auraient une bonne raison de ne pas être « moraux ». Il leur suffirait de répondre : « Nous ne croyons pas à votre Dieu ». Pourtant, il ne viendrait pas à l’idée d’un humain de se refuser la raison et il n’est pas besoin de croire en Dieu pour se savoir assez doté de cette faculté. Or, si la morale est fondée sur la rationalité de l’homme, le critère est plus fiable que Dieu et moins soumis aux vents dévastateurs de la critique. C’est parce que nous possédons tous la raison que nous sommes raisonnables et c’est sur cette base qu’on peut nous juger par rapport à nos actes en posant notre responsabilité comme consubstantielle de notre agir, de notre liberté. Finalement, Dieu ne fonde rien d’autre que l’amoralité, car le poser comme garant de la moralité c’est conversso modo, légitimer l’immoralité par l’athéisme. Athée n’est pas synonyme d’immoral ! Et croyant n’est pas synonyme de moral ! Les critères aussi moyenâgeux que l’idée d’un Dieu-fondement-moral sont bel et bien dépassés.

En outre, admettons même que Dieu existe. La question qui nous vient directement à l’esprit est : Et alors ? Cette nouvelle question, réponse à notre première interrogation montre bien que Dieu, même en résolvant la question de notre origine, s’avère inapte à résoudre la question, plus pressante et plus angoissante de notre être-au-monde, de notre être-jeté, c’est-à-dire de notre situation hic et nunc en tant qu’hommes. Dieu, la Bible, le Coran, et j’en passe, sont parfaitement inaptes à nous renseigner sur notre situation d’homme et sur le comment de cette situation. Finalement, cette question pousse à la contemplatio qui est, selon Foucault, l’épistémè d’un siècle bien ancien. Les hommes ne contemplent plus le monde comme le faisaient Aristote et les scolastiques : il y agit, il y pèse de toute sa stature d’homme. Naturellement, il y a les conséquences qui vont avec, mais l’homme a dépassé le stade de contemplateur du monde pour passer à celui d’acteur sur la scène du monde. La question « Dieu existe-t-il ? » semble donc bien dérisoire et totalement désuète. De ce fait, il faut lui substituer l’interrogation de Lénine, seule à même de nous faire un rendu fidèle de l’angoisse dans laquelle, en tant qu’hommes, nous sommes inévitablement plongés : Que faire ?

Nous voyons clairement que les logiques des deux questions sont diamétralement opposées. D’un coté, on nous présente la passivité, la contemplation, bref l’inertie dans une question totalement en dehors des préoccupations existentielles et réelles de notre situation d’homme ; et de l’autre, on nous présente la prise de conscience de l’angoisse d’être homme et la ferme intention de faire quelque chose, d’agir. L’immobilisme religieux est ainsi opposé au dynamisme athée. Et on pourrait même, pour n’en rester qu’au plan philosophique, interroger les sous-bassement doctrinaux de ces deux activités : d’un coté l’idéalisme, et de l’autre le matérialisme comme le fait par exemple Nkrumah.

Concluons d’un seul mot : les arguments des Témoins de Jéhovah sont tellement vieux que le titre de leur mensuel est bien choisi : Réveillez-vous ! Nous sommes en 2011 et non en l’an 1500 ! S’ils mettaient en pratique eux-mêmes ce slogan, les choses iraient certainement mieux.

 

La question de l’homosexualité

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C’est parce que notre maire s’appuie explicitement sur la Bible plutôt que sur le droit qu’il ne peut penser le mariage autrement que sous le couvert négatif, mythologique et fantasmatique de la religion chrétienne. La partie qui précède nous a montré que cette mythologie est impropre à nous dire la réalité du mariage et il faut bien qu’il existe quelqu’un qui puisse le faire. Ici, c’est le droit.

