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« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » : ce n’est pas (seulement) Sarkozy qui le dit, mais (aussi) Towa ! (Suite)

 

Towa avec et contre Sarkozy (II)

J’affirme que Towa a dit, et spécialement pour cette question, il n’a pas fait que dire, mais aussi écrit que l’Occident, l’Europe est supérieur(e) à l’Afrique. Je renvoie les scribes et les perroquets aux pages 39, 41, 56 (pour ce qui concerne le constat towaïen de la « défaite » de l’Afrique en face en face de l’Europe), 40 (pour ce qui concerne l’affirmation de la « victoire de l’une sur l’autre » en ce qui concerne la rencontre entre les civilisations occidentale et africaines), 42 (pour le constat du fait que « nous sommes encore dominés en dépit de notre souveraineté formelle »). Mais attention ! Towa écrit en même temps qu’il constate la supériorité de l’Occident sur nous, que ce serait une erreur « d’embrasser sans discrimination la civilisation occidentale, de la prendre en bloc comme supérieure à la nôtre » (p. 40). Il ne faut pas la prendre « EN BLOC » comme supérieure à la nôtre : voilà l’erreur ou la mauvaise foi de Sarkozy ; elle consiste à conclure à la supériorité générale de l’Occident sur l’Afrique à partir de la supériorité déterminée politico-économique qui s’exprimait et s’exprime encore au travers de l’esclavage, de la colonisation et du néocolonialisme. Si l’Occident est donc, de l’aveu de Towa – une de ses grandes caractéristiques intellectuelles a toujours été l’honnêteté –, politiquement et économiquement supérieur à l’Afrique, supériorité qui s’exprime à travers la domination qu’il exerce sur ce territoire, il n’est absolument pas ontologiquement supérieur à l’Afrique et, par voie de conversion, la culture occidentale n’est donc pas ontologiquement, c’est-à-dire essentiellement, ou encore « en bloc », supérieure à la culture africaine. C’est pourquoi j’ai écrit que « L’Occident est historiquement supérieur à l’Afrique ». Cette idée qui a provoqué le courroux de mes lecteurs africains et africanistes (occidentaux) ne signifie absolument pas que la culturelle occidentale est supérieure à la culture africaine, mais simplement qu’à cause de situations historiques, c’est-à-dire d’évènements absolument déterminés, l’Occident a acquis une supériorité pratique (premier sens du mot histoire considéré, au rebours de Sarkozy, comme ensemble de situations concrètes) et étendue (deuxième sens du mot histoire en tant que lié aux périodes passées du rapport d’une conscience au monde et donc aux autres consciences) sur nous. Towa ne se limite qu’à un seul de ces évènements historiques : la maîtrise de la science et de la technologie. On a faussement cru que puisqu’il a écrit que ces deux activités étaient l’ « arme secrète » (Essai, p. 40), le « “secret” de l’Occident » (idem), il la refusait aux Africains. Serais-je en pleine sophistique si j’opposais la réflexion et l’abstraction à cette lecture trop serrée, trop terre-à-terre, trop littérale du texte ? Soit ! J’en convoque un autre qui n’est guère une retractatio. Towa avait, dans l’Essai, surestimé les forces de ses lecteurs, dans un autre livre, il a conscience de parler à des paysans. Cette citation devrait faire le bonheur des scribes et des secrétaires : « Malgré leur liaison historique, civilisation industrielle et culture occidentale ne sont pas à confondre. Elles ne forment pas un tout massif à prendre ou à laisser en bloc » (M. Towa, Valeurs culturelles et développement, p. 21). Évidemment, fidèle à son habitude, l’auteur ne s’encombre pas de lourdes démonstrations et la question est liquidée en une page… C’est en lisant Identité et Transcendance qu’on trouve de la matière pour expliquer cette situation à partir notamment du rejet de l’ontologisation de la culture et de l’affirmation d’une origine historique des pratiques culturelles, dont la science. C’est dans ce premier sens qu’objectivement et selon Towa lui-même, « L’Occident est historiquement supérieur à l’Afrique ».

Mais il y a un troisième sens du mot histoire et c’est sûrement le plus important chez Towa. Il s’agit de la capacité de se saisir résolument et effectivement de son destin ; d’être son propre guide et son propre chef ; de renouer avec l’initiative historique de Césaire. Autrement dit, d’être résolument libre ! Or de ce point de vue aussi – et Towa, dans sa grande lucidité accuse presque de manière égale l’ontologisation de la tradition et l’impérialisme (économique) occidental –, une large partie de l’Afrique n’est pas encore suffisamment entrée dans l’histoire, n’a pas encore récupéré son destin ; ne s’est pas encore libérée. D’ailleurs, – à l’adresse des scribes, des secrétaires et des perroquets : Towa écrit que « …la libération est notre but » (Essai, p. 40) et qu’il rêve de « l’avènement d’une Afrique puissante, auto-centrée et libre dans un monde réellement libéré » (p. 59). Ce « dessein profond » (idem), accompli par la « philosophie de l’Europe », c’est-à-dire par l’Europe elle-même « au moment de son passage à la modernité » (idem) est un pas qu’il nous faut encore franchir aujourd’hui. Cela ne veut guère dire que nous n’avons jamais été libres ! Sophisme ? Oh que non ! Entre nous et nos ancêtres qui durent être « aux plus hautes époques de leur histoire [leur histoire !!!!], créateurs et libres » (p. 48), il y a eu des évènements historiques déterminés qui nous ont poussés à nous asseoir « dans la nuit de l’inanité » (p. 41). Comme nos ancêtres, « nous avons à nous redresser de toute notre stature d’hommes ; nous, depuis si longtemps affairés au service de l’homme, nous avons à nous affairer à notre propre service » (idem). Il s’agit là d’une « tâche » (idem) plutôt que d’un état dans lequel nous serions. Qu’on n’oppose donc pas à mon argumentaire, Histoire de la pensée africaine, car Towa n’écrit ni ne dit que les Africains n’ont pas d’histoire « en bloc », comme le fait Sarkozy. Il estime précisément que nous avons à reconquérir cette histoire dont nous avons été pendant longtemps privés. Ainsi, tandis que Sarkozy déclare « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire », Towa déclare précisément que le drame de l’Afrique moderne, c’est que l’homme africain de notre temps n’est pas assez rentré dans l’histoire. Car il a le faire plutôt qu’à exhiber l’histoire de ses ancêtres. Il a à devenir comme eux ! Véritable créateur et libre ! C’est-à-dire agent de l’histoire plutôt que valet ! Voilà l’impératif catégorique de l’iconoclasme révolutionnaire.


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