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Maire et/ou pasteur ?

J’ai passé le weekend dernier à Edéa parce que j’assistais à un mariage et ce sont les impressions que j’ai eues du  maire d’Edéa Ier que je viens coucher dans le présent article. J’ai surtout été surpris par le fait que ce dernier ait littéralement fait un sermon plutôt qu’un acte étatique d’institution du mariage. J’avoue, avant hier, je n’avais assisté à aucun mariage civil ce qui fait que je ne savais pas bien comment cela se passe, mais j’avais quand même quelques apriorismes, notamment en rapport avec la constitution de mon pays qui stipule qu’il est un pays laïc, c’est-à-dire que les choses de l’Etat sont séparées de la spéculation religieuse. J’ai donc été normalement surpris quand notre maire a commencé à raconter aux époux l’histoire d’Adam et Eve et de l’institution du mariage par Dieu. Et de notre maire de conclure : « Dieu est le premier officier d’Etat civil ». Interrogeons un peu ce mythe du mariage vu par la Bible pour en montrer la bêtise.

Le premier argument contre le mythe biblique du mariage est la haute tendance phallocrate. Dieu crée naturellement l’homme en premier, c’est pourquoi il doit commander, et la femme ne vient qu’après, que plus tard. Au lieu d’être moulée comme l’homme, c’est-à-dire de rien, elle est moulée de la côte de l’homme, c’est-à-dire d’une de ses parties. Est-ce pour que la femme soit la chair et le sang de l’homme ou est-ce, comme je le pense, pour que la femme ne soit pas ontologiquement égale à l’homme ? Il me semble qu’en créant la femme de façon autonome et non de la manière dont on dit qu’il l’a fait, Dieu aurait posé l’égalité des sexes. Par contre, si on considère la création dans son sens fantasmatique – car c’est bien de ce style de création qu’il s’agit lorsque la sphère de son application dépasse le cadre strict de l’esprit humain – comme l’attribut par excellence de la bonté divine, alors l’homme est ontologiquement supérieur à la femme, car il est fruit d’une création pure, immédiate, alors que la femme n’aurait une existence que médiate. Ainsi, la femme n’est pas crée par Dieu, mais simplement moulée au sens où chez les Egyptiens antiques ainsi que chez Platon, le démiurge « façonne » le monde à partir de l’océan indéterminé : le Noun c’est les premiers et la matière chez Platon. Du point de vue de la Bible donc, la femme n’est pas ontologiquement égale à l’homme. Ainsi, n’en déplaise à notre maire-pasteur, Dieu n’est pas que le premier « officier d’Etat civil » – ce qui est d’ailleurs faux car ce concept s’applique strictement à l’homme à moins qu’on ne le pervertisse dans des digressions fantasmatiques –, il est aussi le premier à avoir posé les différences ontologiques entre les sexes, et plus tard, dans la même Bible, entre les races. Dieu, parce qu’il crée l’homme et fabrique la femme à partir de l’homme est tout simplement injuste, car la femme ne vaut même pas autant que les animaux qui eux au moins bénéficient de la création pure. Si Dieu peut tout, il aurait très bien pu arriver aux mêmes fins en créant à la fois Adam et Eve – à moins que, la création achevée, il n’eut plut assez de force pour continuer de créer ; constat qui remettrait en cause sa toute puissance. Le discours de la Bible est presque toujours de cette tendance. Lorsque le leitmotiv n’est pas « Seulement les hommes » comme lors de la multiplication des pains où il n’est pas nécessaire de compter les êtres inférieurs que sont les femmes et les enfants, il est au moins « Les hommes d’abord » comme nous venons de le voir. C’est simplement inacceptable ! La Bible, dans l’esprit, est un livre moyenâgeux et il doit être considéré comme tel ! Faire reculer l’histoire de l’humanité à l’état de barbarie phallocrate, voilà son but caché !

