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Ptahhotep et le rapport à la gente féminine

On a souvent pensé que la société africaine avait un regard dégradant en ce qui concerne les femmes et que leur rôle était réduit à celui de « pondeuse ». On a souvent aussi pensé qu’elles n’avaient pas leur mot à dire et qu’elles n’étaient donc pas les égales des hommes. C’est pour cette raison qu’elles ne bénéficiaient pas du respect et de l’amour qu’un homme (époux) doit à une femme (épouse) et que le rapport n’était donc pas, entre les deux, un rapport d’homme libre à homme libre, mais un rapport de maitre à esclave.

Nous voulons ici, afin de montrer la fausseté de cette calomnie à l’encontre de l’Afrique, présenter la 21e maxime de Ptahhotep dont le titre est expressément : « De l’amour et du respect dus à l’épouse ». Arrêtons-nous d’abord sur le titre de cette maxime. Ptahhotep, premier philosophe de l’humanité, écrit que l’homme doit du respect et de l’amour à son épouse : ce verbe rend compte de deux choses. Premièrement, il témoigne du fait que la préoccupation est d’ordre éthique et que le sujet « femme » est donc un sujet moral, puisqu’il n’y a, selon Kant, qu’entre les sujets moraux, que la morale est possible. Ce verbe montre donc bien que dans la philosophie de Ptahhotep, la femme n’est pas un animal, mais un être comme l’homme, au même niveau de l’homme, avec les mêmes qualités. Nous verrons un peu plus loin que dans certaines traditions occidentales, cette égalité des genres n’est pas toujours respectée. Deuxièmement, ce verbe témoigne de la nature même du conseil ptahhotépien : il est à proprement parler un commandement, un impératif catégorique s’il faut parler comme Kant. Ptahhotep érige l’amour et le respect de l’homme envers son épouse et partant de là, à toutes les femmes en « règle universelle de la nature », et ceci, non dans le but de gagner quelque chose d’elle ou du monde, mais dans le but de respecter la Maât qui n’a ici, aucun autre sens, que l’ordre et l’harmonie universels, ou, sur le plan éthique, empruntant toujours un peu de la terminologie kantienne, aucun autre nom que celui de la loi morale. Comment se manifeste cette obligation de respect et d’amour inconditionné que l’homme doit à sa femme ?

Pour Ptahhotep, la marque première est la satisfaction des besoins de l’épouse, notamment les besoins nutritionnels et esthétiques. Ptahhotep écrit que ces par la satisfaction de ces besoins féminins que l’homme « aime [son] épouse avec ardeur ». On voit donc à travers cette première marque d’amour que l’homme doit accompagner l’épanouissement de la femme dans la philosophie de Ptahhotep. On voit aussi que Ptahhotep met un point d’honneur à identifier les besoins de la femme et à ne point les satisfaire pour un certain besoin de l’homme, mais par amour et par respect pour la Maât. N’est-ce pas une marque d’amour que de prendre en compte les besoins de son partenaire et de tout mettre en œuvre pour les satisfaire, surtout si la satisfaction est de type désintéressée ? A l’évidence, le philosophe Egyptien savait ce qu’est l’amour et comment l’entretenir auprès de son épouse afin que cette dernière s’épanouisse. Il y a donc, ici, un accent particulier que Ptahhotep met sur la femme dans le couple. Selon lui, la femme est le couple puisqu’elle détient en main toutes les clefs pour que ce dernier fonctionne parfaitement. Lorsque le philosophe écrit : « regarde la, et tu la feras rester dans ta maison. », il écrit surtout, respecte-là et elle ne s’en ira pas. Ici, la femme a un rôle de choix à l’opposé de la caricature qu’on dresse de l’Afrique traditionnelle en Occident ; elle est le pilier du couple et c’est sur elle que doit porter toute l’attention du mari. Naturellement, cette attention, même si Ptahhotep ne le fait pas remarquer, rejaillit sur la famille toute entière car la femme éduque ses enfants en se sentant aimée et illumine la maison de sa gaité. C’est ainsi qu’il écrit un peu plus loin (Maxime n° 37) qu’ « Une femme au cœur joyeux apporte l’équilibre ».