Posons-nous d’abord une question préliminaire : qu’est-ce que le mariage ? S’appuyant sur la Bible, notre maire déclara que le dernier est l’union entre un homme et une femme, excluant de facto les homosexuels de la définition de cet acte civil. Il n’a d’ailleurs pas manqué de faire quelques commentaires désagréables sur l’impossibilité théologique d’unir un homme et un homme. Naturellement, je m’oppose à une telle façon de penser parce que (1) la Bible est datée de l’antiquité éthique ainsi que nous l’avons vu, ce qui fait qu’elle est inapte à décrire notre situation actuelle et encore moins, incapable de l’orienter ; (2) le droit camerounais d’exclue pas l’homosexualité et donc le mariage homosexuel. Or, nous savons qu’en droit, ce qui n’est pas proscrit est permis ! On pense très souvent que notre loi est contre l’homosexualité et contre le mariage homosexuel, mais en fait ce ne sont que nos mœurs et notre vision « biblique » du monde qui empoisonnent littéralement nos esprits ; (3) enfin, le mariage n’est pas l’union entre un homme et une femme, mais union entre deux hommes, j’insiste, « deux hommes », c’est-à-dire soit un homme et une femme, soit un homme et un homme, soit une femme et une femme. Le plus important est qu’ils se promettent tout ce qu’on se promet quand on se marie et que leur engagement soit sincère. Le mariage n’est pas mariage parce qu’il est célébré entre un homme et une femme, il est mariage lorsque les époux se conforment à ce qu’on pourrait appeler « l’esprit du mariage », c’est-à-dire les différents vœux qu’on prononce. Ce sont ces vœux et ces promesses qu’on se fait l’un à l’autre qui marquent et scellent le mariage et non le sexe des conjoints. Une fois de plus, on voit comment la Bible contamine nos esprits en lui imprimant des idées moyenâgeuses comme le mépris de l’homosexualité. De quel droit doit-on empêcher les homosexuels de vivre leur amour ? Les chrétiens zélés nous  répondraient que sur la base du verbiage biblique etc., mais sur la base de la Bible aussi, la place de la femme est à la cuisine et non au bureau. L’évidence est qu’il faut sortir de cette conception de l’homme ancrée dans quel que précepte religieux et voir l’homme tel qu’il est et non comme on – Dieu ou homme – voudrait qu’il soit. Spinoza disait déjà cela en parlant de la nature de l’homme. Parce que le mariage est mal pensé, c’est-à-dire pensé sur la base de ce que dit la religion – et pas seulement le christianisme –, on détermine mal la trajectoire que doit prendre la définition d’un pareil terme. Cela est même visible jusqu’au niveau du droit, car bien que le mariage homosexuel ne soit pas proscrit, les termes qu’on utilise rendent compte du préjugé selon lequel le mariage ne peut être contracté qu’entre un homme et une femme. C’est ainsi que le code civil camerounais dispose en son article 213 : « La femme concourt avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille (…) La femme remplace le mari dans sa fonction de chef s’il est hors d’état de manifester sa volonté ». On voit clairement à ce niveau que le droit est inspiré des fondements bibliques, car l’idée de la primauté de la puissance de l’homme dans le mariage et sur la femme n’est rien d’autre que la phallocratie biblique que nous avons dénoncée plus haut. De plus, parce que le code civil camerounais est muet sur la question de la qualification des époux autrement que par les termes « mari » et « femme », on comprend bien qu’il n’est pas pensé une terminologie qui s’adapte à la situation du mariage homosexuel. Cette adaptation doit pourtant être faite ! Doit-on encore parler de « mari » et de « femme » entre deux hommes qui se marieraient et idem pour deux femmes qui se marieraient ? Ces termes de « mari » et de « femme » traduisent-ils le sexe des conjoints ou une position que ceux-ci se proposent d’occuper dans le mariage. Ainsi, un homme pourrait, se mariant avec un autre homme, s’acquitter des taches dévolues à la « femme » entendue non comme sexe, mais comme position dans le mariage. Le terme « femme » deviendrait ainsi un concept conjugal plutôt qu’une simple désignation sexuelle, ce qui permettrait de mieux comprendre le code civil de notre pays. On pourrait, si cette conceptualisation est jugée trop compliquée ou trop grossière, proposer d’autres termes. Mais une chose est sure : ces termes sont inadaptés en ce qui concerne la lecture de notre société et l’état de nos mœurs ! De même que Nkrumah disait que les lois morales doivent changer, ces termes doivent eux-aussi changer et s’adapter à notre société actuelle, car c’est bien là le sens du droit : dire l’état d’avancement – social, éthique, politique, etc. – dans lequel nous nous trouvons.