Le second argument contre ce mythe concerne la calomnie que l’homme fait à Dieu. En effet, les chrétiens veulent nous faire avaler, nous, qui croyons que si Dieu doit exister, il doit le faire sur le mode fantasmatique suprême de la perfection. Lorsqu’on lit dans Genèse que Dieu vit que ce qu’il avait crée était bon et qu’après, il se dise à lui-même : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul » (Genèse 2, 15), il ya lieu de s’interroger sur la portée de la puissance gnoséologique. Ce que veulent nous faire croire les chrétiens, c’est que Dieu ne sait pas tout, ou pire qu’il se trompe, car c’est bien la marque de la capacité de se tromper que traduit la dichotomie de ce jugement. Platon avait bien compris que pour que la connaissance parfait puisse exister, il faut arrêter le mouvement, pourtant, ce Dieu tel qu’il nous est présenté dans la Genèse réfléchit, en d’autres termes, il évolue dans la pensée. Si Dieu a une pensée, il faut que sa pensée soit toujours immobile, qu’elle ait tout pensée à l’avance, c’est-à-dire avant même qu’elle ne soit, qu’elle ait pensée son existence et celle de tous les autres êtres avant que ceux-ci, eux-mêmes ne pensent. Ce n’est pourtant pas le cas ici. A la manière d’un homme, c’est-à-dire d’un créateur, Dieu réajusterait son œuvre, n’en saisirait pas toute la portée. Comme le compositeur se rassasie de son œuvre après avoir l’avoir conclue par une  dernière cadence parfaite, mais dans la nuit en modifie le développement, Dieu affirme d’avoir la complétude de son œuvre, puis affirme lui-même qu’elle est incomplète. Comment un type qui est sensé tout connaitre peut-il se tromper sur la nature de sa création s’il n’est un homme ? C’est ici que se situe la calomnie, car on dit de Dieu tout ce qu’on veut dire sauf ce qu’il faut dire, c’est-à-dire que Dieu est Dieu. Dans la perspective de la Genèse et il en ainsi de la bonne partie de la Bible, Dieu n’est pas Dieu et on voit bien qu’il n’est qu’un simple personnage qui obéit au schéma narratif emprunté par l’auteur de tel ou tel livre de la Bible. On le voit bien : à travers cette calomnie, il n’y a aucune parole de Dieu qui tienne, mais seulement la parole imparfaite et imprécise de l’homme qui dit sur Dieu des choses qu’il ne peut pas faire. La 12è pensée philosophique de Diderot nous mettait déjà en garde contre cette façon erronée de présenter Dieu : « Oui, je le soutiens, la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’athéisme »[1]. Très souvent, nous limitons l’entendement infini de Dieu à la lisière du notre.

Ce que ces deux critiques nous montrent, c’est que la référence à la Bible est grandement inacceptable, car elle est porteuse d’incompréhensions et d’idées moyenâgeuses. La conséquence directe de notre critique est que le maire doit s’en tenir à son rôle et laisser la lourde tâche de calomnier à la fois Dieu et la femme au Pasteur de sorte que lui seul, si Dieu existe, subisse les fougues qu’on dit dans la Bible que ceux qui calomnient Dieu subiront. Voilà une raison. L’autre est en rapport avec les attributions du maire qui est maire et non pasteur ! Entre l’Etat et l’Eglise – et quelle que religion que ce soit d’ailleurs – il faut marquer, mieux, accentuer le fossé que creuse notre constitution. L’athée que je suis aurait bien de la peine à se retenir lorsque venant célébrer son union devant les hommes, il lui est présenté les règles dites divines. On peut aimer sa femme et la respecter sans passer par Dieu. Cette référence à Dieu pour le mariage a une autre tare dont nous discuterons la prochaine fois et qu’on trouve encore naturel dans notre société. D’ici à là: vive les mariés !


[1] Diderot D., Pensées philosophiques, Lettres sur les aveugles, supplément au voyage de Bougainville, Paris, G.-F., 1972, p. 36.

 

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