La seconde marque caractérise elle, le respect que l’homme doit à son épouse. Ce respect se lit expressément à travers cette affirmation forte du philosophe : « Ne décide pas pour elle ». Cette nouvelle loi continue et accompli le raisonnement de Ptahhotep. Avec la première marque d’affection, on peut penser que Ptahhotep réduit la femme à un être de besoin qui cherche la protection du foyer et du mari, la nourriture pour vivre et les parures pour gambader à gauche et à droite. Effectivement, si le philosophe s’était arrêté à cet endroit, il aurait été effectivement été possible de voir que sa pensée ne situe pas la femme comme un être qui a le droit de décider : comme un individu doué d’une conscience, d’une intériorité, capable de faire des choix et d’exprimer son avis. La femme chez Ptahhotep ne fait pas que manger et se maquiller : elle parle ! Elle donne son avis. Lorsqu’on sait par exemple que la fameuse démocratie athénienne excluait les femmes de la décision et que les Hébreux ne leur donnaient pas la parole, il y a lieu de s’interroger sur la véracité des affirmations des idéologues occidentaux. Voici un Egyptien qui écrit sur la manière de se comporter vis-à-vis des femmes qui est en totale contradiction avec ce qu’on nous présente habituellement.

Cette petite incursion dans la pensée d’un philosophe africain et qui plus est, du précepteur d’un Pharaon et Ministre d’un Pharaon laisse penser que son témoignage est l’enseignement qu’il dispensait au futur roi et que c’est le même enseignement qu’à dû recevoir le père du futur Pharaon[1], puisque selon le même auteur : « Grande est la règle, durable son efficacité » (Maxime 5). On peut donc penser qu’une large partie de la société égyptienne, si ce n’est la société égyptienne toute entière, était régie suivant ces préceptes qui placent la femme au centre des préoccupations dans le couple et par là même, de la société.


[1] L’exemple d’Aristote nous montre toutefois que l’enseignement du maitre n’est pas toujours identique à la conduite de l’élève et il faudrait peut être nuancer le propos, même si on peut rétorquer à cet argument qu’Aristote est l’exception et non la règle.

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La question de l’homosexualité

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C’est parce que notre maire s’appuie explicitement sur la Bible plutôt que sur le droit qu’il ne peut penser le mariage autrement que sous le couvert négatif, mythologique et fantasmatique de la religion chrétienne. La partie qui précède nous a montré que cette mythologie est impropre à nous dire la réalité du mariage et il faut bien qu’il existe quelqu’un qui puisse le faire. Ici, c’est le droit.