Que retenons-nous donc de cette réflexion ? Premièrement, il est évident que notre pays n’est pas aussi laïc qu’on veut nous le faire croire et que dès lors, les présupposés religieux foisonnent dans notre façon d’entrevoir les choses, même au niveau de l’Etat. Notre première exhortation est celle d’exorciser l’Etat de ses démons religieux et de sa tendance à cette référence bancale. L’Etat est une chose ; la religion une autre et entre les deux, comme dirait Aristote, il n’y a pas de tertium datum. Lorsqu’on entend que l’Etat est laïc, il faut que dans les faits il le soit. Exorciser l’Etat dans ce sens serait donc y détruire de façon théorique et pratique toutes les références à la religion. Dans la théorie cela pourrait passer par l’adoption d’une nouvelle terminologie ainsi que nous l’avons montré à travers l’exemple du mariage. Dans la pratique, on pourrait mettre en place une commission qui s’assurerait de la laïcité des structures étatiques comme la mairie. Dans ce cas, notre maire sera sujet à une sanction. Je laisse le soin aux autorités de décider eux-mêmes de la nature de cette sanction si jamais elles prennent en compte les remarques que je formule. L’exemple du mariage était très important parce qu’il nous a permis de mettre en avant l’homosexualité et son statut dans notre pays. Naturellement, par ce terme nous n’entendons pas les « promotions canapés » dont sont victimes certains demandeurs d’emploi dans notre pays, mais bien le choix libre de deux individus de s’aimer, de se chérir, de s’entraider et de vivre ensemble dans les liens du mariage. Cette classe d’individu est marginalisée alors que rien dans la loi ne stipule qu’il en soit ainsi. Ici aussi le sous-bassement religieux est omniprésent bien qu’il soit inadapté à notre situation. La société elle-même doit être épuré des références religieuses moyenâgeuses pour mieux exprimer notre temps car on oublie très souvent que les personnes qui ont écrit la Bible l’ont écrite avec ce qu’ils connaissaient de leur temps et que nous aujourd’hui nous savons mieux et plus qu’eux, ce qui fait qu’on ne peut pas leur faire confiance de la même manière qu’il y a quelques siècles.

Maire et/ou pasteur ?

J’ai passé le weekend dernier à Edéa parce que j’assistais à un mariage et ce sont les impressions que j’ai eues du  maire d’Edéa Ier que je viens coucher dans le présent article. J’ai surtout été surpris par le fait que ce dernier ait littéralement fait un sermon plutôt qu’un acte étatique d’institution du mariage. J’avoue, avant hier, je n’avais assisté à aucun mariage civil ce qui fait que je ne savais pas bien comment cela se passe, mais j’avais quand même quelques apriorismes, notamment en rapport avec la constitution de mon pays qui stipule qu’il est un pays laïc, c’est-à-dire que les choses de l’Etat sont séparées de la spéculation religieuse. J’ai donc été normalement surpris quand notre maire a commencé à raconter aux époux l’histoire d’Adam et Eve et de l’institution du mariage par Dieu. Et de notre maire de conclure : « Dieu est le premier officier d’Etat civil ». Interrogeons un peu ce mythe du mariage vu par la Bible pour en montrer la bêtise.

Le premier argument contre le mythe biblique du mariage est la haute tendance phallocrate. Dieu crée naturellement l’homme en premier, c’est pourquoi il doit commander, et la femme ne vient qu’après, que plus tard. Au lieu d’être moulée comme l’homme, c’est-à-dire de rien, elle est moulée de la côte de l’homme, c’est-à-dire d’une de ses parties. Est-ce pour que la femme soit la chair et le sang de l’homme ou est-ce, comme je le pense, pour que la femme ne soit pas ontologiquement égale à l’homme ? Il me semble qu’en créant la femme de façon autonome et non de la manière dont on dit qu’il l’a fait, Dieu aurait posé l’égalité des sexes. Par contre, si on considère la création dans son sens fantasmatique – car c’est bien de ce style de création qu’il s’agit lorsque la sphère de son application dépasse le cadre strict de l’esprit humain – comme l’attribut par excellence de la bonté divine, alors l’homme est ontologiquement supérieur à la femme, car il est fruit d’une création pure, immédiate, alors que la femme n’aurait une existence que médiate. Ainsi, la femme n’est pas crée par Dieu, mais simplement moulée au sens où chez les Egyptiens antiques ainsi que chez Platon, le démiurge « façonne » le monde à partir de l’océan indéterminé : le Noun c’est les premiers et la matière chez Platon. Du point de vue de la Bible donc, la femme n’est pas ontologiquement égale à l’homme. Ainsi, n’en déplaise à notre maire-pasteur, Dieu n’est pas que le premier « officier d’Etat civil » – ce qui est d’ailleurs faux car ce concept s’applique strictement à l’homme à moins qu’on ne le pervertisse dans des digressions fantasmatiques –, il est aussi le premier à avoir posé les différences ontologiques entre les sexes, et plus tard, dans la même Bible, entre les races. Dieu, parce qu’il crée l’homme et fabrique la femme à partir de l’homme est tout simplement injuste, car la femme ne vaut même pas autant que les animaux qui eux au moins bénéficient de la création pure. Si Dieu peut tout, il aurait très bien pu arriver aux mêmes fins en créant à la fois Adam et Eve – à moins que, la création achevée, il n’eut plut assez de force pour continuer de créer ; constat qui remettrait en cause sa toute puissance. Le discours de la Bible est presque toujours de cette tendance. Lorsque le leitmotiv n’est pas « Seulement les hommes » comme lors de la multiplication des pains où il n’est pas nécessaire de compter les êtres inférieurs que sont les femmes et les enfants, il est au moins « Les hommes d’abord » comme nous venons de le voir. C’est simplement inacceptable ! La Bible, dans l’esprit, est un livre moyenâgeux et il doit être considéré comme tel ! Faire reculer l’histoire de l’humanité à l’état de barbarie phallocrate, voilà son but caché !

Le second argument contre ce mythe concerne la calomnie que l’homme fait à Dieu. En effet, les chrétiens veulent nous faire avaler, nous, qui croyons que si Dieu doit exister, il doit le faire sur le mode fantasmatique suprême de la perfection. Lorsqu’on lit dans Genèse que Dieu vit que ce qu’il avait crée était bon et qu’après, il se dise à lui-même : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul » (Genèse 2, 15), il ya lieu de s’interroger sur la portée de la puissance gnoséologique. Ce que veulent nous faire croire les chrétiens, c’est que Dieu ne sait pas tout, ou pire qu’il se trompe, car c’est bien la marque de la capacité de se tromper que traduit la dichotomie de ce jugement. Platon avait bien compris que pour que la connaissance parfait puisse exister, il faut arrêter le mouvement, pourtant, ce Dieu tel qu’il nous est présenté dans la Genèse réfléchit, en d’autres termes, il évolue dans la pensée. Si Dieu a une pensée, il faut que sa pensée soit toujours immobile, qu’elle ait tout pensée à l’avance, c’est-à-dire avant même qu’elle ne soit, qu’elle ait pensée son existence et celle de tous les autres êtres avant que ceux-ci, eux-mêmes ne pensent. Ce n’est pourtant pas le cas ici. A la manière d’un homme, c’est-à-dire d’un créateur, Dieu réajusterait son œuvre, n’en saisirait pas toute la portée. Comme le compositeur se rassasie de son œuvre après avoir l’avoir conclue par une  dernière cadence parfaite, mais dans la nuit en modifie le développement, Dieu affirme d’avoir la complétude de son œuvre, puis affirme lui-même qu’elle est incomplète. Comment un type qui est sensé tout connaitre peut-il se tromper sur la nature de sa création s’il n’est un homme ? C’est ici que se situe la calomnie, car on dit de Dieu tout ce qu’on veut dire sauf ce qu’il faut dire, c’est-à-dire que Dieu est Dieu. Dans la perspective de la Genèse et il en ainsi de la bonne partie de la Bible, Dieu n’est pas Dieu et on voit bien qu’il n’est qu’un simple personnage qui obéit au schéma narratif emprunté par l’auteur de tel ou tel livre de la Bible. On le voit bien : à travers cette calomnie, il n’y a aucune parole de Dieu qui tienne, mais seulement la parole imparfaite et imprécise de l’homme qui dit sur Dieu des choses qu’il ne peut pas faire. La 12è pensée philosophique de Diderot nous mettait déjà en garde contre cette façon erronée de présenter Dieu : « Oui, je le soutiens, la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’athéisme »[1]. Très souvent, nous limitons l’entendement infini de Dieu à la lisière du notre.

Ce que ces deux critiques nous montrent, c’est que la référence à la Bible est grandement inacceptable, car elle est porteuse d’incompréhensions et d’idées moyenâgeuses. La conséquence directe de notre critique est que le maire doit s’en tenir à son rôle et laisser la lourde tâche de calomnier à la fois Dieu et la femme au Pasteur de sorte que lui seul, si Dieu existe, subisse les fougues qu’on dit dans la Bible que ceux qui calomnient Dieu subiront. Voilà une raison. L’autre est en rapport avec les attributions du maire qui est maire et non pasteur ! Entre l’Etat et l’Eglise – et quelle que religion que ce soit d’ailleurs – il faut marquer, mieux, accentuer le fossé que creuse notre constitution. L’athée que je suis aurait bien de la peine à se retenir lorsque venant célébrer son union devant les hommes, il lui est présenté les règles dites divines. On peut aimer sa femme et la respecter sans passer par Dieu. Cette référence à Dieu pour le mariage a une autre tare dont nous discuterons la prochaine fois et qu’on trouve encore naturel dans notre société. D’ici à là: vive les mariés !


[1] Diderot D., Pensées philosophiques, Lettres sur les aveugles, supplément au voyage de Bougainville, Paris, G.-F., 1972, p. 36.

 


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