Posons-nous d’abord une question préliminaire : qu’est-ce que le mariage ? S’appuyant sur la Bible, notre maire déclara que le dernier est l’union entre un homme et une femme, excluant de facto les homosexuels de la définition de cet acte civil. Il n’a d’ailleurs pas manqué de faire quelques commentaires désagréables sur l’impossibilité théologique d’unir un homme et un homme. Naturellement, je m’oppose à une telle façon de penser parce que (1) la Bible est datée de l’antiquité éthique ainsi que nous l’avons vu, ce qui fait qu’elle est inapte à décrire notre situation actuelle et encore moins, incapable de l’orienter ; (2) le droit camerounais d’exclue pas l’homosexualité et donc le mariage homosexuel. Or, nous savons qu’en droit, ce qui n’est pas proscrit est permis ! On pense très souvent que notre loi est contre l’homosexualité et contre le mariage homosexuel, mais en fait ce ne sont que nos mœurs et notre vision « biblique » du monde qui empoisonnent littéralement nos esprits ; (3) enfin, le mariage n’est pas l’union entre un homme et une femme, mais union entre deux hommes, j’insiste, « deux hommes », c’est-à-dire soit un homme et une femme, soit un homme et un homme, soit une femme et une femme. Le plus important est qu’ils se promettent tout ce qu’on se promet quand on se marie et que leur engagement soit sincère. Le mariage n’est pas mariage parce qu’il est célébré entre un homme et une femme, il est mariage lorsque les époux se conforment à ce qu’on pourrait appeler « l’esprit du mariage », c’est-à-dire les différents vœux qu’on prononce. Ce sont ces vœux et ces promesses qu’on se fait l’un à l’autre qui marquent et scellent le mariage et non le sexe des conjoints. Une fois de plus, on voit comment la Bible contamine nos esprits en lui imprimant des idées moyenâgeuses comme le mépris de l’homosexualité. De quel droit doit-on empêcher les homosexuels de vivre leur amour ? Les chrétiens zélés nous  répondraient que sur la base du verbiage biblique etc., mais sur la base de la Bible aussi, la place de la femme est à la cuisine et non au bureau. L’évidence est qu’il faut sortir de cette conception de l’homme ancrée dans quel que précepte religieux et voir l’homme tel qu’il est et non comme on – Dieu ou homme – voudrait qu’il soit. Spinoza disait déjà cela en parlant de la nature de l’homme. Parce que le mariage est mal pensé, c’est-à-dire pensé sur la base de ce que dit la religion – et pas seulement le christianisme –, on détermine mal la trajectoire que doit prendre la définition d’un pareil terme. Cela est même visible jusqu’au niveau du droit, car bien que le mariage homosexuel ne soit pas proscrit, les termes qu’on utilise rendent compte du préjugé selon lequel le mariage ne peut être contracté qu’entre un homme et une femme. C’est ainsi que le code civil camerounais dispose en son article 213 : « La femme concourt avec le mari à assurer la direction morale et matérielle de la famille (…) La femme remplace le mari dans sa fonction de chef s’il est hors d’état de manifester sa volonté ». On voit clairement à ce niveau que le droit est inspiré des fondements bibliques, car l’idée de la primauté de la puissance de l’homme dans le mariage et sur la femme n’est rien d’autre que la phallocratie biblique que nous avons dénoncée plus haut. De plus, parce que le code civil camerounais est muet sur la question de la qualification des époux autrement que par les termes « mari » et « femme », on comprend bien qu’il n’est pas pensé une terminologie qui s’adapte à la situation du mariage homosexuel. Cette adaptation doit pourtant être faite ! Doit-on encore parler de « mari » et de « femme » entre deux hommes qui se marieraient et idem pour deux femmes qui se marieraient ? Ces termes de « mari » et de « femme » traduisent-ils le sexe des conjoints ou une position que ceux-ci se proposent d’occuper dans le mariage. Ainsi, un homme pourrait, se mariant avec un autre homme, s’acquitter des taches dévolues à la « femme » entendue non comme sexe, mais comme position dans le mariage. Le terme « femme » deviendrait ainsi un concept conjugal plutôt qu’une simple désignation sexuelle, ce qui permettrait de mieux comprendre le code civil de notre pays. On pourrait, si cette conceptualisation est jugée trop compliquée ou trop grossière, proposer d’autres termes. Mais une chose est sure : ces termes sont inadaptés en ce qui concerne la lecture de notre société et l’état de nos mœurs ! De même que Nkrumah disait que les lois morales doivent changer, ces termes doivent eux-aussi changer et s’adapter à notre société actuelle, car c’est bien là le sens du droit : dire l’état d’avancement – social, éthique, politique, etc. – dans lequel nous nous trouvons.

Que retenons-nous donc de cette réflexion ? Premièrement, il est évident que notre pays n’est pas aussi laïc qu’on veut nous le faire croire et que dès lors, les présupposés religieux foisonnent dans notre façon d’entrevoir les choses, même au niveau de l’Etat. Notre première exhortation est celle d’exorciser l’Etat de ses démons religieux et de sa tendance à cette référence bancale. L’Etat est une chose ; la religion une autre et entre les deux, comme dirait Aristote, il n’y a pas de tertium datum. Lorsqu’on entend que l’Etat est laïc, il faut que dans les faits il le soit. Exorciser l’Etat dans ce sens serait donc y détruire de façon théorique et pratique toutes les références à la religion. Dans la théorie cela pourrait passer par l’adoption d’une nouvelle terminologie ainsi que nous l’avons montré à travers l’exemple du mariage. Dans la pratique, on pourrait mettre en place une commission qui s’assurerait de la laïcité des structures étatiques comme la mairie. Dans ce cas, notre maire sera sujet à une sanction. Je laisse le soin aux autorités de décider eux-mêmes de la nature de cette sanction si jamais elles prennent en compte les remarques que je formule. L’exemple du mariage était très important parce qu’il nous a permis de mettre en avant l’homosexualité et son statut dans notre pays. Naturellement, par ce terme nous n’entendons pas les « promotions canapés » dont sont victimes certains demandeurs d’emploi dans notre pays, mais bien le choix libre de deux individus de s’aimer, de se chérir, de s’entraider et de vivre ensemble dans les liens du mariage. Cette classe d’individu est marginalisée alors que rien dans la loi ne stipule qu’il en soit ainsi. Ici aussi le sous-bassement religieux est omniprésent bien qu’il soit inadapté à notre situation. La société elle-même doit être épuré des références religieuses moyenâgeuses pour mieux exprimer notre temps car on oublie très souvent que les personnes qui ont écrit la Bible l’ont écrite avec ce qu’ils connaissaient de leur temps et que nous aujourd’hui nous savons mieux et plus qu’eux, ce qui fait qu’on ne peut pas leur faire confiance de la même manière qu’il y a quelques siècles.

Maire et/ou pasteur ?

J’ai passé le weekend dernier à Edéa parce que j’assistais à un mariage et ce sont les impressions que j’ai eues du  maire d’Edéa Ier que je viens coucher dans le présent article. J’ai surtout été surpris par le fait que ce dernier ait littéralement fait un sermon plutôt qu’un acte étatique d’institution du mariage. J’avoue, avant hier, je n’avais assisté à aucun mariage civil ce qui fait que je ne savais pas bien comment cela se passe, mais j’avais quand même quelques apriorismes, notamment en rapport avec la constitution de mon pays qui stipule qu’il est un pays laïc, c’est-à-dire que les choses de l’Etat sont séparées de la spéculation religieuse. J’ai donc été normalement surpris quand notre maire a commencé à raconter aux époux l’histoire d’Adam et Eve et de l’institution du mariage par Dieu. Et de notre maire de conclure : « Dieu est le premier officier d’Etat civil ». Interrogeons un peu ce mythe du mariage vu par la Bible pour en montrer la bêtise.

Le premier argument contre le mythe biblique du mariage est la haute tendance phallocrate. Dieu crée naturellement l’homme en premier, c’est pourquoi il doit commander, et la femme ne vient qu’après, que plus tard. Au lieu d’être moulée comme l’homme, c’est-à-dire de rien, elle est moulée de la côte de l’homme, c’est-à-dire d’une de ses parties. Est-ce pour que la femme soit la chair et le sang de l’homme ou est-ce, comme je le pense, pour que la femme ne soit pas ontologiquement égale à l’homme ? Il me semble qu’en créant la femme de façon autonome et non de la manière dont on dit qu’il l’a fait, Dieu aurait posé l’égalité des sexes. Par contre, si on considère la création dans son sens fantasmatique – car c’est bien de ce style de création qu’il s’agit lorsque la sphère de son application dépasse le cadre strict de l’esprit humain – comme l’attribut par excellence de la bonté divine, alors l’homme est ontologiquement supérieur à la femme, car il est fruit d’une création pure, immédiate, alors que la femme n’aurait une existence que médiate. Ainsi, la femme n’est pas crée par Dieu, mais simplement moulée au sens où chez les Egyptiens antiques ainsi que chez Platon, le démiurge « façonne » le monde à partir de l’océan indéterminé : le Noun c’est les premiers et la matière chez Platon. Du point de vue de la Bible donc, la femme n’est pas ontologiquement égale à l’homme. Ainsi, n’en déplaise à notre maire-pasteur, Dieu n’est pas que le premier « officier d’Etat civil » – ce qui est d’ailleurs faux car ce concept s’applique strictement à l’homme à moins qu’on ne le pervertisse dans des digressions fantasmatiques –, il est aussi le premier à avoir posé les différences ontologiques entre les sexes, et plus tard, dans la même Bible, entre les races. Dieu, parce qu’il crée l’homme et fabrique la femme à partir de l’homme est tout simplement injuste, car la femme ne vaut même pas autant que les animaux qui eux au moins bénéficient de la création pure. Si Dieu peut tout, il aurait très bien pu arriver aux mêmes fins en créant à la fois Adam et Eve – à moins que, la création achevée, il n’eut plut assez de force pour continuer de créer ; constat qui remettrait en cause sa toute puissance. Le discours de la Bible est presque toujours de cette tendance. Lorsque le leitmotiv n’est pas « Seulement les hommes » comme lors de la multiplication des pains où il n’est pas nécessaire de compter les êtres inférieurs que sont les femmes et les enfants, il est au moins « Les hommes d’abord » comme nous venons de le voir. C’est simplement inacceptable ! La Bible, dans l’esprit, est un livre moyenâgeux et il doit être considéré comme tel ! Faire reculer l’histoire de l’humanité à l’état de barbarie phallocrate, voilà son but caché !

Le second argument contre ce mythe concerne la calomnie que l’homme fait à Dieu. En effet, les chrétiens veulent nous faire avaler, nous, qui croyons que si Dieu doit exister, il doit le faire sur le mode fantasmatique suprême de la perfection. Lorsqu’on lit dans Genèse que Dieu vit que ce qu’il avait crée était bon et qu’après, il se dise à lui-même : « Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul » (Genèse 2, 15), il ya lieu de s’interroger sur la portée de la puissance gnoséologique. Ce que veulent nous faire croire les chrétiens, c’est que Dieu ne sait pas tout, ou pire qu’il se trompe, car c’est bien la marque de la capacité de se tromper que traduit la dichotomie de ce jugement. Platon avait bien compris que pour que la connaissance parfait puisse exister, il faut arrêter le mouvement, pourtant, ce Dieu tel qu’il nous est présenté dans la Genèse réfléchit, en d’autres termes, il évolue dans la pensée. Si Dieu a une pensée, il faut que sa pensée soit toujours immobile, qu’elle ait tout pensée à l’avance, c’est-à-dire avant même qu’elle ne soit, qu’elle ait pensée son existence et celle de tous les autres êtres avant que ceux-ci, eux-mêmes ne pensent. Ce n’est pourtant pas le cas ici. A la manière d’un homme, c’est-à-dire d’un créateur, Dieu réajusterait son œuvre, n’en saisirait pas toute la portée. Comme le compositeur se rassasie de son œuvre après avoir l’avoir conclue par une  dernière cadence parfaite, mais dans la nuit en modifie le développement, Dieu affirme d’avoir la complétude de son œuvre, puis affirme lui-même qu’elle est incomplète. Comment un type qui est sensé tout connaitre peut-il se tromper sur la nature de sa création s’il n’est un homme ? C’est ici que se situe la calomnie, car on dit de Dieu tout ce qu’on veut dire sauf ce qu’il faut dire, c’est-à-dire que Dieu est Dieu. Dans la perspective de la Genèse et il en ainsi de la bonne partie de la Bible, Dieu n’est pas Dieu et on voit bien qu’il n’est qu’un simple personnage qui obéit au schéma narratif emprunté par l’auteur de tel ou tel livre de la Bible. On le voit bien : à travers cette calomnie, il n’y a aucune parole de Dieu qui tienne, mais seulement la parole imparfaite et imprécise de l’homme qui dit sur Dieu des choses qu’il ne peut pas faire. La 12è pensée philosophique de Diderot nous mettait déjà en garde contre cette façon erronée de présenter Dieu : « Oui, je le soutiens, la superstition est plus injurieuse à Dieu que l’athéisme »[1]. Très souvent, nous limitons l’entendement infini de Dieu à la lisière du notre.

Ce que ces deux critiques nous montrent, c’est que la référence à la Bible est grandement inacceptable, car elle est porteuse d’incompréhensions et d’idées moyenâgeuses. La conséquence directe de notre critique est que le maire doit s’en tenir à son rôle et laisser la lourde tâche de calomnier à la fois Dieu et la femme au Pasteur de sorte que lui seul, si Dieu existe, subisse les fougues qu’on dit dans la Bible que ceux qui calomnient Dieu subiront. Voilà une raison. L’autre est en rapport avec les attributions du maire qui est maire et non pasteur ! Entre l’Etat et l’Eglise – et quelle que religion que ce soit d’ailleurs – il faut marquer, mieux, accentuer le fossé que creuse notre constitution. L’athée que je suis aurait bien de la peine à se retenir lorsque venant célébrer son union devant les hommes, il lui est présenté les règles dites divines. On peut aimer sa femme et la respecter sans passer par Dieu. Cette référence à Dieu pour le mariage a une autre tare dont nous discuterons la prochaine fois et qu’on trouve encore naturel dans notre société. D’ici à là: vive les mariés !


[1] Diderot D., Pensées philosophiques, Lettres sur les aveugles, supplément au voyage de Bougainville, Paris, G.-F., 1972, p. 36.

 


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